Égypte : un an après la chute de Moubarak

Publié le 11/02/2012
Egypte
 

Le 11 février 2011, le président Moubarak était chassé du pouvoir. Un an après l’armée est toujours omniprésente. Le pays prioritaire du Secours Catholique pour les deux ans à venir retient son souffle à l’approche de l’élection présidentielle.

Il y a tout juste un an, Hosni Moubarak fuyait la capitale et cédait le pouvoir. Aujourd’hui, des contestataires continuent de manifester et affirment : « Nous ne sommes pas là pour fêter la révolution, mais pour réaliser nos objectifs qui restent ceux du premier jour : le pain, la liberté, la justice sociale. »

Élection présidentielle avant fin juin

Depuis un an, le maréchal Hussein Tantaoui gouverne le pays. L’ancien ministre de la Défense, devenu président du Conseil suprême des forces armées (CSFA), a annoncé que l’armée tiendrait les rênes du pays jusqu’à l’élection présidentielle, qu’il a promise avant la fin du mois de juin.

En janvier dernier, les élections législatives ont amené à l’Assemblée du peuple le Parti de la liberté et de la justice (PLJ), issu des Frères musulmans, avec 47 % des sièges. Les fondamentalistes salafistes d’al-Nour (la Lumière) ont créé la surprise en remportant 24 % des suffrages. Le camp libéral et les coptes se sont partagé les sièges restants.

Les Frères musulmans veulent gouverner

Les pouvoirs de l’Assemblée sont encore incertains, face à un exécutif contrôlé par un conseil militaire qui dirige par décrets et nomme le gouvernement civil chargé des affaires courantes. Déjà, les Frères musulmans aspirent à remplacer rapidement ce gouvernement intérimaire.

Le frère Jean-François Bour connaît l’Égypte. Ce dominicain quadragénaire y a longtemps vécu. Engagé aujourd’hui au Service relations avec l’islam (SRI) à Paris pour le rapprochement islamo-chrétien, il reste membre de l’Institut dominicain d’Études orientales du Caire. Il se défend de pouvoir expliquer cette révolte, mais reconnaît que les nouvelles technologies, Internet, le téléphone portable, ont révolutionné les façons de communiquer : « Ces technologies collent au genre de vie des Égyptiens, toujours enclins à reprendre une conversation à tout moment. »

L’armée, ascenseur social

Mais tout le monde ne communique pas avec tout le monde. Jean-François Bour décrit une société où « les couches sociales se superposent, mais ne communiquent pas vraiment entre elles. Il est par exemple quasiment impossible d’épouser un membre d’une autre couche sociale. » Pour sortir de cette situation, une seule issue, l’armée. « L’armée égyptienne tire son succès de ce qu’elle a pu servir d’ascenseur social aux gens de toutes couches sociales. »

L’armée est omniprésente dans la vie égyptienne. Il y a toujours un militaire pour doubler chaque poste de l’administration, à tous les échelons. Le tiers de l’économie est entre les mains de l’armée. Les militaires sont des propriétaires fonciers, industriels ; ils possèdent des complexes hôteliers ; ce sont de véritables hommes d’affaires. Habituée au pouvoir depuis des décennies, l’armée ne devrait pas le lâcher facilement en juin prochain.

Laïcité équivaut à athéisme

Frère Jean-François parle plus volontiers de religion que de politique. Proche de ses frères de l’Institut du Caire, il sait combien les chrétiens d’Égypte sont inquiets de la montée en puissance du pouvoir islamiste et de la dégradation de l’économie du pays. Il comprend ce pays où laïcité est synonyme d’athéisme. Pour une majorité d’Égyptiens, la laïcité est antidémocratique.

Pour l’instant, chacun s’observe. Tout attentat contre un chrétien serait prétexte à un camp pour accuser l’autre camp. À Noël dernier, Frères musulmans et salafistes rivalisaient autour des églises pour protéger les lieux.

 

Jacques Duffaut (avec AFP)
© Virginie Nguyen Hoang/Wostok Press/Maxppp
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