Gouvernance : répression lors du contre-forum de Libreville

Publié le 08/06/2012
Gabon
 

Marc Ona, coordinateur gabonais de la plateforme « Publiez ce que vous payez », a été arrêté vendredi matin 8 juin à Libreville, au Gabon. Le Secours Catholique soutient Marc Ona depuis plusieurs années dans le cadre de la campagne internationale pour la transparence des industries extractives.

Marc Ona a été arrêté avec une vingtaine d’autres personnes, dont le porte-parole du Front des indignés gabonais, Gregory Ngbwa Mintsa, sur les lieux du contre-forum qu’ils organisent en réponse au New York Forum Africa. Cette manifestation se tient du 8 au 10 juin, en même temps, à Libreville, capitale du Gabon. Le New York Forum Africa est une rencontre internationale dédiée au développement en Afrique, elle réunit des dirigeants africains, de grands investisseurs occidentaux (Areva, Total…), des représentants du monde financier et politique…

Arrestations continues

Les organisateurs du contre-forum dénoncent le soutien apporté, notamment par la France, à un régime gabonais considéré comme corrompu et pseudo-démocratique. Bruno Ondo, proche des organisateurs et un des « indignés » du pays, explique que c’est la raison pour laquelle la contre-manifestation a été interdite par le ministère de l’Intérieur gabonais.

Marc Ona a été libéré quelques heures après son arrestation et a déclaré attendre que ses camarades soient aussi relâchés rapidement. Mais les arrestations se sont poursuivies, le 8 juin, lors d’affrontements entre étudiants, citoyens et forces de sécurité, témoigne Bruno Ondo.

Contre-forum maintenu

Le contre-forum n’a pas pu s’ouvrir comme prévu, mais M. Ondo affirme que « la société civile ne lâchera pas prise et réussira à organiser l’événement », si possible samedi 9 juin.

Le Secours Catholique, qui soutient Marc Ona depuis plusieurs années dans le cadre de la campagne « Publiez ce que vous payez », a alerté l’Élysée et le ministère français des Affaires étrangères. Survie, association de lutte contre la « Françafrique », a également prévenu les autorités françaises dans l’espoir qu’elles mettent un terme au « soutien politique, militaire et diplomatique apporté aux dictatures ».

Répression antidémocratique

Dans une lettre ouverte prémonitoire adressée le 28 mai depuis Libreville aux « illustres invités du New York Forum Africa », les Indignés gabonais écrivent : « Lorsque les forces de répression et de coercition nous frapperont, de quel côté serez-vous ? ». Ils dénoncent « l’interdiction des marches pacifiques, les sanctions contre la presse indépendante et toute forme de contestation », de même que les dirigeants politiques qui se font soigner à l’étranger, « leur cynisme les poussant à préférer [y] mourir » plutôt que « dans les mouroirs plébéiens des centres de santé publics ».

L’association française Survie a révélé, le jour même de l’ouverture du forum officiel, les surfacturations de marchés publics gabonais, procédé classique de détournements de fonds.

« Opération de communication » pour Survie, action de « promotion d’un régime qui souffre de son manque de légitimité démocratique » pour Grégoire Niaudet, chargé du plaidoyer international au Secours Catholique, la première édition du New York Forum Africa est sérieusement ternie par les cris d’indignation de la rue gabonaise.

 

François Tcherkessoff
DR
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