Carême : la fraternité pour lutter contre « le spectacle de notre violence »

Publié le 12/03/2014
France
 

Alors que le carême a débuté depuis une semaine, Dominique Fontaine,  aumônier général du Secours Catholique, témoigne de sa rencontre avec des Centrafricains réfugiés en France et nous invite à la fraternité.

Le Secours Catholique insiste beaucoup sur la fraternité. Avec la démarche Diaconia de l’Église catholique de France, nous avons parlé de “servir la fraternité”. Nous y croyons et nous en vivons.

Pourtant est-ce si simple ? Par exemple, en voyant ce qui se passe en République Centrafricaine depuis plusieurs mois, on est obligé de se poser des questions. Dans ma paroisse (Notre-Dame du Val à Bussy Saint-Georges – 77, ndlr), il y a un bon nombre de Centrafricains. Nous prions tous les dimanches pour la paix dans leur pays et nous avons récolté de l’argent pour aider la Caritas de Bangui.

Nous sommes frères

Il y a quelques temps, ils sont venus me voir pour que nous les aidions à comprendre : « Comment avons-nous pu en arriver là ? Nous sommes frères, nous vivions en bonne intelligence, et voici que maintenant nous sommes prêts à tuer notre voisin. Nous sommes submergés par l’esprit de vengeance. Nous sommes devenus fous. Nous avons besoin de votre écoute et de votre réflexion pour nous aider à nous en sortir. » Plusieurs d’entre eux, comme l’archevêque de Bangui, ont même évoqué le Rwanda. Cela fait 20 ans ce mois-ci.

Oui, comment se fait-il que nous autres les humains nous soyons capables de cette cruauté entre nous ? La Bible, quand elle évoque les origines de l’humanité, nous parle de Caïn et d’Abel. C’était deux frères. Et leur relation se traduit par un meurtre… Il y en a un aussi qui sera tué alors qu’il était innocent, et qui acceptera d’être victime de la violence des hommes. Il dira avant de mourir : « Père pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. » Pour les premiers chrétiens comme saint Paul, ce “Messie crucifié” est la seule réponse donnée par celui que nous appelons Dieu à la violence entre frères humains.

Le pardon est premier

Quand on lit la passion de Jésus dans les évangiles, nous pouvons découvrir le spectacle de notre violence et de ses conséquences sans nous autodétruire dans la culpabilité. L’humanité qui se déchire depuis les origines peut alors prendre conscience du péché de sa violence sans en être écrasée. Ainsi, cet événement de l’histoire qu’a été la mort de Jésus de Nazareth est la révélation que la tradition chrétienne offre à toute l’humanité : le pardon est premier, originel.

Nous pouvons tous, qui que nous soyons, chrétiens, membres d’autres religions ou athées, reconnaitre la violence qui est en nous sans y être enfermés, sans être condamnés à “l’enfer”, sans nous autodétruire. Cette révélation peut permettre à l’humanité d’être sauvée de sa violence. Elle s’adresse à l’humanité de tous les temps et pas seulement aux chrétiens. C’est le message que porte la tradition chrétienne au monde.

Ce qui se passe en République centrafricaine pousse à l’extrême ce qu’il nous arrive à tous de vivre : les rivalités, les jalousies, les haines, et cela dans nos familles, notre travail, nos associations ou notre quartier. Les personnes que le Secours Catholique accompagne ont pour la plupart vécu des situations de violence et ont eu du mal à en sortir. Apprendre peu à peu à traverser la violence et faire l’expérience d’un pardon possible, c’est une fraternité qui ne se paye pas de mots. C’est cette fraternité que le Secours Catholique voudrait servir.

 

 

Père Dominique Fontaine
© Elodie Perriot/Secours Catholique
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