Égypte : un an après le début du soulèvement

Publié le 25/01/2012
Egypte
 

Le 25 janvier 2011, la population égyptienne se soulevait contre le régime d’Hosni Moubarak. Révolte ou révolution ? Le Secours Catholique a fait de l’Égypte son pays prioritaire pour les deux ans à venir.

Des dizaines de milliers d’Égyptiens se sont rassemblés mercredi matin sur la place Tahrir, au Caire, à l’occasion du premier anniversaire du début de la révolte qui a renversé le président Hosni Moubarak.

Islamistes, libéraux, partisans de gauche et citoyens ordinaires se pressaient sur la place symbole de la révolution, au centre du Caire, après une nuit de fortes pluies saluées par beaucoup comme un bon présage.

Les manifestants brandissaient des banderoles aux multiples messages, reflétant leurs désaccords sur ce que cette journée devait symboliser.

Frères musulmans

Les Frères musulmans, qui dominent le nouveau Parlement, étaient présents pour célébrer le premier anniversaire d’une révolte populaire qui a abouti au départ, le 11 février, du président Hosni Moubarak.

Mais plusieurs autres groupes, dont des mouvements pro-démocratie qui étaient les moteurs de la révolte, ont affirmé être là pour poursuivre leur révolution inachevée et demander le départ du Conseil suprême des forces armées (CSFA), qui dirige l’Égypte depuis la démission de M. Moubarak.

Qui peut saisir l’âme de la révolution ?

La grande question, qui s’étalait en une de l’hebdomadaire francophone Al-Ahram Hebdo, est : « Qui saisira l’âme de la révolution ? ».

Mardi, le maréchal Hussein Tantaoui, chef du CSFA, a annoncé la fin partielle de la loi très décriée sur l’état d’urgence, en vigueur depuis l’assassinat d’Anouar el-Sadate en octobre 1981, un geste pour apparemment apaiser les manifestants.

Mais cette législation, restrictive pour les libertés publiques et les droits des détenus, est maintenue pour les actes de « violence commis par des voyous », une définition vague qui fait redouter qu’elle ne continue d’être appliquée pour toutes sortes de motifs.

Journée de la révolution

Jusqu’à l’an dernier, le 25 janvier était « le jour de la police ». Cette année, pour le premier anniversaire du jour qui marque le début du soulèvement contre le régime Moubarak, le Conseil suprême des forces armées (CSFA) l’a rebaptisé « journée de la révolution ».

Bernard Flichy, du département Moyen-Orient/Nord de l’Afrique au Secours Catholique, analyse la situation en Égypte aujourd’hui :

« C’est la pression de la rue qui a obligé Hosni Moubarak à partir. À l’origine de cette pression, les jeunes de la "blogosphère", enfants des réseaux sociaux épris de liberté. Ils réclamaient un régime démocratique, non répressif, respectueux des droits humains et de la dignité de chacun, y compris pour la minorité chrétienne copte. Ils demandaient que la pauvreté et la corruption disparaissent. Ils exigeaient la justice sociale. »

Élections jugées démocratiques mais très complexes

« Le Conseil suprême des forces armées (CSFA), dirigé par le maréchal Hussein Tantaoui, s’est substitué au président Moubarak après son départ, le 11 février 2011. Le CSFA a organisé des élections jugées démocratiques mais très complexes. Le nouveau parlement s’est réuni pour la première fois, ce lundi 23 janvier. Il est dominé par le parti des Frères musulmans (47 % des sièges), et par le parti des salafistes (24 %). Les "révolutionnaires du 25 janvier 2011" n’ont obtenu qu’une poignée de députés. Les femmes n’ont obtenu que dix sièges et les Coptes, deux sièges. Le maréchal Tantaoui, qui a le pouvoir de nommer dix députés, a octroyé cinq sièges aux Coptes. »

Élection d’un nouveau président fin juin

« Les pouvoirs du nouveau Parlement ne sont pas bien définis. Et ses relations avec le CSFA encore moins. Le CSFA conserve le pouvoir jusqu’à l’élection d’un nouveau président qui devrait avoir lieu fin juin. Enfin, cent députés vont être désignés pour rédiger une nouvelle constitution qui sera ensuite soumise à référendum. »

La « nomenklatura » est toujours en place

« Rien n’a vraiment changé depuis la chute de Moubarak. Le gouvernement transitoire continue d’arrêter les protestataires et les journalistes. En un an, 12 000 civils ont été traduits devant les tribunaux militaires. La nomenklatura de l’ancien régime est toujours en place. Les militaires conservent leurs privilèges : ils gèrent le tiers de la production du pays, sans aucun contrôle civil et sans être soumis à l’impôt. »

La pauvreté augmente

« Les affrontements sociaux se sont multipliés ces derniers mois. Parfois, ils ont été durement réprimés. L’inflation a atteint 10 %. Le tourisme a chuté de 30 %. La fuite des capitaux a été massive et les nouveaux investisseurs sont rares. Enfin, les travailleurs égyptiens revenus de Libye sont venus grossir le nombre de sans-emploi. La pauvreté augmente. »

« Le dernier rapport d’Human Rights Watch, rendu public le 16 janvier dernier, demande au nouveau Parlement de réformer rapidement la loi "afin qu’elle devienne un instrument de protection des droits des Égyptiens plutôt qu’un moyen de les opprimer". »

C’est une révolution qui a commencé et qui prendra du temps

« D’après de nombreux observateurs, les Frères musulmans ne voudraient pas s’allier aux salafistes. Ils seraient en train de passer des accords avec les militaires du CSFA pour exercer le pouvoir. Les militaires conserveraient ainsi une bonne partie de leurs privilèges et jouiraient d’une certaine impunité. La révolution sociale que la jeunesse égyptienne appelait de ses vœux s’éloignerait d’autant. Alors, est-ce que le soulèvement de janvier 2011 n’aura été qu’une révolte ? Je ne crois pas. C’est une révolution qui a commencé et qui prendra du temps. Une vraie opposition s’est manifestée qui se poursuivra. Le désir de liberté et de dignité demeure et peut encore rassembler des dizaines de milliers d’Égyptiens musulmans, laïques ou coptes. »

 

(Avec AFP)
© Ahmed Asad/Apaimages/Maxppp
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