Enfants venus de l’Est : délinquants ou victimes ?

Publié le 26/11/2013
Enfants venus de l’Est : délinquants ou victimes ?
 

Depuis la chute du mur de Berlin et l’ouverture des pays libérés du joug soviétique, l’Europe de l’Ouest renoue avec un passé qu’elle croyait révolu : celui du trafic d’êtres humains. Un trafic qui, selon les Nations unies et le Conseil de l’Europe, génère 32 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel. Ce qui le place, en termes de revenus, juste derrière les trafics de la drogue et des armes.

Pour mener à bien son étude sur “la traite des mineurs d’Europe de l’Est en France” intitulée Délinquants et victimes, Olivier Peyroux a enquêté en France et dans plusieurs pays d’origine de ces migrants : Roumanie, Bulgarie, pays de l’Ex-Yougoslavie, Albanie, Ukraine.

Vus de loin, ces petits immigrés essaimant dans les grandes villes sont souvent estampillés roms, voleurs, mendiants, prostitués, etc. Ils semblent venir du même endroit et appartenir à la même culture. Or, ils sont tous différents. Ils ne sont pas tous Roms, loin de là, même si certains ont été étiquetés comme tels dans leurs pays d’origine. Peu de points communs entre eux, pas même cette supposée culture de l’exploitation et du vol.

Alors qui sont-ils vraiment ? D’où viennent-ils ? Que vivent-ils ? À qui profitent leurs méfaits ? Le livre répond à toutes ces questions. Olivier Peyroux, dont un grand-père était Roumain, a pu entrer dans l’intimité de ces groupes, de ces familles et de ces clans et nous les faire connaître. L’enquête qu’il a menée est une mine d’informations. On ne s’étonne donc pas que la Fondation de recherche Caritas ait distingué ce remarquable travail plaisant à lire.

Émigrer pour gagner en prestige

Nourrie d’histoire, de droit, de sociologie, de psychologie, l’étude brosse un portrait nuancé de ces communautés venues de la partie pauvre de l’Europe à la rencontre de cette Europe de l’Ouest riche. La liberté d’aller s’enrichir là où il y a de l’argent donne des ailes à tous les pauvres du monde. Mais pour partir, il a fallu emprunter. À l’exemple de la Roumanie, la “camata”, système d’usure très ancien, resurgit au début des années 1990 avec la chute du communisme.

La liberté d’aller et de venir exacerbe alors les individualismes. À cela s’ajoute la notion de prestige commune à l’ensemble de ces populations, à laquelle Olivier Peyroux consacre un chapitre entier. Elle est le moteur qui pousse à partir à l’étranger, gagner de l’argent et revenir au pays construire sa maison, symbole ultime de réussite sociale.

Pour devenir prestigieux, les moyens sont nombreux. Certaines familles migrent et utilisent leurs enfants pour rapidement faire fortune, les envoyant mendier ou voler. Mais de nombreuses jeunes filles sont embrigadées de diverses manières afin d’alimenter les réseaux de prostitution : séductions, mariages de dupe ou promesses d’un avenir meilleur. Souvent la famille s’endette auprès des mafieux pour payer le voyage vers l’ouest de leur progéniture. Dans tous les cas, les victimes sont associées à la machine mafieuse. Il est alors très difficile d’obtenir un repentir et la collaboration de ces enfants qui ne se considèrent pas exploités mais liés à leurs exploiteurs.

Des réseaux formidablement organisés

Les réseaux de traite ne sont pas nécessairement nombreux mais ils sont formidablement organisés. Ils repèrent les failles juridiques des pays où ils s’installent. Les premiers réseaux étaient albanais. D’abord implantés en Italie, ils ont pu rivaliser avec les mafias locales à la faveur d’un affaiblissement de celles-ci lors des opérations anti-corruption du début des années 1990. Puis elles ont progressivement gagné d’autres pays d’Europe, profitant de l’irresponsabilité pénale des enfants de moins de 13 ans dans des pays comme la France.

Policiers et magistrats français peinent à combattre cette délinquance juvénile. Les enfants arrêtés en flagrant délit ne parlent pas, ne dénoncent pas les commanditaires de leurs forfaits. Les liens qui les unissent à leurs corrupteurs sont beaucoup plus solides que les minces ficelles utilisées par les services juridiques et sociaux pour les tirer de cet engrenage. C’est bien là que réside toute la portée de cette étude : si les enfants victimes de la traite étaient véritablement protégés, les chefs de réseaux cesseraient d’eux-mêmes leurs activités face à une Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) qui leur ôterait leur matière première.

Notre société est souvent présentée comme l’unique victime des atteintes portées par ces mineurs à ses biens et à son ordre public. Mais Olivier Peyroux, également expert auprès des tribunaux et de la PJJ sur ces questions de migrants mineurs d’Europe de l’Est, souhaite qu’à leur tour ces enfants soient enfin perçus avant tout comme victimes de violation des droits de l’homme.

Jacques Duffaut


Le ministre du Travail présent à la remise du prix de la Fondation de recherche Caritas

Il est désormais acquis que la remise annuelle du prix de la Fondation de recherche Caritas débute par la présentation à l’Institut de France du rapport statistique annuel du Secours Catholique.

En l’occurrence, le rapport des statistiques de l’année 2012, rendu public la veille, porte sur l’emploi. Il constate sa dégradation. Pour en débattre, la Fondation Caritas avait invité plusieurs représentants syndicaux et associatifs, ainsi que le ministre du Travail.

Après avoir entendu les chiffres collectés par l’association et leur analyse, M. Sapin a déclaré que « nul n’est inemployable ». Ayant pris note des propositions avancées par le rapport pour combattre le chômage, le ministre a mis en avant les trois mesures qu’il entend rapidement mettre en place, à savoir : allonger la durée des contrats aidés ; développer le secteur de l’Insertion par l’activité économique (Iae) ; et accompagner les jeunes adultes jusqu’à l’embauche par un suivi individuel soutenu, la “garantie jeune”.

J. D.

 

 

 

 

 

© Elodie Perriot/Secours Catholique
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