Crise alimentaire au Sahel : le Secours Catholique reste prudent

Publié le 27/02/2013
Sahel
 

L’été dernier, la région sahélienne a été touchée par une grave crise humanitaire. Plus de 16 millions de personnes ont souffert de la faim selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture. En 2013, la situation tend à s’améliorer, mais la guerre au Mali fait peser une nouvelle menace sur la zone.

Au Sahel, les pluies tombées à la fin de l’année 2012 ont fait du bien. Plus de 310 mm d’eau à certains endroits, cela ne s’était pas vu depuis près de dix ans. « En Mauritanie, les prairies sont vertes, les récoltes s’annoncent bien, les marchés sont bien approvisionnés, et vendent en quantité importante les produits agricoles de la campagne hivernale », explique Camille Fauvet, chargée de mission au pôle Urgences internationales du Secours Catholique, qui s’y est rendue en décembre dernier.

Le constat est similaire dans le reste de la bande sahélienne, de la Mauritanie au Niger, en passant par le Sénégal, le Mali et le Burkina Faso. En plus de l’amélioration des conditions climatiques de cette région subsaharienne, l’intervention des ONG, dont le Secours Catholique, pour répondre à l’urgence humanitaire de l’année passée commence donc à porter ses fruits. En effet, les populations du Sahel reprennent espoir.

Pour autant, selon Camille Fauvet, il ne faut pas baisser la garde. « Si la situation générale s’améliore, il y a des disparités climatiques selon les régions », constate-t-elle. Pour échapper à la famine, certains habitants ont dû « décapitaliser », c’est-à-dire se séparer de leurs biens, de leurs bêtes. Ils ont tout vendu pour pouvoir subvenir à leurs besoins. D’autres se sont même endettés, en pré-vendant leurs récoltes, sans savoir quels seraient leurs rendements. Les populations restent donc fragilisées, même si les indicateurs reviennent peu à peu au vert.

Rester au plus près du terrain

La vigilance est de mise pour guetter les premiers signes de détérioration de la situation humanitaire au Sahel. C’est là la force du réseau Caritas. « Nos partenaires locaux sont présents sur le terrain au quotidien, ajoute Camille Fauvet. Ils nous font remonter des informations de première main, et nous alertent en cas de problème. En fonction de leur analyse, nous déterminons la réponse à apporter. » Ce maillage important, vigie au plus près des populations, va être renforcé dans les prochains mois. Un programme doit en effet permettre la formation d’une trentaine de responsables des Caritas du Mali, du Sénégal, du Burkina Faso et du Niger à l’analyse des marchés.

La compréhension des dynamiques de marché (fonctionnement des filières céréalières, comportement des commerçants, etc.) est un préalable à toute intervention dans le domaine de l’assistance alimentaire. Elle permet également de justifier des choix en termes de modalités d’interventions (vivres, transferts monétaires et/ou coupons marchandises/monétaires). Cela s’impose également tout au long de la mise en œuvre des projets, à la fois pour connaître les effets potentiels des transferts réalisés sur le fonctionnement des marchés, et pour détecter d’éventuels points de blocage nécessitant une réorientation du programme.

« Cela pourra également contribuer à une compréhension plus globale des mécanismes d’approvisionnement des marchés sahéliens et des phénomènes de spéculation, souligne Camille Fauvet, et ainsi aider les acteurs de développement à identifier des potentiels axes d’intervention en matière de régulation et d’appui au fonctionnement des marchés. »

La situation au Mali, un facteur de risque supplémentaire

Cette année, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), plus de 10 millions de personnes sont encore menacées d’insécurité alimentaire dans l’espace sahélien. Et l’intervention militaire au Mali fait peser le risque de voir la région basculer de nouveau dans une crise humanitaire généralisée. La situation géopolitique dans ce pays bloque les flux transfrontaliers de marchandises, ce qui empêche un transfert des produits alimentaires des zones excédentaires vers les zones déficitaires.

 

Gautier Demouveaux
© Frédérique Faure/Wostok Press
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