Evelyne, aidante : « Mon mari est devenu un enfant »

Publié le 03/10/2019
Evelyne, aidante : « Mon mari est devenu un enfant »
 

Le dimanche 6 octobre marque la 10e journée nationale des aidants. Huit millions de personnes épaulent régulièrement un parent, un enfant ou un proche en situation de dépendance, en raison de l'âge, de la maladie ou du handicap. Un rôle de soutien qui épuise moralement et physiquement, et qui peut entraîner une précarisation financière et sociale.

En Allemagne, une allocation permet aux aidants de se consacrer à leur proche, tandis que la Caritas propose services et temps d'écoute pour souffler. Témoignage d'Evelyne, qui habite Berlin. Elle s'est retrouvée aidante de son mari, atteint de démence sénile. 

 

« La maladie de mon mari s’est déclarée il y a cinq ans, il avait 70 ans et je prenais ma retraite. Fini, les rêves de voyage à deux ! Au début les médicaments ont ralenti le processus, mais depuis un an c’est catastrophique. Ralph est comme un enfant. C’est stressant pour moi. Il ne sait même plus comment sont disposées les pièces dans notre appartement. Il est têtu, et s’énerve facilement.

Depuis un an, nous avons recours à deux aides de la Caritas Altenhilfe à Berlin : un service ambulant passe une fois par semaine pour la douche, car je n’y arrivais plus ; et trois jours par semaine, Ralph se rend dans un centre d’accueil de jour où il est entièrement pris en charge avec 11 autres seniors.

Il s’y sent bien : il chante et danse, alors qu’il n’avait jamais été comme ça auparavant ! C’est une nouvelle vie pour lui… et pour moi. Je suis soulagée : je peux faire des courses personnelles comme me rendre chez le coiffeur, ou me promener avec notre chien. Je souffle. Et je peux toujours me confier à la Caritas Altenhilfe, qui me donne des conseils sur la manière de me comporter avec Ralph, ou sur ce qu’il est possible de faire financièrement.

 

Pour l’instant, je préfère garder Ralph à la maison, mais parfois je craque. Je sais qu’un jour je ne le pourrai plus, car je n’ai plus 20 ans.

 

En Allemagne, nous avons une assurance dépendance*. Ainsi je touche une allocation de l’État allemand. Cela me permet de financer les services de Caritas. J’aimerais pouvoir sortir un soir de temps à autre, cela me manque. Mais je dois y renoncer car ce serait trop cher.

Pour l’instant, je préfère garder Ralph à la maison, mais parfois je craque. Je sais qu’un jour je ne le pourrai plus, car je n’ai plus 20 ans. Ce sera une décision difficile de mettre Ralph dans une maison de retraite, par exemple, mais je devrai aussi penser à moi.

Je crois que les gens ne se rendent pas compte à quel point c’est difficile pour les aidants. Moi même, parfois, j’ai du mal à réaliser. Le soir, lorsque mon mari et moi regardons la télévision, je l’observe du coin de l’oeil et je me dis que ça ne peut pas être réel, que je fais un mauvais rêve… »

* Assurance obligatoire, au même titre que l’assurance maladie.

 

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Propos recueillis par Cécile Leclerc-Laurent
Crédits photos : ©Christophe Hargoues
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