En Lozère, la solidarité contre l’isolement

Publié le 24/04/2013
Lozère
En Lozère, la solidarité contre l’isolement
 

La Lozère, département rural peu peuplé et enclavé au cœur du Massif central, réinvente du lien social grâce à la bonne volonté de ses associations et de quelques élus

Qui n’a pas entendu parler de l’Aubrac, ce vaste plateau qui s’étend entre Lozère, Aveyron et Cantal ? Un paysage sauvage, apaisant ou terrifiant, selon les avis.

Certains, comme Adrien, l’ont surnommé “le désert”. Cet agriculteur à la retraite vit à Cougoussac, village de la commune lozérienne de Recoules d’Aubrac. « La majorité des exploitations agricoles qui composaient le village ont été remplacées par des résidences secondaires », regrette-t-il, désignant la dizaine de maisons posées à flanc de colline.

De loin, ce hameau solitaire semble sans vie. Cougoussac compte quatre habitants à l’année. Parmi eux, Auguste Perret, béret vissé sur la tête et bleu de travail, s’affaire à remplir de foin les mangeoires de ses bêtes. Cet éleveur bovin de 56 ans possède un cheptel de 36 animaux, essentiellement des vaches. « Je les vends à des exploitants locaux qui les revendent aux Italiens », explique ce célibataire qui, depuis la mort de ses parents en 2004, est resté seul à la ferme.

Des visites

Malgré les primes de la Direction départementale de l’agriculture et de la forêt – 20 000 euros en 2009 – Auguste estime qu’il ne fait que survivre. « Avec mon exploitation, je ne gagne même pas le Smic », explique-t-il. L’état de sa maison témoigne de ses difficultés. Grande bâtisse aux volets fermés, elle semble à l’abandon.

« Le revenu agricole par actif est plus faible en Lozère que dans les autres départements français. Le pouvoir d’achat des agriculteurs, qui jusque là stagnait, est en légère baisse », constate Pierre Hugon, président de la commission de l’agriculture et des affaires européennes au Conseil général de Lozère.

Un niveau de vie qui n’attire pas les générations futures et voue à la disparition les exploitants agricoles, au nombre de 2 800 en Lozère (sur 76 800 habitants). Auguste, lui, aura la chance de voir sa ferme lui survivre. Son neveu compte reprendre l’activité lorsque son oncle sera en retraite.

Une chance qu’Albert Gallières n’a pas connue. Arrivé à l’âge de la retraite, cet ancien agriculteur a été obligé de vendre son exploitation. Âgé de 81 ans, il habite seul une grande maison au bout du hameau Les Faux, au col de Montmirat, situé au sud de Mende. Autour du hameau, des prairies à perte de vue. L’isolement est total.

Atteint d’une hernie discale depuis de nombreuses années, le vieil homme se déplace difficilement. Heureusement, une fois par semaine, il reçoit la visite de l’aide ménagère envoyée par une association locale. Cela ne lui coûte que 13 euros par mois. « J’ai une retraite de seulement 600 euros, » commente-t-il. « Avec l’électricité, le bois, le gaz et le fuel, il ne reste plus grand-chose à la fin du mois. » Du coup, sa maison est mal chauffée.

Autre visite qui vient rompre son isolement, celle de l’épicier ambulant, Bernard Pantel. Lui aussi se sent un peu comme une espèce en voie de disparition. « Ce métier est de plus en plus dur. Il n’y a plus assez de monde dans les villages et nous devons parcourir beaucoup de kilomètres pour peu de bénéfices », explique-t-il, tout en regrettant que ses fils ne veuillent pas lui succéder.

Service public de transport à la demande, à défaut de transports publics

Pourtant, pour Albert, comme pour d’autres, le passage de Bernard Pantel est quasiment une question de survie. En effet, le vieil homme ne peut plus conduire pour raisons de santé. Certes, ses neveux, vivant dans les hameaux voisins, l’emmènent de temps en temps faire les courses ; mais cela ne suffit pas toujours. Pour le reste, Albert bénéficie d’un service de transport à la demande mis en place par la communauté de communes du Valdonnez avec le soutien du conseil général.

Comme son nom l’indique, il s’agit de permettre à des personnes âgées, handicapées, isolées ou sans permis de conduire de se déplacer sur simple demande. « Il n’existe aucun transport public en Lozère, hormis le ramassage scolaire », observe Francis Courtes, président de la Communauté de communes du Valdonnez, à l’origine du transport à la demande. Un tiers du prix du trajet est pris en charge par la communauté de communes, un autre tiers par le conseil général et le reste par le client. « C’est très utile car dans mon village, il n’y aucun commerce » se félicite Odette Pauc, 76 ans, sans voiture.

Pour autant, ce système ne profite qu’aux cinq communes concernées du Valdonnez et reste encore peu développé dans le département. Jérôme, âgé d’une vingtaine d’années, sans emploi depuis plus de deux ans, et sans permis de conduire, en aurait fait le meilleur usage.

D’abord pour se rendre à Pôle Emploi, dont la seule agence du département se trouve à Mende, à plus d’une demi-heure de Marvejols, où il habite. Jérôme est à la recherche d’un emploi de boulanger. « Les seules offres que l’on m’a proposées jusque-là se trouvent dans des villes à plus d’une heure de Marvejols. Comment veulent-ils que je m’y rende ? En roller, peut-être ! » ironise le jeune homme. Pour l’aider à se sortir de cette situation, la mairie contribue à financer son permis de conduire. En attendant, il se contente de petits boulots et consacre son temps libre bénévolement au Secours Catholique.

Accès à la culture

Isolement géographique, isolement moral mais aussi culturel. La Lozère compte cinq théâtres pour un territoire de plus de 5 000 km2. Le théâtre de l’Arentelle est l’un d’eux. Magnifique bâtisse de pierre, ce lieu de représentation animé et dynamique surprend dans le calme village de Saint-Flour-de-Mercoire. Tout comme l’araignée des Cévennes – l’arantelle – la compagnie L’Hermine de rien, propriétaire du théâtre, tisse des liens entre les différents hameaux qui l’entourent.

Ainsi, cette salle de 120 places accueille chaque année quinze représentations de compagnies venues de toute la France. Mais parce qu’encore une fois, tout le monde ne peut pas se déplacer jusqu’ici, la compagnie L’Hermine de rien va jouer chez l’habitant.

En outre, elle propose des formations au théâtre. Comme à Villefort, où un groupe de neuf femmes et un homme prépare un spectacle pour le mois de juin. « Nous sommes enclavés, complètement excentrés. Nous devons toujours nous déplacer. L’idée de cet atelier était donc de faire venir une activité de théâtre chez nous et de réduire la fracture culturelle sur notre territoire », explique Isabelle, participante et animatrice du foyer rural à l’origine de la demande.

Le fondateur de la compagnie L’Hermine de rien, Bruno Hallauer, le confirme : « L’objectif est de rompre l’isolement géographique, mais aussi la solitude dans laquelle la population a tendance à s’enfermer. » « Et de créer une solidarité », complète Isabelle. Solidarité, comme un antidote à l’isolement.

 

Clémence Véran-Richard
Crédits photos: © Christian Bellavia / Secours Catholique-Caritas France
Deux mamies sourient bras-dessus bras-dessous
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