Europe : Mener une guerre commune

Publié le 17/10/2013
Moldavie
 

En attendant le lancement du plan d’action national du gouvernement, prévu pour cet automne, deux événements majeurs ont mobilisé les acteurs de la lutte contre la traite des êtres humains, en Moldavie et au Kosovo, ces dernières semaines.

Les 8 et 9 octobre derniers, l’ambassade de France en Moldavie a organisé une conférence régionale sur la protection des enfants victimes de traite en Europe du sud-est. Un événement qui a permis de réunir un grand nombre d’acteurs de plusieurs pays dans le domaine.

« L’un des objectifs de la conférence était de faire se rencontrer les ONG qui travaillent habituellement ensemble, mais aussi les services de police, les autorités locales, des chercheurs et des experts, explique Sarah Berthelot, chargée de la lutte contre la traite des êtres humains au pôle Europe du Secours Catholique-Caritas France. L’intérêt ici était de voir comment les autres services fonctionnent, éventuellement de s’inspirer de leurs bonnes idées, mais également d’aboutir à une prise de conscience générale de la nécessité d’une meilleure coopération. »

Depuis février 2011, les Caritas européennes jouent aussi la carte de la coopération. Plusieurs d’entre elles, historiquement impliquées sur le thème de la traite, se sont fédérées avec des Caritas méditerranéennes autour d’un programme régional “euro-méditerranéen”. L’objectif : échanger sur les expériences et les pratiques de chacune, et développer l’expertise du réseau sur la question.

Une conférence de bilan de ces deux années de travail s’est tenue fin septembre au Kosovo pour établir les priorités à venir.

« Nous avons gagné en professionnalisme »

« Je suis partie du constat que les trafiquants, eux, travaillaient très bien en réseau. Alors pourquoi pas nous ? s’interroge Ariela Mitri, de Caritas Albanie, et coordinatrice de ce réseau “euro-méditerranéen”. La lutte contre la traite ne peut pas être isolée. Il faut que nous mettions nos forces en commun. Depuis deux ans, on organise des visites dans les différentes Caritas, des conférences, des formations. On a établi une méthodologie pour travailler ensemble et être plus convaincants dans nos actions de plaidoyer auprès des institutions. Nous avons ainsi beaucoup gagné en professionnalisme. Aujourd’hui, nous avons trouvé notre fil rouge, et moi j’ai plus de courage et d’idées pour avancer. »

Ariela Mitri a ainsi pu participer à une réunion de travail au Liban sur la migration des victimes de la traite. « En Albanie, la lutte contre le trafic humain est engagée depuis peu. Le gouvernement ne s’y intéresse d’ailleurs que depuis 2005. Au Liban, j’ai touché cette réalité de près. À mon retour, j’ai réfléchi à une meilleure intégration des réfugiés syriens et kurdes qui transitent et restent aujourd’hui dans mon pays. »

Le principal frein reste les moyens

Le programme “euro-méditerranéen” entame désormais sa deuxième phase. D’autres partenaires sont aujourd’hui intéressés par le fait d’intégrer le programme. Il s’agit également de toucher de nouveaux pays de transit, d’origine ou de destination des victimes. « Il faut mener une guerre commune contre la traite », conclut Ariela Mitri.

Les obstacles sont toutefois encore importants. Le travail en coopération demande du temps, une adaptation de chacun aux différentes cultures et méthodes de travail. Il demande également une réelle volonté politique au niveau national...

Mais le principal frein reste les moyens. « Les gouvernements des pays européens, notamment ceux dont sont originaires les victimes de la traite, doivent mettre des moyens pour prévenir le développement du trafic humain et pour identifier ses cibles, insiste Sarah Berthelot. Nous avons aussi besoin d’enquêtes et de suivis sociaux poussés dans ces pays-là, ce qui demandent des investissements. »

 

Concepcion Alvarez
Crédits photos: © Ambassade de France en Moldavie
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