Citoyenneté : 250 personnes dans la rue pour la dignité de tous

Publié le 02/07/2013
France
 

Deux marches contre la pauvreté et pour la dignité étaient organisées vendredi 28 juin à Paris et dans le Val-d’Oise. Près de 250 citoyens – personnes en situation de précarité, bénévoles et salariés d’associations, dont le Secours Catholique –, ont défilé main dans la main.

Vendredi 28 juin à Paris, environ deux cents personnes se sont rassemblées pour participer à une marche contre la pauvreté et pour la dignité. L’objectif : faire entendre la voix des personnes précaires et rappeler, à moins d’un an des élections municipales, que vivre dans la pauvreté n’empêche pas d’être citoyen.

Cette marche a été organisée par une coordination régionale rassemblant des personnes en situation de précarité, des bénévoles et des salariés du Secours Catholique et de l’Association des cités du Secours Catholique (ACSC). La plupart participent, depuis un an et demi, à des groupes de réflexion sur l’action citoyenne, analysant des situations de pauvreté et élaborant des propositions concrètes pour y répondre.

Au fil de la journée de vendredi, les représentants de la marche ont porté un document d’interpellation (à lire en version PDF ci-dessous) issu de ces réflexions auprès de plusieurs ministères, de la préfecture de Paris et de l’Assemblée nationale.

En fin d’après-midi, les marcheurs parisiens ont été rejoints par ceux du Val-d’Oise. La cinquantaine de manifestants du département voisin de la capitale avaient eux aussi passé la journée à sensibiliser leurs concitoyens et responsables politiques sur les droits de chacun. Ces marches s’inscrivent dans une mobilisation en vue des élections municipales en mai prochain.


Paroles de manifestants

Jeff Mathieu, 57 ans : « Si tu ne t’intéresses pas à la politique, c’est elle qui s’occupera de toi. »

« J’ai participé à la marche contre la pauvreté et pour la dignité en tant qu’organisateur. En effet, je fais partie du Groupe action citoyenne (GAC) qui était dans la coordination régionale organisatrice. Ce groupe, né en décembre 2011 pour préparer les élections, présidentielle et législatives, rassemble une vingtaine de personnes en situation de précarité et d’autres touchées par nos galères. Notre objectif à travers cette marche est d’interpeller les politiques avec une série de revendications, mais surtout de les porter grâce à notre témoignage vivant.

Personnellement, je suis attaché aux propositions autour du logement. À l’heure actuelle, pour avoir un logement il faut un travail et pour avoir un travail il faut un logement – ou au moins une domiciliation… Comment sortir de ce cercle vicieux quand l’un des deux fait défaut ? Aujourd’hui au chômage, j’ai eu la chance d’avoir de justesse un appartement dans une structure de l’Association des cités du Secours Catholique.

Mon expérience, faite de mille et un petits boulots, de mille et une situations d’hébergement parfois précaires, me donne envie de m’engager à faire entendre ma voix. J’ai toujours été intéressé par les débats politiques. Je vais souvent à l’Assemblée nationale pour écouter les échanges puisque c’est ouvert à tous les citoyens. Je dis souvent : "Si tu ne t’intéresses pas à la politique, c’est elle qui s’occupera de toi ". »

Thérèse Ekani, 66 ans : « Rompre les cercles vicieux »

« Cette marche contre la pauvreté et pour la dignité est ma première manifestation dans la rue ! J’ai souvent pensé que le jour où les chômeurs seront dans la rue, je serai avec eux. Pourtant, pendant longtemps, j’ai eu des préjugés sur ces personnes. Je pensais que ceux qui voulaient travailler le pouvaient, que c’était une question de volonté. Aujourd’hui, je sais que c’est plus compliqué que ça, qu’il y a des mécanismes qui cassent les gens.

Mon regard sur les personnes en précarité a évolué grâce à mon engagement bénévole au Secours Catholique. Depuis cinq ans, date de ma retraite, je fais de l’accueil à la délégation de Rosny et je participe à la commission sociale qui étudie les dossiers de demandes d’aides des personnes que nous accueillons. C’est là que j’ai découvert des réalités complexes.

À mon niveau, mon action a été d’être là pour cette marche. Je voulais vraiment qu’ils sentent qu’ils ne sont pas seuls, qu’il n’y a pas “eux” et “nous” mais qu’on est tous ensemble dans la même barque. Ensuite, je pense que c’est aux gouvernants de faire des efforts pour rompre les cercles vicieux dans lequel les personnes précaires sont parfois enfermées.

La proposition que je porte aussi aujourd’hui, c’est celle du droit de manger à sa faim. Ancienne infirmière, je connais les dangers de mauvaises habitudes alimentaires dictées par l’absence d’argent. Si la malnutrition fait des ravages dans les pays africains notamment sur les enfants, ceux d’ici peuvent être mal nourris et en souffrir toute leur vie. »

 

Sophie Lebrun
© Gaël Kerbaol/Secours Catholique
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