Centrafrique : une difficile sortie de crise

Publié le 19/02/2014
Centrafrique
Centrafrique : une difficile sortie de crise
 

Quentin Peiffer connaît bien la République centrafricaine. Il y a séjourné plusieurs mois en 2010 et depuis qu’il est chargé de projets au pôle des urgences internationales du Secours Catholique, il s’y est rendu deux fois. Au début de février, sa dernière visite à Bangui, la capitale, consistait à revoir le programme d’appui (réhabilitation, formations et dotation en équipements et médicaments) à une dizaine de centres de santé dans Bangui et ses alentours. La mise en œuvre de ce programme, financé par le Secours Catholique, a été contrariée par les événements de décembre dernier.

« Vu de France, on pensait que la priorité était de désarmer les ex-Séléka, explique Quentin Peiffer, parce qu’on n’avait pas conscience que les anti-balaka étaient aussi structurés. On les prenait pour des bandits de grands chemins. Le 5 décembre, ils ont attaqué Bangui à l’arme lourde. Ça, les acteurs humanitaires ne l’avaient pas vu venir. »

Ex-Séléka et anti-balaka

Présentées par les médias comme des milices d’autodéfense, les anti-balaka rassemblent d’une part des civils exaspérés par les exactions commises par les ex-Séléka et d’autre part d’anciens militaires des Forces armées centrafricaines (Faca), dont de nombreux officiers qui avaient pris les armes pour favoriser le retour de l’ancien président Bozizé. Au sein du mouvement anti-balaka, une scission est récemment apparue entre ceux qui combattent encore pour le retour de Bozizé et ceux qui estiment que Djotodia étant renversé, il est désormais temps de coopérer pour la paix.

Mgr Dieudonné Nzapalainga, archevêque de Bangui, n’a pas de mots assez durs pour qualifier cette milice d’autodéfense à majorité chrétienne, accusée d’exactions et de pillages à l’encontre des civils musulmans à Bangui et en province.

Dans une lettre qu’il leur a adressée, il écrit : « Vous ne pouvez pas vous dire chrétiens si vous tuez, brûlez, anéantissez votre frère. Vous ne pouvez pas vous dire chrétiens si vous chassez votre frère comme du gibier. Votre frère est une autre personne. J’ai accueilli, ici, chez moi, le chef de la communauté musulmane. Je vis à ses côtés et je demande aux chrétiens de faire comme moi. L’amour est ce qui caractérise les chrétiens. Or, nous sommes actuellement les témoins de divisions, de haines, de revanches, de représailles et de comportements qui sont diamétralement opposés aux valeurs de l’Évangile. »

Renforts

L’Union européenne devrait apporter son soutien à la France en Centrafrique en déployant ses troupes dès le mois de mars. C’est ce qu’a annoncé le ministre français délégué aux Affaires européennes, Thierry Repentin. Cinq pays (Estonie, Lettonie, Pologne, Portugal, Roumanie) ont proposé une contribution « substantielle » à ce mandat surnommé “Eufor-RCA”. Le nombre de militaires français sur le terrain sera porté à 2 000, soit 400 hommes supplémentaires qui participeront à l’opération militaire de l’UE dès son déploiement. Un accroissement d’effectifs français qui répond à la demande conjointe du secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, et de la présidente centrafricaine de transition, Catherine Samba-Panza.

À terme, l’ONU envisage de lancer une opération de maintien de la paix mais cela nécessitera un feu vert de l’Union africaine, pour l’instant réticente (le Tchad était réticent mais l’est de moins en moins), et une résolution du Conseil de sécurité.

Déplacés

Dans la capitale centrafricaine, Caritas Bangui a pu faire quelques distributions pendant les mois de troubles et d’anarchie, en décembre et janvier. Quentin Peiffer a pu se rendre compte que les musulmans avaient massivement fui la ville.

Bangui semble mieux sécurisée que les autres régions du pays. À Bossangoa, ville où la quasi-totalité de la population s’était réfugiée dans l’enceinte de l’évêché, la sécurité n’est toujours pas rétablie. « Les risques sont les mêmes qu’il y a quelques mois, estime Quentin Peiffer. Les réfugiés, chrétiens ou musulmans, ont tous peur. Les premiers craignent les membres de l’ex-Séléka qui sont toujours dans le pays (car beaucoup sont centrafricains). Les seconds craignent les anti-balaka. De nombreux pillards et bandits gravitent autour de ces deux groupes armés ; sans compter les Peuls, peuple nomade éleveur de bétail avec lequel les sédentaires sont en conflit depuis la nuit des temps. »

À Bossangoa, le Secours Catholique apporte son soutien financier à la Caritas américaine (CRS), elle-même agissant en appui de la Caritas diocésaine. L’un des programmes consiste à former le personnel à la gestion du camp de déplacés. Un autre, à distribuer des produits non alimentaires de première nécessité (bâches, couvertures, ustensiles de cuisine, etc.).

À Bangui, outre la remise en état des centres de santé et leur reprise d’activités, le Secours Catholique envisage d’appuyer la Caritas locale dans la distribution de vivres et l’assainissement et le ramassage des ordures sur les sites de déplacés. À l’étude également, la possibilité d’appuyer des groupements agricoles proches de Bangui.

Jacques Duffaut


Pour aller plus loin

Notre dossier web complet sur la situation en Centrafrique :

- Une analyse sur la réconciliation indispensable
- Un portrait de Mgr Nzapalainga
- La mobilisation des Caritas auprès des Centrafricains
- Un diaporama : au cœur de la Centrafrique
- Un retour sur les racines du conflit

© Aurelio Gazzera/Caritas Internationalis
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