Centrafrique : la crise oubliée, l’urgence de la solidarité

Publié le 28/06/2013
Centrafrique
 

La République centrafricaine vit la plus grave crise politique de son histoire, par son ampleur et sa durée… dans l’indifférence généralisée. Les exactions de la rébellion mettent à genou un peuple déjà fragilisé par des décennies de pauvreté. Les ONG humanitaires dénombrent 70 0000 déplacés internes et plus de 30 000 réfugiés. Dans ce contexte, l’Église catholique et la Caritas Centrafrique sont mobilisées depuis plusieurs mois auprès des populations locales.

« La République centrafricaine vient de vivre, ces derniers mois, la période la plus sombre de son histoire, que jamais n’avait connue un Centrafricain. » Les mots sont de Mgr Dieudonné Nzapalainga, en visite à Paris en début de semaine. Des mots durs qui sonnent comme un cri du cœur lancé par le président de la Caritas Centrafrique et archevêque de Bangui, témoin malgré lui d’un conflit passé sous silence.

Car la République centrafricaine subit, depuis le 10 décembre 2012, le plus grave conflit politico-militaire de son histoire ; le 9e depuis 1960, date de son indépendance de la France.

À cette époque, la coalition rebelle de la Seleka tente une première fois de prendre le pouvoir. Le 24 mars 2013, son leader Michel Djotodia réussit et François Bozizé, l’ancien président arrivé par un coup d’État il y a dix ans, est chassé.

Depuis, le pays est à genou après des séries d’exactions. Les Seleka « se comportent comme une armée d’occupation régnant par la terreur », résume un diplomate dans La Croix du 25 juin 2013. Mgr Nzapalainga enfonce le clou : « Les conséquences militaires sont désastreuses pour la population : les hôpitaux et les écoles sont pillés, des vies humaines sont [sacrifiées], les diocèses de la capitale ont été dépouillés de leurs moyens de locomotion. »

Plus de 30 000 réfugiés et 70 000 déplacés

Les tensions confessionnelles se sont accrues, conséquences d’actes violents à l’encontre notamment des non-musulmans. Mgr Nzapalainga assure que, sur place, l’Église a entamé des discussions avec les représentants des autres religions, dans une démarche de pacification. D’autre part, les évêques des neuf diocèses de Centrafrique ont adressé un message au chef autoproclamé de l’État, où ils l’exhortent à l’édification de la paix, et renouvellent leur disponibilité dans cet objectif.

Car les chiffres recensés par les ONG humanitaires sont effrayants : en six mois, on dénombre plus de 30 000 réfugiés et 70 000 personnes déplacées. Derrière ces qualificatifs, une réalité : des habitants qui ont dû fuir sous la menace leurs habitations pour se réfugier, qui, dans la brousse, qui dans les églises, quand ces dernières ont été épargnées.

Médicaments acheminés

Lors de la prise de Bangui, en mars, Mgr Nzapalainga rapporte que les hôpitaux ont été pris d’assaut par les citoyens, effrayés ou chassés de chez eux. Entassés, ces derniers vivaient dans des conditions épouvantables : « Les gens dormaient par terre, sous les lits ; les enfants aussi. J’avais peur d’une chose : que les gens arrivés en bonne santé repartent malades. »

Dans certaines régions, le personnel médical a fui, et face au manque de médicaments, la Caritas Centrafrique s’organise avec ses partenaires pour en acheminer.

Tueries, vols, viols, expropriations, le bilan – encore inconnu – sera lourd pour la Centrafrique. Sur le plan scolaire, le risque d’une année perdue pour les enfants est réel, malgré l’aide de l’Église qui, à Bangui, a pu faire fonctionner, pendant une quinzaine de jours, six écoles.

De l’aveu même de Mgr Nzapalainga, les exactions tendent à diminuer depuis la prise de Bangui, mais il craint « un transfert vers la population civile, dans l’arrière-pays. Souvent, il n’y a ni télé, ni téléphone. Ces gens sont à leur merci ».

La Caritas se mobilise depuis les premières exactions pour accueillir les réfugiés et les nourrir. Elle s’appuie sur le réseau international des Caritas pour faire venir des semences, subtilisées par les Seleka lors des pillages des greniers assurant la sécurité alimentaire.

Geoffrey Bonnefoy
© Secours Catholique du Berry
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