COP 21 : « Ça n’est qu’un début, tout reste à faire. »

Publié le 16/12/2015
Monde
COP 21 : « Ça n’est qu’un début, tout reste à faire. »
 

Émilie Johann, responsable du plaidoyer international du Secours Catholique-Caritas France revient sur la signature d’un accord par les 195 États réunis à Paris à l’occasion de la COP 21. Pour elle, le texte n’est pas à la hauteur des enjeux mais il laisse des points d’accroche intéressants à traduire en politiques adéquates d’ici l’entrée en vigueur de l’accord en 2020.

 

Cet accord est-il une réussite ou un échec ?

C’est la première fois que tous les pays du monde s’engagent à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Jusqu’ici le protocole de Kyoto ne concernait que des pays développés, soit 55% des émissions de CO2 des pays industriels. Cet accord est donc historique puisqu’il est universel.

Par ailleurs, les pays ont donné un signal fort de long terme pour rester sous le seuil d’1,5°C de réchauffement par rapport aux niveaux préindustriels. Cela implique de sortir des énergies fossiles pour entrer dans l’ère de l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables. Mais tout reste à faire, il va falloir mettre en œuvre cet accord à partir de 2020 et d’ici là, réviser les ambitions.

Il faut rester mobilisés.

Les pays ont certes reconnu la nécessité de rester sous un réchauffement de 1,5°C, seuil crucial pour la survie des populations vulnérables, mais leurs plans d’action nationaux de réduction des émissions de gaz à effet de serre nous dirigent aujourd’hui vers un réchauffement de +3°C. Il faudra donc nécessairement que les pays augmentent l’ambition de leurs engagements. Nous allons rester mobilisés en ce sens. Un point d’étape est prévu dès 2018 : s’ils prennent l’accord au sérieux, les États devront profiter de ce moment pour augmenter leur ambition.

 

Qu’en est-il de la question de la sécurité alimentaire et de celle des droits de l’homme, deux problématiques défendues par le Secours Catholique ?

À nos yeux, il manque clairement dans cet accord les garanties suffisantes que l’objectif de 1,5°C soit atteint en cohérence avec la sécurité alimentaire et les droits de l’homme.

Concernant la sécurité alimentaire, le texte préfère la notion de « production alimentaire » qui se trompe de cible selon nous car elle n’englobe pas la question de l’accès à l’alimentation ni celle des modèles de production, qui sont clefs pour la sécurité alimentaire.

Il n’y a pas de reconnaissance de la sécurité alimentaire.

Il n’y a pas dans ce texte de cohérence entre la lutte contre les changements climatiques et contre l’insécurité alimentaire. Par exemple, l’accord évoque le stockage de carbone qui pourrait se faire dans les sols. Or, à grande échelle, ceci pourrait faire augmenter le prix des terres et conduire à de l’insécurité alimentaire. Il faut s’assurer que ce sont les bonnes options qui seront utilisées pour atteindre l’objectif de l’accord.

Par ailleurs, la question des droits de l’homme a été écartée du cœur de l’accord pour être reléguée dans le préambule qui est moins contraignant. On aurait souhaité une mention du respect des droits de l’homme dans toute politique climatique. Nous continuerons néanmoins à exiger la cohérence entre politiques climatiques et droits humains.

 

La charge des efforts climatiques risque-t-elle d’être portée par les populations les plus vulnérables ?

Le texte reste beaucoup trop flou sur certains points. Il n’y a pas de garanties suffisantes qu’il soit juste pour les plus vulnérables. Prenons la question du financement. Dans l’accord de Paris, les pays développés se sont engagés à ne pas aller en dessous du seuil des 100 milliards de dollars annuels pour lutter contre les impacts des changements climatiques dans les pays en voie de développement.

Mais ils ne sont pas allés plus loin : le texte laisse beaucoup trop d’inconnues sur les sommes qui seront mobilisées après 2025.

Il manque notamment un engagement de mobilisation de fonds publics pour financer les besoins d’adaptation, comme par exemple des initiatives comme la mise en place de digues ou la diversification des pratiques agricoles pour que certains pays luttent contre les impacts des changements climatiques. Sans garantie de financements adéquats et prévisibles, il sera difficile pour les pays touchés d’anticiper et de mettre en œuvre des plans d’adaptation.

Il s’agit d’une première étape.

Pour conclure, cet accord ne résout pas la crise climatique. Mais il s’agit d’une première étape. En maintenant la mobilisation, on peut espérer une révision adéquate des ambitions des pays. Tout dépendra aussi de la volonté des gouvernements. Dans la droite ligne de l’exhortation du Pape à changer de système, nous continuerons à rendre les pays redevables des engagements pris à Paris, et à aller au-delà.

Cécile Leclerc-Laurent
Crédits photos : ©Lionel Charrier-Myop/Secours Catholique, ©Élodie Perriot/Secours Catholique
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