Délégation interreligieuse : la fin du voyage

Publié le 14/10/2013
Syrie
 

Louise Avon, membre du Conseil d’administration du Secours Catholique–Caritas France, revient d’un voyage au Liban et en Jordanie avec une délégation française interreligieuse. Celle-ci, composée d’associations et de responsables religieux, a passé cinq jours auprès des réfugiés syriens et des personnes qui les accompagnent.

Au retour de ce voyage, que retenez-vous de ceux avec qui vous êtes partis, la délégation interreligieuse ?

Notre mission a donné une suite concrète à l’appel pour le peuple syrien lancé le 1er octobre par 14 personnalités françaises, chrétiennes et musulmanes, religieuses et laïques engagées dans des organismes de solidarité.

Cette délégation était composée de personnes appartenant à trois générations (de 25 à 70 ans), ce qui pour moi, a renforcé sa représentativité. Nous étions des citoyens français qui, dans leur diversité, allaient écouter ce que les Syriens réfugiés en Jordanie et au Liban avaient à nous dire de leurs souffrances et de leurs espoirs. Les échanges avec les Jordaniens et les Libanais qui les accueillent et les accompagnent si généreusement m’ont aussi beaucoup marquée.

Par quelles rencontres avez-vous été particulièrement touchée ?

C’est la rencontre, dans la plaine de la Bekaa au Liban, avec une dizaine de familles installées dans un “campement” : un terrain vague qu’ils louent pour y installer des abris faits de toiles et de plastique. Les pères et mères de famille, dans leur dénuement, avaient une très grande dignité et étaient reconnaissants envers les personnes de la Caritas qui prennent soin d’eux. Mais ce qui m’a paru être leur plus grande souffrance, c’est l’impossibilité de penser un avenir, pour eux et pour leurs enfants.

Cette précarité absolue est encore plus terrible que la pauvreté matérielle et personne ne peut leur apporter l’espoir d’une sécurité à moyen ou long terme. Ils souhaitent revenir dans leur pays, mais ils savent que le retour à la paix est lointain alors que l’hiver sera invivable dans leurs conditions de vie actuelles. L’absence de travail rend cet avenir plus incertain encore.

Un autre moment m’a particulièrement émue, dans la salle paroissiale de Zarqa en Jordanie. Une trentaine de femmes, jeunes pour la plupart, étaient réunies pour écouter et échanger avec une femme médecin de Caritas Jordanie sur la façon de comprendre et de traiter les traumatismes subis par les enfants lors des bombardements ou autres horreurs dont ils ont été témoins ou victimes. Nous étions au fond de la salle et l’un de nous traduisait à mi-voix. Ces femmes posaient très librement les questions qui les inquiétaient et ce médecin s’adressait à elles avec une douceur extraordinaire. Cela m’a paru être un moment de “pure humanité”, c’est-à-dire de vérité dans la charité.

Quel témoignage souhaitez-vous porter aux Français ?

Je ne suis qu’un témoin parmi d’autres mais j’ai envie de dire à nos concitoyens : « Ouvrez les yeux ! » Ça aide à ouvrir son cœur et, pourquoi pas, ses bras. Devant ce drame que vivent plus de 6 millions de Syriens, déplacés dans leur propre pays ou réfugiés dans les pays proches, nous ne pouvons pas nous contenter des quelques instants quotidiens de reportage télévisé. Il faut chercher à comprendre, à connaitre.

Je reprendrais une parole de Mgr Maroun Laham, vicaire patriarcal latin pour la Jordanie, à propos des chrétiens en Syrie : « Si des chrétiens souffrent, s’ils meurent parfois, c’est avant tout parce qu’ils sont syriens. »

Toutes les personnes que nous avons rencontrées ont apprécié de voir dans une même délégation venant de France des chrétiens et des musulmans faisant la même démarche fraternelle auprès de leurs frères syriens. J’aimerais que chaque Français se crée au moins une occasion de véritable rencontre avec celui qui ne partage pas sa foi ou son idéologie.

Quel espoir ce voyage a-t-il entretenu ?

Il est difficile de parler d’espoir quand toute perspective de paix semble si lointaine. Chaque jour et chaque acteur, étatique ou non, qui ajoute un obstacle à la négociation accroît les souffrances de ces millions de personnes, mais aussi la menace d’une déstabilisation plus large aux portes de l’Europe.

Le véritable espoir trouvé dans ce voyage est celui que font vivre ces centaines de chrétiens et de musulmans se donnant sans compter et souvent au péril de leur vie au service de leurs frères souffrants, si proche d’eux. Ne nous éloignons pas d’eux, au moins par l’intention et par la prière.

Charlotte d’Ornellas
Crédits photos: © Patrick Nicholson/Secours Catholique
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