Dans le Pas-de-Calais, les familles ont leur maison

Publié le 06/01/2014
Auchel
Dans le Pas-de-Calais, les familles ont leur maison
 

En mars dernier, l’ancien vidéoclub d’une artère commerçante du centre d’Auchel a laissé place à la “Maison de la famille” du Secours Catholique. Tous les après-midi de semaine, ceux qui le souhaitent s’y retrouvent.

« Quand quelqu’un déprime, il vient ici. Ça lui fait remonter la pente. On y voit beaucoup de monde et on discute. » Martine est un peu la maîtresse de cérémonie des lundis après-midi, lors des ateliers cuisine qu’elle anime au sein de cette “Maison de la famille”. Pour donner un peu d’intimité au lieu, la vitrine a été dépolie ; bénévoles et accueillis ont repeint, tapissé, aménagé une cuisine, des toilettes et un petit dortoir pour les enfants en bas âge.

Le lieu répond ainsi au besoin et au goût de la rencontre, de l’entraide, de l’échange. Ce sont les personnes accompagnées, Martine en tête, au retour de “vacances en famille” organisées par le Secours Catholique d’Auchel, qui en ont fait la demande.

Comme l’indique le délégué du diocèse, Vincent de Coninck, « ce projet correspondait à notre axe prioritaire qu’est la famille, la parentalité ». Depuis mars dernier, tous les après-midi sont désormais occupés. Rencontres, ateliers, groupe de parole. Le mercredi, les adultes amènent leurs enfants pour une grande séquence récréative.

Relations d’amitié

Il existe ainsi plusieurs maisons de la famille en France, suivant l’exemple de l’une des premières d’entre elles, celle de Grenoble, portée par le Secours Catholique en partenariat avec les Apprentis d’Auteuil.

« Dans ces lieux, les familles sont actrices et non pas accueillies ; elles s’y retrouvent entre elles, entre pairs, y discutent de problèmes communs auxquels elles trouvent ensemble des solutions. Ce sont des relations d’amitié qui se créent, qui permettent de penser et d’agir, de puiser des ressources qui nourrissent ensuite le cadre familial », explique Brigitte Alsberge, responsable du département Solidarités familiales au Secours Catholique.

Ce lundi ensoleillé de décembre, une quinzaine de femmes entourent Martine. Elles s’affairent à la cuisine ou mettent le couvert. Delphine, 26 ans, mère de deux enfants, est venue en voisine avec Aurore, sa petite dernière. « J’ai toujours vécu ici, dit-elle. Avec le père de mes enfants, nous sommes allés chercher du travail en Bretagne, mais ça n’a pas été concluant, cela a précipité notre séparation. »

Delphine habite juste à côté. Elle loue un T3 pour 510 euros par mois, charges comprises. Pour vivre, elle ne perçoit guère plus de 800 euros d’aides (APL et RSA). Dans l’immédiat, elle ne cherche pas d’emploi : « Ce n’est pas intéressant de travailler tant que mes enfants ne vont pas à l’école, dit-elle, il vaut mieux que je les garde moi-même plutôt que de payer pour les faire garder. »

Ces dernières décennies, les activités minière et industrielle ont périclité autour d’Auchel, qui connaît actuellement un chômage de 26,77 %, soit un taux deux fois et demi supérieur à la moyenne nationale. Et comme le constate Delphine, « il y a beaucoup de problèmes liés à l’alcool ».

« Ici, on aime rire »

La plupart des femmes présentes à l’atelier sont jeunes. Un seul homme, prof de maths, a accompagné sa femme, Sabrina, et il apprécie l’ambiance. Il goûte le soufflé au reblochon que Wendy, 18 ans, vient de sortir du four.

Wendy est la fille de Valérie, 39 ans, prof bénévole de danse country. Valérie a connu le Secours Catholique lorsque, à la mort de sa belle-mère, elle a demandé de l’aide pour régler les obsèques. « Ici, on aime rire, on repart la gaieté au cœur, on aime se retrouver. Je viens le lundi mais aussi le vendredi, à l’atelier tricot et couture. Il y a quinze jours, j’ai préparé un poulet au vinaigre et tout le monde a noté ma recette. »

Sabrina poste les recettes sur sa page Facebook,l’Atelier de cuisine d’auchel : soupes (au potiron, à l’ail, à l’harrira), gaufres, chou-fleur aux lardons, etc. Même le gâteau d’anniversaire réalisé par Martine pour les 32 ans d’Émilie, autre habituée du lundi, est désormais en photo en ligne.

L’espoir ensemble

La réunion fait des émules. De nouvelles personnes viennent régulièrement se joindre au groupe. Une autre Valérie, mère de trois enfants, participe à l’atelier pour la troisième fois. « J’ai appris à faire des pommes de terre papillon, un plat dans lequel on intercale des tranches de Cheddar entre des tranches de pommes de terre. Mes enfants en raffolent. »

Cette maman en recherche d’emploi s’inquiète pour ces derniers : « Mon fils, qui a un bac pro en systèmes électroniques numériques, était inscrit à Pôle emploi, mais il n’a rien trouvé. Il vient de reprendre ses études pour passer un autre bac professionnel. Cela devrait lui permettre de trouver un emploi plus facilement. J’espère. »

Vers 16h30, tout le monde prête main-forte pour desservir la table, faire la vaisselle et ranger les ustensiles. L’heure de se quitter est désormais passée, mais l’après-midi se poursuit comme si cette réunion ne devait jamais prendre fin.

Jacques Duffaut
Crédits photos : ©Xavier Schwebel / Secours Catholique
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