Colloque : religion et citoyenneté dans le monde arabe

Publié le 14/01/2013
Monde arabe
 

Samedi 19 janvier, l’Institut du monde arabe accueille un colloque sur le thème « Entre religion et citoyenneté, où en sont les bouleversements du monde arabe, en Égypte et en Tunisie ? ». L’événement est organisé par les Chrétiens en Méditerranée, en partenariat avec le Secours Catholique. Séverine Laville, responsable adjointe du pôle Moyen Orient au Secours Catholique, présidera l’une des tables rondes de la journée.

En quoi est-ce important de se questionner sur le lien entre religion et citoyenneté dans le monde arabe ?

Au Moyen Orient, l’appartenance religieuse est inscrite dans les papiers d’identité et détermine le régime juridique qui est applicable à chaque individu dans le domaine personnel (mariage, divorce, héritage, etc.). Par exemple, en Égypte, l’islam est religion d’État. Il arrive d’ailleurs que certains coptes se sentent citoyens de deuxième ordre, en parlant de discriminations à leur égard.

Avec l’arrivée démocratique au pouvoir d’un parti se réclamant officiellement d’une idéologie d’origine religieuse – les Frères Musulmans –, il est apparu que la religion et la citoyenneté méritaient d’être interrogées l’une en regard de l’autre car l’Occident a ressenti un malaise face aux événements d’après révolution. Le débat sur la place de la charia dans la nouvelle constitution a alimenté ce malaise. En Europe, on parle aujourd’hui de fuite massive des chrétiens, de massacres et d’attentats dirigés contre les chrétiens.

Or pendant la révolution égyptienne, les citoyens de toutes confessions étaient rassemblés et unis Place Tahrir, au Caire, avec des revendications communes de liberté, de fin de l’autocratie, de lutte pour la dignité et de fin de la misère sociale et économique. De nombreux actes de solidarité entre les chrétiens et les musulmans ont eu lieu, avec le slogan « Nous sommes tous Égyptiens ». Cela a entraîné des changements pour la communauté copte dans leur prise de parole et leur mobilisation citoyenne : ils étaient appelés à la réserve par le pape Chenouda III, or ils ont été très présents aux manifestations pour renverser le régime.

Certes, la coexistence est aujourd’hui mise à mal par des heurts récurrents et des violences interconfessionnelles. Mais l’avènement de la démocratie, après la chute des dictatures, a laissé espérer une réelle égalité, quelles que soient les religions ou les pratiques confessionnelles, entre tous les citoyens. C’est cette espérance que nous allons interroger lors de ce colloque.

Pourquoi l’Égypte et la Tunisie sont-ils emblématiques des changements dans le monde arabe ?

Presque tous les pays du monde arabe ont été touchés par "les printemps arabes". Seuls l’Égypte et la Tunisie ont à la fois renversé le régime dictatorial en place dans un délai court et avec un nombre de victimes relativement limité, et procédé dans la foulée à des élections. Il y a sans doute eu quelques fraudes mais la multiplicité des candidats et des partis ainsi que l’éclatement des résultats permettent de les considérer comme démocratiques.

C’est aussi chronologiquement les deux premiers pays où les mobilisations du "printemps arabe" ont commencé : le 17 décembre 2010 pour la Tunisie, le 25 janvier 2011 pour l’Égypte. En outre, l’Égypte est un "pays prioritaire" pour le Secours Catholique – Caritas France en 2012-2013, c’est-à-dire que nous entendons porter une attention poussée à la situation de ce pays, à son développement et aux mobilisations locales. C’est dans ce cadre que nous avons répondu à l’initiative du réseau Chrétiens de la Méditerranée d’organiser ce colloque et d’y présider une table-ronde consacrée à l’Égypte.

Cette rencontre souhaite-t-elle déconstruire les idées fausses ?

La vague révolutionnaire qui a secoué le monde arabe depuis la fin du mois de décembre 2010 a surpris tout le monde, pour atteindre une situation exceptionnelle de bouleversement majeur dans cette région. Cela a été la fin d’un ordre qui dominait cette zone géographique depuis les années 1960.

On dit que les libéraux et les porteurs de la révolution sont les grands perdants face aux islamistes portés au pouvoir par les urnes. Ce colloque veut essayer, en faisant intervenir et débattre des personnalités venant de ces pays, de mieux comprendre et connaître les évolutions et réalités du terrain, et ne plus se baser sur les « on dit ».

La religion y sera-t-elle une aide ou un obstacle au "vivre ensemble" et à l’égalité de tous ? Quels sont les obstacles au fait que la citoyenneté (le fait d’être reconnu comme membre actif avec des droits et des devoirs d’un État) serait le seul fondement pour une inclusion sociale ?

L’idée est d’abord d’offrir une journée exceptionnelle de témoignages face à cette question "religion et citoyenneté", au cœur de la construction des pays concernés et qui en appelle tant d’autres : droits des femmes arabes, des minorités, place de la société civile émergente, libertés publiques…

« Entre religion et citoyenneté, où en sont les bouleversements du monde arabe, en Égypte et en Tunisie ? » : colloque à l’Institut du monde arabe (1, rue des Fossés-Saint-Bernard, 75005 Paris) , samedi 19 janvier de 9h à 18h, organisé par le réseau Chrétiens de la Méditerranée et la direction de la prospective du ministère des Affaires étrangères avec le concours de nombreux partenaires. Entrée libre, inscription obligatoire à : chretiensdelamediterranee gmail.com (dans la limite des places disponibles).

Sophie Lebrun
DR
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