Gaza : « Les habitants sont à bout de souffle »

Publié le 05/11/2014
Israël, Palestine
 

Mathilde Girardot, chargée de projets Palestine-Israël, et Charlène de Vargas, chargée de projets Urgences, sont allées à Gaza mi-octobre pour le Secours Catholique-Caritas France. De concert, elles déroulent le scénario de la tragédie en cours et en appellent à une solution politique.

L’opération militaire “Bordure protectrice” lancée par Israël à Gaza cet été a été longue (du 6 juillet au 26 août). Quel est aujourd’hui l’état d’esprit de la population ?

Charlène de Vargas : Les habitants sont à bout de souffle, de plus en plus désespérés ! Ils ont un sentiment d’impuissance et d’injustice, une sensation d’emprisonnement, de manque de liberté, de suffocation même. À maintes reprises, les personnes que nous avons rencontrées ont dénoncé le contrôle d’Israël sur la vie des Gazaouis, allant de ce qu’ils doivent manger aux constructions “autorisées”.

Mathilde Girardot : Toute la population est traumatisée par la guerre, la plus longue et la plus meurtrière des guerres avec Israël : 51 jours, 2 131 Palestiniens et 71 Israéliens tués contre 7 jours, 163 Palestiniens et 6 Israéliens tués en 2012 avec l’opération “Pilier de défense”. Les traumatismes sont énormes, donc le besoin de soutien psychosocial considérable ! C’est incroyable : une fillette de 10 ans vit aujourd’hui avec un éclat d’obus dans la tête...

Lorsque les pluies de novembre noieront les rues, que le froid sévira, comment survivront les personnes déplacées réfugiées aux abords des ruines ?

Charlène de Vargas : Il est certain que les besoins en matière de logement se font de plus en plus criants avec l’arrivée de l’hiver et des pluies. Actuellement, ces personnes - 106 000 sont toujours déplacées à l’intérieur de Gaza - s’installent à côté de leurs maisons endommagées ou détruites, voire à l’intérieur de celles-ci, ou dans des containers. À l’approche du froid, des ONG, comme la Caritas américaine, Catholic relief services (CRS), souhaitent mettre en place des abris temporaires en bois.

Avant la guerre de cet été, les deux tiers des habitants, selon les Nations unies, recevaient une aide humanitaire. Faut-il maintenant, en fonction des besoins accrus, l’augmenter pour ces derniers et même l’étendre à d’autres ?

Mathilde Girardot : Il faut augmenter l’aide aux habitants qui la reçoivent déjà. Car la guerre a effectivement accru les besoins dans beaucoup de foyers : par exemple, l’accès à une eau propre est encore plus difficile qu’auparavant. L’accès à l’électricité est rendu, lui, plus aléatoire : les Gazaouis en bénéficient seulement 6 heures par jour. Ils dépendent donc énormément, comme les hôpitaux, des générateurs et du fuel.

La centrale électrique, endommagée pendant la guerre, est actuellement à l’arrêt. L’électricité doit désormais être acheminée à partir d’Israël ou de l’Égypte. Quant aux écoles, beaucoup ont été détruites, 10 servent d’abris aux déplacés ; la plupart des classes sont plus surchargées (50 élèves environ) qu’avant le 6 juillet !

Demandant « l’ouverture de la bande de Gaza, une prison à ciel ouvert », Caritas Jérusalem déclare : « Il n’y a pas de solution uniquement humanitaire à ce conflit. » Quelles initiatives préconisez-vous pour tenter de peser sur le long terme ?

Charlène de Vargas : Il faut agir, au-delà de la reconstruction. D’ailleurs, quelle reconstruction ? Avec quels matériaux étant donné l’interdiction d’importer du ciment ? La solution doit être politique, c’est-à-dire la fin de l’occupation israélienne. Celle-ci prend différentes formes : annexion à Jérusalem, colonisation en Cisjordanie, blocus à Gaza.

Mathilde Girardot : C’est pourquoi les organisations membres de la Plateforme des ONG françaises pour la Palestine dont le Secours Catholique-Caritas France fait partie, vont lancer fin 2014 une campagne pour demander l’interdiction des produits fabriqués dans les colonies israéliennes. Cette stratégie répond aux attentes de nos partenaires locaux : ils nous demandent de mettre Israël sous la pression internationale (notamment économique) pour le pousser à adopter une solution politique.

Le Secours Catholique s’appuie également dans son plaidoyer sur la parole des chrétiens de Terre sainte qui plaident pour une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens, à l’image des déclarations du mouvement Kairos Palestine.

Yves Casalis
Crédits photos: © Virginie Nguyen Hoang/hanslucas.com
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