Égypte : le témoignage d’un chrétien vivant au Caire

Publié le 11/04/2012
Egypte
Égypte : le témoignage d’un chrétien vivant au Caire
 

L’incertitude règne en Égypte à l’approche de l’élection présidentielle du 23 mai et alors que l’assemblée constituante vient d’être suspendue par la justice. Le directeur de l’Institut d’études orientales du Caire, J-J Pérennès, était l’invité du Secours Catholique pour en parler, mardi 10 avril.

La justice administrative a décidé de suspendre la commission parlementaire chargée de rédiger la future constitution. C’est un coup de plus porté au processus de démocratisation du pays. « Quels seront les pouvoirs du nouveau président sans cette constitution ? », s’est interrogé mardi 10 avril Jean-Jacques Pérennès, directeur dominicain de l’Institut d’études orientales du Caire, invité à rencontrer les salariés et les bénévoles au siège du Secours Catholique à Paris.

Discrédit sur l’assemblée constituante

Après le retrait des juristes, des coptes et des membres de l’université El-Azhar, l’assemblée constituante était de toute façon déjà peu crédible, a nuancé J-J Pérennès. Ceux qui se sont retirés entendent ainsi protester contre le déséquilibre de la composition de l’organe constituant, à majorité islamiste.

Incertitude aussi quant au devenir de l’armée dans le nouvel État. Superpuissance économique et industrielle encore au pouvoir aujourd’hui, elle ne laissera pas tomber ses prérogatives. Rendra-t-elle le pouvoir aux civils ? A-t-elle passé un accord secret avec les Frères musulmans, dont le positionnement se veut modéré, et qui dirigeront sans doute le pays ? Le candidat à la présidentielle qui est issu de ses rangs est-il l’homme des militaires ? Quel sera le rôle des salafistes, partisans de la charia et qui représentent 24 % du Parlement ?

« Pagaille et insécurité »

Al-Qaïda a été accusée d’avoir commandité l’attentat contre l’église copte des Deux-Saints, qui a fait 21 morts et quelque 80 blessés à Alexandrie, le 1er janvier 2011. En fait, le ministère de l’Intérieur en serait l’instigateur, peu avant la chute d’Hosni Moubarak (11 février 2011), selon Jean-Jacques Pérennès. Il se serait agi de justifier la répression policière, les arrestations arbitraires, les disparitions… Manœuvre contre-productive puisque la détestation de la police a été l’un des principaux moteurs de la révolte. Du coup, la police a aujourd’hui disparu du paysage égyptien, entraînant « pagaille et insécurité », selon le directeur de l’Institut d’études orientales.

Caritas en difficulté

Depuis l’attentat, les Coptes ont peur, d’autant plus que l’enquête piétine. Ce climat rend plus difficile l’un des projets de la Caritas égyptienne, dans la région d’Alexandrie. Cette action soutenue à hauteur de 90 000 euros par le Secours Catholique, entre 2011 et 2013, vise à former 96 femmes « leaders » de leurs communautés. Elles deviennent initiatrices de projets de développement pour leurs villages : jardins d’enfants, Abribus, fosses septiques, récupération de l’eau de pluie, bibliothèque…

Des conditions de travail « dignes de Zola »

Le dominicain encourage néanmoins les coptes à rester « acteurs de la société, du changement ; à s’engager dans la politique ». Car, face à la dégringolade économique, à la démocratie hésitante, les Égyptiens ont besoin d’emplois qui rompent avec les conditions de l’ancien régime, des conditions « dignes de Zola ». L’indispensable retour des investisseurs étrangers et des touristes dépend, lui, de la stabilisation de la situation politique et sociale.

Fin connaisseur de l’Égypte, Jean-Jacques Pérennès s’attend à encore « quatre ans de cafouillages, jusqu’à la prochaine législature », mais ne doute pas que les hommes forts du pays, les Frères musulmans, s’allieront avec des libéraux pour gouverner et faire redémarrer l’économie : « business first », « les affaires d’abord » !

 

François Tcherkessoff (avec AFP)
Crédit : Dana Smillie
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