Fanfan ou l’art de la liberté

Publié le 09/06/2015
Paris
Fanfan ou l’art de la liberté
 

François Leval est un artiste. Il peint, il compose, il crée. Toutes les semaines, ce sexagénaire participe à l’accueil du Secours Catholique, le Pain partagé, dans le 18e arrondissement de la capitale. Itinéraire d’un Parisien épris de liberté.

Pour la première fois, en novembre dernier, ses vitrines de miniatures et ses toiles ont quitté l’espace confiné de sa cuisine pour la splendeur de l’église de la Madeleine, et cela durant quatre jours. François Leval en garde un souvenir enchanté. « Mes œuvres étaient exposées dans la salle royale de l’église, grâce à l’aide du Secours Catholique. C’était émouvant de les voir accrochées à ces beaux murs », confie celui qui se fait appeler Fanfan. « On est bien loin de Fanfan la Tulipe. C’est plutôt Fanfan la “tu flippes” », plaisante l’homme à la moustache et aux cheveux longs ramenés en catogan.

Peintre autodidacte

Peintre en bâtiment, décorateur d’intérieur, bricoleur…, François, 61 ans, multiplie les petits boulots depuis plus de quinze ans et tente avec difficulté de vivre de son art. « Je n’ai même pas de quoi mettre de côté. » Avec pour seul revenu régulier l’allocation de solidarité spécifique (ASS), il est hébergé par un ami, Gérard, depuis dix ans, à la porte de Montmartre, dans le 18e arrondissement. Les deux hommes cohabitent dans un logement d’à peine 30 m² et sont contraints de partager la même chambre. Les murs sont tapissés d’œuvres de François et la cuisine fait office d’atelier.

« La peinture est pour moi une évasion, reconnaît Fanfan. Je voyage dans ma tête grâce à l’art. » Autodidacte, ce titi parisien garde en mémoire les précieux moments passés avec son père à regarder peindre les artistes de la place du Tertre, à Montmartre. Lui aussi aurait aimé y planter son chevalet. Mais les places sont chères et, estime-t-il, le milieu « pourri par l’argent ».

« Je peins depuis l’âge de 14 ans. J’aurais rêvé d’en faire mon métier », regrette l’artiste. Alors qu’il a réussi le concours d’entrée au lycée des arts graphiques Corvisart, ses parents décident sous l’influence du voisinage d’orienter leur fils vers des études de commerce. « Ils les ont convaincus que la peinture ne me permettrait pas de vivre convenablement. » Le jeune François prépare donc un CAP en comptabilité et commerce qu’il obtient. Commence alors une vie sur la route. La liberté.

La route

Pendant plus de dix ans, il enchaîne les contrats de représentant de commerce, ce fameux métier de VRP (voyageur représentant placier). « J’aimais ce travail. Même s’il est très différent de celui d’artiste. Il me permettait au même titre que la peinture de garder ma liberté, cette liberté qui m’est si chère », raconte François, qui ne s’est jamais marié et n’a pas d’enfant. « Toute la journée, j’étais sur la route, je rencontrais des gens, je dormais à l’hôtel et mes patrons étaient contents de moi. »

Parallèlement, le jeune homme joue de la batterie dans un groupe de musique monté avec des amis et qui se produit dans des bars. « C’était vraiment la belle vie. »  Mais la quarantaine passée et son dernier contrat achevé, le commercial peine à retrouver un emploi. « Je devenais trop vieux au goût des patrons pour faire ce métier. Le commerce avait changé. Ce n’était plus aussi facile qu’avant désormais. Il n’y avait plus de pouvoir d’achat. » Son groupe de musique se dissout après la mort de ses amis. François n’est pas de ceux qui se laissent abattre. Il continue à peindre – la peinture, instinct de survie.

Mont-Saint-Michel

« Dans les moments difficiles, on se tait et on serre les dents. » C’est Michel Tarneaud qui parle. Il est bénévole au Secours Catholique. Ami de François, il met un point d’honneur à faire connaître ses œuvres. Il l’a aidé à organiser l’exposition à l’église de la Madeleine. François a croisé son chemin et celui du Secours Catholique par hasard. « Mes copains du coin m’ont dit d’aller au Pain partagé. Je suis venu et maintenant je fais partie des meubles », déclare-t-il dans un éclat de rire.

Cet accueil de la rue Hermel, à côté de la mairie du 18e arrondissement de Paris, offre deux fois par semaine aux gens du quartier et aux personnes sans abri un café dans une ambiance conviviale, suivi d’un repas collectif. « Fanfan assure à chaque fois le long et fastidieux essuyage de la vaisselle », témoigne Michel, reconnaissant. Tous les ans, les personnes accueillies au Pain partagé, dont François, participent également à une sortie. L’année dernière, ils sont allés au Mont-Saint-Michel. « Dès que je le peux, je viens à l’accueil. Je donne un coup de main », rappelle François, qui se considère désormais comme un bénévole. « Les gens du Secours Catholique sont devenus une famille pour moi. »

Clémence Véran-Richard
Crédits photos : ©Xavier Schwebel / Secours Catholique
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