Christophe Vénien : « Le droit commun s’installe progressivement »

Publié le 06/06/2014
Mayotte
 

Quelles sont les actions prioritaires du Secours Catholique à Mayotte ?

L’ensemble des activités menées par notre association est prioritairement en direction de la jeunesse à Mayotte, que ce soit par de l’animation collective et communautaire dans les quartiers, ou par un accompagnement personnalisé au sein de notre centre d’accueil pour jeunes déscolarisés.

Une grande partie de la population ne maitrise pas la langue française. Très nombreux sont ceux qui n’ont jamais été scolarisés. Notre centre Nyamba accueille environ 130 jeunes de 16 à 25 ans. Les activités qui leur sont proposées consistent à les remettre à niveau grâce à des cours d’alphabétisation, à des sorties pédagogiques, à des cours de théâtre et à des suivis administratifs personnalisés.

Parmi ces jeunes, il y a des “ni – ni”, c’est-à-dire des jeunes arrivés à Mayotte avant l’âge de 13 ans et qui, pour cette raison, ne peuvent pas être expulsés. Mais ils ne sont pas non plus régularisables car ils ne détiennent aucun papier d’identité.

Voici trois ans maintenant que Mayotte est devenue département français. Y a-t-il eu en cette période des changements notables ?

Le territoire rentre progressivement dans le droit commun. Un RSA a été mis en place, quoique moindre ; divers dispositifs ont également été mis en place, comme de nouvelles allocations, les aides personnalisées au logement (APL). Mais les conditions sont plus strictes qu’en métropole.

Même chose pour l’admission des étrangers, le Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (Ceseda) est appliqué mais le régime est dérogatoire. Les étrangers peuvent être reconduits à la frontière quelques heures après leur arrivée. Notons encore que, depuis le 1er janvier 2014, l’île applique le droit fiscal commun notamment les taxes foncières d’habitation.

Depuis trois ans, l’immigration a-t-elle fléchi ou augmenté ? Y a-t-il eu davantage de régularisations d’étrangers ?

L’immigration n’est pas supérieure. Au contraire, elle a diminué du fait qu’il y a davantage d’interpellations en haute mer, ce qui réduit le nombre d’arrivants.

Nous notons une amélioration concernant les conditions d’accueil, même s’il reste beaucoup à faire. De la même manière, les effectifs humains pour traiter les dossiers ont aussi augmenté : 13 000 dossiers ont été traités l’an dernier, contre 3 500 l’année précédente, soit une croissance de traitement de 286 %. C’est ce que révèle le Journal de Mayotte.

Une mission institutionnelle du Secours Catholique se rend à Mayotte à partir du 10 juin. Qui la composent et que peut-on en attendre ?

Cette mission est composée de parlementaires, de journalistes, et de membres de trois ONG : Médecins du Monde, Apprentis d’Auteuil et le Secours Catholique.

Pour le Secours Catholique, y participent son président François Soulage ; Pierre Colmant, vice-président et président de la délégation des Hauts-de-Seine ; Marie-Louise Ferdinand, présidente de la délégation de la Réunion ainsi que Delphine Bonjour, chargée de l’action institutionnelle en France. La délégation de la Réunion y est associée car des fonds européens communs sont destinés aux deux départements.

La mission rencontrera d’autres associations locales, particulièrement celles qui travaillent auprès des jeunes, des mineurs et des demandeurs d’asile isolés. Ses membres rencontreront les représentants de l’État, les parlementaires locaux ainsi que les autorités importantes de l’île, tel que le Grand Cadi et le président du Conseil général. Puis ils visiteront quelques actions menées par nos trois associations, iront dans des bidonvilles, rencontreront des jeunes et entendront les populations. Enfin, nous irons visiter un programme d’alphabétisation et d’actions collectives et communautaires à Chirongui, dans le sud de l’île.

Nous attendons de cette mission institutionnelle une prise de conscience des politiques locaux et surtout nationaux. Il y a urgence à développer le territoire. Car actuellement nous naviguons à vue, il n’y a pas de vision générale, pas de fil rouge concernant la jeunesse. Nous souhaitons bénéficier enfin d’une vision positive, car, généralement, les médias nationaux parlent de Mayotte de façon négative.

Propos recueillis par Jacques Duffaut


Mayotte en chiffres

Mayotte comptait en 2012 près de 213 000 habitants – à 95 % musulmans – avec la moitié de sa population ayant moins de 18 ans et un taux de fécondité de 4,1 enfants par femme, faisant de ce département le champion français du taux de natalité. 40 % de la population est étrangère et quatre étrangers sur dix sont mineurs. Enfin, trois Mahorais sur dix en âge de travailler ont un emploi. (source : Insee)



© Elodie Perriot/Secours Catholique
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