Calais : « Malgré la violence, nous restons mobilisés »

Publié le 03/07/2014
Calais
 

Le Secours Catholique était hier aux côtés des migrants pour affronter un nouveau démantèlement  des campements de Calais. Vincent de Coninck, délégué du Pas-de-Calais témoigne de cette journée particulièrement difficile pour les migrants et pour les bénévoles engagés à leurs côtés sur le terrain.

« Il y avait hier à Calais environ 900 exilés dont presque 600 sur le lieu du repas où le démantèlement a été mis en œuvre. Ils ont tous ont été emmenés loin de la ville.

La journée a commencé à 6h20 sur le lieu de distribution des repas aux migrants : nous sommes bloqués à 50 mètres de là. Les CRS et gendarmes mobiles en très grands nombre sont entrés dans le lieu clos avant 6 heures et ont commencé par lancer les gaz.

Puis ils ont fait sortir de façon très rapide et sans appel tous les "non migrants" : bénévoles, activistes et journalistes. Et ils ont commencé à déchirer les tentes et à les soulever (pour vérifier que personne ne restait dedans). Ils ont ensuite regroupé les exilés par nationalité.

Dans le même temps, les trois squats situés dans la ville de Calais abritant des exilés sont expulsés mais sans arrestation systématique des migrants. Puis les forces de police nous ont éloigné avec force et rapidement, à plus de 800 mètres et de façon à ce qu’on ne puisse ne rien voir. Les journalistes ont protesté mais sans résultat.

Deux bénévoles en garde à vue

Nous avons "résisté " un peu mais une fois alignés et avec les boucliers, les CRS poussent forts. Au final, deux bénévoles se sont retrouvé en garde à vue ainsi qu’un militant No Border. Ils seront relâchés vers midi.

Nous avons vu arriver alors entre 10 et 15 bus, suivis des pelleteuses, des bennes etc...

Les bus partaient un par un environ toutes les heures ou moins (a priori une nationalité par bus).

Vers 18 heures, il restait encore des exilés sur place, une petite centaine. Ils ont arrêté en tout 560 personnes (selon les chiffres de la préfecture). Toutes ont été emmenées loin de Calais pour une approche "individuelle de leur situation administrative" (dixit le préfet), la plupart vers des centres de rétention éloignés de Calais.

Sacs et affaires jetés aux bennes

Seul un dispositif a été prévu pour les mineurs. 70 ont été emmenés vers Boulogne dans un centre de loisir : les premiers arrivés ont joint par téléphone les bénévoles dès le soir pour annoncer... leur retour le lendemain !

À ma connaissance, il n’y avait pas d’offre d’hébergement pour les demandeurs d’asile. Seule, une famille aurait bénéficié d’un placement en centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) à Hazebrouck.

Toutes les tentes et les affaires (sacs, couvertures, objets, papiers etc) ont été emmenées dans des bennes à la déchetterie par les services techniques de la mairie qui ont assuré le nettoyage du site.

Madame le maire, Natacha Bouchart, nous à autorisés à aller fouiller les bennes à ordures pendant une semaine (sans migrants bien sûr…) afin de pouvoir reprendre ce que nous souhaitons. Mais la mission est impossible : il faudrait y être 5 pendant 3 jours à temps plein pour récupérer le minima.

« Où va-t-on aller ? »

Sur les 900 exilés présents, il restait après le démantèlement environ 300 personnes errant dans la ville et chassées dès qu’elles se posaient dans un parc ou sur une pelouse.

Des maraudes ont permis au fil de la journée d’en amener environ 70 à 80 sur un lieu temporaire d’accueil. La majorité de ces migrants s’étaient enfuis au tout début de l’intervention le matin ou avaient trouvé le quartier bouclé alors qu’ils rentraient sur le camp au lever du jour. Ils se sont cachés dans les parcs et dans les rues, n’ayant très souvent rien d’autre sur eux que leurs habits.

Nous avons été obligés de fermer le lieu d’accueil durant la nuit. Quelle difficulté que de devoir leur dire vers 17 heures qu’ils ne pouvaient dormir là le soir et de ne pouvoir répondre à leurs questions, que je cite :« Où va-ton aller ? Pourquoi on nous chasse ? Où puis-je trouver un tapis de prière et une bougie pour ce soir à la rupture du jeune ? Des nouvelles de mon ami qui était sur le lieu des repas ? Et demain ? J’ai perdu mes papiers et mon sac, comment les récupérer ? Nous on ne veut pas embêter la France on veut juste partir en Grande Bretagne alors s’ils ne veulent pas de nous ici, pourquoi ne pas nous laisser passer ? »

Comme le lieu de distribution des repas était toujours bloqué par les CRS, nous avions prévu une distribution alimentaire vers 18 heures à quelques centaines de mètres de là, assurée par L’Auberge des Migrants.

Les migrants étaient terrorisés de devoir parcourir les 5 à 6 kilomètres (une bonne heure de marche) entre le lieu d’accueil et le lieu de la distribution, redoutant une arrestation.

Rendre la vie impossible aux migrants

“Yallah” ! On part ensemble à pied, notre présence pour le trajet les rassure et on traverse tout Calais à 80 personnes environ, belle cohorte bien étirée… Sur le chemin on se fait parfois insulter et on entend des cris... Et le regard qui fait mal. Au passage je leur montre le nouveau lieu d’accueil de jour pour qu’ils puissent venir demain.

Le lieu du repas atteint, vers 19 heures, Médecins du monde est présent et assure une distribution de tentes et de duvets. Ceux qui font ramadan emballent précieusement le repas pour manger à la rupture du jeune.

Ce mercredi 2 juillet, un nouveau cap a été franchi dans la volonté de rendre la vie impossible aux migrants et de leur signifier qu’ils ne sont pas les bienvenus. C’était extrêmement violent et très difficile pour toutes les équipes engagées. Malgré tout, nous restons mobilisés pour offrir aux migrants le minimum vital et un accueil fraternel et humain. »

Vincent de Coninck
Crédits photos: © Lionel Charrier/Secours Catholique
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