Du « bio » à la portée de tous

Publié le 06/06/2016
Salles-sur-Garonne
Du « bio » à la portée de tous
 

En partenariat avec le réseau « Jardins de Cocagne », le Secours Catholique participe à l’opération 30 000 paniers solidaires afin de permettre à un public à faibles revenus d’accéder à une nourriture saine et écologique. Explications en Haute-Garonne, dans les Jardins du Volvestre.

En France, la centaine de Jardins de Cocagne existants sont des lieux de formation et de réinsertion par l’agriculture biologique. Laurent Durrieu, jeune quadra, codirige les trois jardins de Cocagne de Haute-Garonne. Début mai, nous le retrouvons à Salles-sur-Garonne, aux « Jardins du Volvestre ».

Sur deux hectares, l’exploitation borde la Garonne qui coule vers Toulouse. Au fond, un demi-hectare de serres où poussent tomates, aubergines, poivrons et cucurbitacées. En plein champ, un patchwork de verdures, planches de diverses variétés de légumes d’été. Les premières fèves seront bientôt récoltées.

Vingt employés en insertion

Sur les vingt employés en insertion qu’accueille la structure, certains repiquent des plants de basilic, d’autres préparent un terreau de rempotage ; trois d’entre eux nettoient et mettent en bottes de jeunes oignons. Jason, 20 ans, veut devenir paysagiste. Il a une formation de maçon mais il « préfère plonger mes mains dans la terre que dans le ciment. Depuis que je travaille, j’ai un peu d’argent, une vie sociale et ça me plaît. »

Rachid, 34 ans, a cessé son métier de chauffeur poids-lourd à cause d’une maladie oculaire, il espère vite rebondir. Christophe, 45 ans, sort de 5 ans de dépression. Il tente de monter son entreprise de peinture : « je voulais vérifier si j’étais capable de travailler en équipe. Ici, je crée des liens et je peux me faire connaître. » Tous les salariés interrogés se disent satisfait de ce retour à l’emploi.

 

L’agriculture biologique ? Elle fait partie de la charte des Jardins de Cocagne

 

 Ces jardins ont été créés il y a 5 ans à l’initiative de l’AFIDEL[1], un organisme de formation. Le terrain a été mis à disposition gratuitement par la ville de Rieu-Volvestre. À la base, la mission des jardins est la réinsertion. Les employés signent des CDD de 3, 4 ou 6 mois, renouvelables sans excéder deux ans. Ils sont formés à l’hygiène, à la sécurité, aux démarches administratives. Ils sont remis à niveau. Ils travaillent 26 heures par semaine et touchent 830 euros net par mois.

« L’agriculture biologique ? Elle fait partie de la charte des Jardins de Cocagne, explique Laurent Durieu. Elle est du ressort des encadrants. Tout est étudié pour que les trois jardins de Cocagne que je supervise s’épaulent et se complètent. »

Tous les paniers sont nominatifs et consignés

La saison d’hiver se termine et celle d’été n’a pas encore commencé. Un défi pour remplir les 300 paniers hebdomadaires. La mise en panier s’effectue à deux kilomètres de là, dans un grand hangar, sain, de belle architecture, mis à disposition par un fermier à la retraite. Une demi-douzaine d’employées pèsent, emballent et remplissent les paniers qui reposent, alignés, sur des tables basses. Elodie encadre l’équipe.

Elle fait remarquer la solidité des sacs en corde tressée et plastifiée, la poche ventrale translucide qui permet de correspondre avec les adhérents. « Tous les paniers sont nominatifs et consignés. Dans les petits paniers, nous mettons cinq variétés de légumes différents, et sept dans les grands. Les petits coûtent 10 euros, les grands 15. »

 

Les clients sont contents de participer au processus d’insertion des personnes en difficulté

 

« Quant au panier solidaire, ajoute Laurent Durrieu, il revient à 2 euros aux personnes qui en bénéficient. La différence est payée par le Secours Catholique. » Lydie Carloux-Yog, déléguée locale du Secours Catholique, se félicite que « l’opération débutée en mars vise 50 personnes. Leur panier est cofinancé par la délégation de Toulouse.

Les premiers adhérents disent être contents de la qualité de ces produits qui participent au développement durable. » L'opération 30 000 paniers solidaires, lancée par le Réseau Cocagne et mise en application dans la quasi-totalité de ses jardins, a d'autres partenaires comme des CCAS (Centres communaux d'action sociale) ou la MSA (Mutualité sociale agricole).

Cuisine et imagination

Ces nouveaux adhérents aux Jardins du Volvestre sont des familles accompagnées par le Secours Catholique qui jusqu’ici bénéficiaient de colis alimentaires et qui se sont vus proposer de participer à l’opération car capables d'autonomie. Les paniers sont déposés dans des lieux proches de leur clientèle, en général des commerces tels que boulangeries ou boutiques de produits bios.

Ces personnes peuvent cuisiner ces produits locaux, soit parce qu'ils ont de l'expérience ou qu'ils sont imaginatifs soit parce qu'ils savent appliquer les recettes que les Jardins du Volvestre communiquent régulièrement à ses adhérents. « Les premiers retours montrent que ces nouveaux clients sont contents de recevoir ces paniers et de participer au processus d’insertion de personnes qui, comme eux, rencontrent des difficultés financières. »

Au total, sur toute la France, ces paniers sont destinés à 600 familles, environ 2000 personnes, à raison d'un panier par semaine pendant près d'un an. Le Secours Catholique verse 120 000 euros sur trois ans au Réseau de Cocagne. Et si cette expérience s’avère concluante, elle sera étendue à d’autres territoires.

[1] Association Formation Insertion Développement Local, organisme d’accompagnement professionnel depuis 1985.

 

Dans les Jardins du Volvestre

Serres plantées de légumes d'été aux Jardins du Volvestre

DIAPORAMA : dans les Jardins du Volvestre

Jacques Duffaut
© Sébastien Le Clézio
Trois hommes admirent leur récolte de salade
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