Centrafrique : l’Église appelle à la réconciliation

Publié le 16/12/2013
Centrafrique
 

Tandis que le gouvernement centrafricain s’effiloche sur fond d’intervention militaire française, l’archevêque de Bangui appelle les fidèles à la paix et à la réconciliation.

Dimanche, trois ministres centrafricains (Sécurité publique, Finances et Budget, Élevage) ont été limogés. « Parce qu’on ne sait pas où ils sont. Ils ne gouvernaient plus », affirmait ce week-end une source proche du pouvoir. Le ministre de la Sécurité publique, équivalent du ministre de l’Intérieur, a semble-t-il été menacé de mort. Il aurait été exfiltré par l’armée française et il serait actuellement en France.

En France, le chef de la diplomatie Laurent Fabius a indiqué que Paris allait demander à ses partenaires européens, lundi lors du Conseil des Affaires étrangères à Bruxelles, un « concours plus solide, plus fort » sur le terrain.

« Inspirez-vous de Nelson Mandela »

Lors de la messe de dimanche, l’archevêque de Bangui, Mgr Dieudonné Nzapalainga, s’est adressé aux 1 500 fidèles réunis dans l’église Saint-Charles, au nord de la capitale : « Beaucoup de chrétiens ont dit qu’ils allaient se venger. Les chrétiens doivent être habités par l’esprit de Dieu, ils ne doivent pas tuer. » Puis l’archevêque a demandé aux fidèles de s’inspirer de « l’homme de paix et de réconciliation » qu’était Nelson Mandela, inhumé au même moment en Afrique du Sud, et de ne pas répondre par la violence à la violence.

Avant le week-end, le ministre français de la Défense s’était rendu sur place et avait constaté que « la spirale de l’affrontement s’est brutalement aggravée, ajoutant à la crise sécuritaire les prémices d’une crise humanitaire ».

Devant les soldats français de l’opération Sangaris, Jean-Yves Le Drian a mis en garde contre une situation « d’anarchie » qui pourrait « déstabiliser toute la région en attirant des groupes criminels et terroristes ». Il est donc nécessaire que les 1 600 soldats envoyés par la France, avec le feu vert des Nations unies, puissent mener à bien leur mission « d’enrayer les exactions, les dérives confessionnelles, permettre le retour des humanitaires et le déploiement des structures étatiques de base ».

La vie reprenait

Les informations parvenant du terrain varient d’un jour à l’autre. Certains témoins parlent d’amélioration un jour, de durcissement le lendemain. Vendredi, les militaires français patrouillaient la capitale à un rythme intensif pour désarmer et prévenir les affrontements. La vie reprenait ; les banques avaient rouvert et les stations d’essence servaient du carburant pour la deuxième journée consécutive, ce qui a permis la réapparition des taxis, seul mode de déplacement des Banguissois.

Ce même vendredi, le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) a publié le bilan de la semaine écoulée comptabilisant « plus de 600 morts » causés par les « combats et violences interreligieuses » sur l’ensemble du pays, dont « 450 à Bangui ». Jeudi, 27 musulmans ont été tués par des milices d’autodéfense (anti-balaka) dans un village de l’ouest du pays. Le HCR avançait également le chiffre de 159 000 déplacés dans la seule capitale. Des dizaines de milliers d’autres sont regroupés autour de Bossangoa.

Première bonne nouvelle

Les 40 000 personnes réfugiées à la mission catholique de Bossangoa se réjouissaient à l’approche des troupes françaises. « C’est un énorme soulagement pour nous, se réjouit le père Alain Eouanzoui, vicaire général. Le cauchemar devrait bientôt prendre fin. » L’arrivée des Français est la première bonne nouvelle depuis trois mois dans cette partie du pays où plus de 500 maisons ont été incendiées. Tous espèrent « pouvoir célébrer Noël dans la joie et la paix ».

À Bozoum dans le nord, 4 600 personnes se sont installées dans la mission catholique. Le directeur de la Caritas locale, le père Aurélio Gazzera dit : « Nous avons ouvert les portes à tous, aux chrétiens comme aux musulmans. Nous avons donné de la nourriture à tous ceux qui sont ici, dans la mission, mais aussi aux 2 200 personnes qui se sont réfugiées dans la mosquée. Nous n’avons pas de problèmes interreligieux ou intercommunautaires. Le problème, ce sont les membres de la Seleka. »

À Bangui, après des jours de combat, la capitale est redevenue calme mais reste sur ses gardes. « Des hélicoptères survolent la ville, la tension et la peur sont palpables, explique Petula Malo, membre de la Caritas centrafricaine. Il y a encore des tirs dans certains quartiers de la ville et nous avons encore trop peur de sortir. »

Malgré les risques encourus, Mgr Dieudonné Nzapalainga sillonne les différents quartiers de la ville pour distribuer du riz, de l’huile, des boîtes de sardines et du lait en poudre à des milliers de personnes et espère que « la situation va se normaliser bientôt afin de pouvoir secourir tous ceux qui ont besoin de manger et de se soigner ». Sur place, la Caritas centrafricaine, la Caritas Bangui, la Caritas américaine (CRS) et la Caritas hollandaise (Cordaid) œuvrent ensemble pour apporter nourriture et médicaments à 50 000 personnes de 18 paroisses.

Gouvernance

Les projets soutenus en Centrafrique par le Secours Catholique ont été revus à l’aune des événements. Pour répondre aux besoins d’urgence, certains projets ont été spécifiquement créés, d’autres réorientés et quelques-uns ont été suspendus en attendant des jours meilleurs.

Le Secours Catholique soutient toutes les initiatives de réponse à la crise et notamment les plaidoyers qui mettent en avant les enjeux de long terme, la question de la bonne gouvernance incluse.

Aude Hadley, chargée de projets Centrafrique au Secours Catholique, juge nécessaire d’impliquer la société civile dans tous les processus et notamment le processus politique de transition démocratique. Aude Hadley souligne combien « les causes du conflit ne sont pas religieuses, mais les affrontements des derniers mois sont inquiétants pour le vivre ensemble et la réconciliation. Le travail autour de la justice et de la lutte contre l’impunité sera capital ».

Jacques Duffaut
© Philippe de Poulpiquet/PhotoPQR/Le Parisien/Maxppp
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