Égypte : « Les attaques contre les coptes visaient le pays dans son ensemble »

Publié le 10/10/2013
Egypte
 

Le passage dans les locaux du Secours Catholique à Paris fin septembre, le patriarche copte catholique Ibrahim Isaac Sidrak a livré sa vision des récents événements politiques qui ont secoué le pays. Fidèle à sa réputation d’homme modeste, il a tenu à préciser qu’il s’exprimait en « simple Égyptien ».

Comment analysez-vous la chute de Mohamed Morsi en juillet dernier, pourtant le premier président à avoir été élu démocratiquement ?

Dès sa prise de pouvoir, Mohamed Morsi s’est comporté de manière antidémocratique. Il n’était pas réellement le président de tous, mais se contentait de suivre les conseils des membres du bureau des Frères musulmans. Petit à petit, il a réalisé leur plan, éloigné les femmes, les chrétiens et tous ceux qui gênaient, pour privilégier les Frères à chaque poste clé. Non seulement les problèmes économiques et sociaux n’ont pas été réglés, mais l’Égypte était en passe de perdre son identité multiculturelle.

Le peuple égyptien a découvert que gouverner d’après la loi islamique ne convenait pas à son pays. Le 30 juin, plus de 30 millions de personnes ont manifesté. L’armée est intervenue pour soutenir cet élan populaire.

En ce moment, une commission de cinquante personnes représentant chaque tendance politique prépare des amendements à la Constitution, qui seront soumis à référendum bientôt. Les élections présidentielle et législatives auront lieu les premières semaines de décembre.

Comment avez-vous vécu les attaques contre la communauté copte en août dernier ?

Les attaques contre les coptes ne visaient pas les chrétiens en tant que tels mais le pays dans son ensemble. Elles étaient destinées à créer du désordre, pour inciter les autres pays à intervenir. Mais les musulmans modérés ont, autant qu’ils le pouvaient, défendu les chrétiens.

Les Égyptiens veulent vire ensemble, en paix, comme ils l’ont toujours fait. Chrétiens et musulmans se côtoient dans la simplicité. Il y a 10% de chrétiens en Égypte, dont 10% de non orthodoxes, et notamment de petites communautés catholiques très efficaces dans leur présence au niveau de l’éducation, de la santé, du développement…

Quels défis attendent l’Égypte ?

Le grand défi qui attend le pays est celui de la formation, tant civique que pastorale. Si les Frères musulmans ont gagné l’élection présidentielle, c’est parce que les autres partis sont faibles. Il faut former, éduquer les enfants pour en faire des citoyens qui acceptent les autres dans leurs différences. Il faut aider les familles qui ne peuvent pas envoyer les enfants à l’école pour des raisons économiques. Tout ce qui n’est pas fait par l’État doit être fait par l’Église.

Marina Bellot
© DR
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