Égypte : maintenir les aides financières

Publié le 28/08/2013
Egypte
 

Alors que le calme semble revenir dans les rues du Caire, les massacres de manifestants ont amené l’Union européenne à envisager de supprimer ses aides financières. Pourtant, pour le Secours Catholique et ses partenaires, elles sont indispensables face à la crise humanitaire en Égypte et devraient même être augmentées.

L’opinion publique occidentale a été interpellée par ce qui est arrivé, au début de juillet, en Égypte : le renversement du pouvoir des Frères musulmans et du président Morsi par des manifestations populaires massives et l’intervention de l’armée. Alors que de nombreuses voix dénoncent le caractère dictatorial de ce régime, d’autres considèrent que c’est un coup d’État. Certains membres de l’Union européenne ont même demandé qu’elle supprime ses aides à l’Égypte, poussés par quelques éditorialistes.

Des amis et partenaires égyptiens nous suggèrent plutôt de les augmenter pour les aider à rattraper le retard pris dans la lutte contre la pauvreté durant les décennies précédentes.

Soutien indispensable à l’école

Ce retard concerne d’abord les services publics à l’abandon depuis les années 1970. Ainsi, l’éducation est sinistrée. Or l’éducation et l’instruction sont la base nécessaire à ce combat contre la pauvreté et l’ignorance. Alors qu’officiellement 95 % des jeunes sont scolarisés depuis les années Moubarak, l’illettrisme affecte plus du tiers de la population et près de la moitié des femmes. Lors des élections, le fait que tous les candidats aient accolé à leurs noms des pictogrammes en est un bon exemple.

Les enseignants sont tellement sous-payés qu’ils ne vivent que grâce aux leçons particulières, une pratique indispensable pour les élèves qui veulent un tant soit peu s’instruire et jouir d’un enseignement normal.

Le nombre des enseignants est très inférieur aux besoins. Selon l’édition française de l’hebdomadaire égyptien Al-Ahram du 28 août 2012, il manquerait 90 000 enseignants. L’insuffisance est encore plus grande au niveau des salles de classe. Beaucoup d’entre elles sont utilisées en deux équipes et, malgré cela, trop d’élèves sont assis par terre.

Le « par cœur et à rebours », comme le dénonçait déjà Rabelais il y a quelques siècles, est le mode privilégié d’acquisition des connaissances. L’école coranique est le modèle que suit l’école primaire. La réflexion, l’analyse et l’esprit critique ne sont que faiblement encouragés.

La corruption, autre plaie de l’Égypte contemporaine, se rencontre aussi dans l’enseignement, que ce soit pour les inscriptions ou pour le succès aux examens…

Et pourtant, l’Égypte est un pays de grande culture, ancienne et moderne, avec une élite intellectuelle et universitaire n’ayant rien à envier à celle des autres grands pays. Sauf exception, cette élite est passée par l’enseignement payant, en général privé. L’État a même commencé, ces dernières années, à développer un réseau d’enseignement payant.

Certaines congrégations religieuses chrétiennes (les jésuites, les frères des écoles chrétiennes, les lazaristes, les sœurs du Sacré-Cœur, celles de Saint-Joseph…) ont des écoles extrêmement réputées dont les élèves sont majoritairement musulmans. D’autres écoles payantes sont simplement financées par des investisseurs privés. Environ 8 % des jeunes sont scolarisés dans ces écoles.

L’éducation populaire

Un certain nombre d’associations égyptiennes œuvrent, elles aussi, dans le domaine de l’éducation. Au niveau de l’éducation de base, principalement dans les zones rurales, elles s’adressent aux adultes, surtout aux femmes. Ces programmes ont autant pour objet d’alphabétiser que d’inciter les participants à mieux connaître leur environnement ainsi que leurs droits, pour qu’ils puissent se prendre vraiment en charge. La véritable démocratie ne commence-t-elle pas au niveau local ?

Beaucoup trop d’enfants, dans les grandes villes – l’agglomération du Caire a sans doute plus de 20 millions d’habitants, celle d’Alexandrie 4 ou 5 millions – abandonnent l’école pour des raisons diverses, souvent pour assurer leur propre subsistance. Leur nombre est estimé à plus d’un million. Des programmes existent aussi pour aider les enfants des rues à réintégrer leurs familles, à se « rescolariser » et pour les plus grands à suivre une formation professionnelle.

L’éducation et la formation ont été, et sont toujours, l’axe principal autour duquel tournent les nouveaux projets que le Secours Catholique a développés depuis qu’il a déclaré en 2011 que l’Égypte était pays prioritaire. Certains de ces programmes ont été financés par l’Union européenne, pourquoi ne seraient-ils pas renouvelés, voire accrus ?

Bernard Flichy, pôle Moyen-Orient - Nord de l’Afrique au Secours Catholique

© Aude Osnowycz/Wostok Press/Maxppp
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