Haïti, trois ans après le séisme

Publié le 07/01/2013
Haïti
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Malgré de nombreuses initiatives locales soutenues par le Secours Catholique, le pays peine à se remettre debout faute de politiques globales.

Quelques mois seulement après le cyclone Isaac, l’ouragan Sandy qui a frappé l’île en octobre dernier a de nouveau démontré les difficultés persistantes d’Haïti. Routes coupées, ponts endommagés, plantations détruites, recrudescence des cas de choléra… Le pays n’en finit pas de panser ses plaies.

Les Haïtiens ont une capacité de résilience très forte, mais leur patience commence à faiblir.

Mgr Dumas, président de Caritas Haïti.

L’enthousiasme qui avait suivi l’accession de Michel Martelly à la présidence de la République a laissé place à la frustration. L’ancien chanteur à succès n’avait cessé pendant la campagne de dénoncer l’incompétence et la corruption de la classe politique. Plus d’un an après son élection, l’absence de ligne politique claire et le manque de transparence dans la gestion des fonds publics semblent se poursuivre.

« Le peuple attend ses dirigeants au carrefour, il veut un changement rapide et concret », avertit Mgr Dumas. Pour preuve, les milliers de manifestants qui protestent régulièrement contre la hausse des prix des produits alimentaires depuis septembre dernier. Une flambée qui pourrait tourner à la pénurie dans un pays où la malnutrition reste un fléau et où l’agriculture est exsangue.

 

Un pays coupé en deux

L’un des obstacles majeurs à la reconstruction réside dans la situation dramatique des zones rurales du pays, dévastées par le séisme de 2010 et régulièrement accablées par les cyclones.

Du passé agricole d’Haïti, pays longtemps autosuffisant, il ne reste quasiment rien.

Entre l’accaparement des terres par les grandes compagnies américaines et la concurrence des produits importés qui casse les prix, les paysans sont les laissés-pour-compte du pays. « La question de l’intégration des masses rurales n’a jamais été prise au sérieux et reste un tabou. Ces gens ont été abandonnés, livrés à eux-mêmes, explique Mgr Dumas. Il n’y a pas d’école, pas de possibilité d’acheminer les produits locaux, aucun accompagnement au niveau de l’agriculture… C’est une grande injustice. »

Pour prendre la mesure de l’isolement du monde rural, il faut se rendre à Delatte, commune perchée dans les vertes montagnes de l’île. Ici, la Caritas Suisse a retardé son projet de réhabilitation d’une école, après avoir endommagé plusieurs camions sur une piste impraticable.

D’après les chiffres officiels, avant le séisme, 80 % du réseau routier était déjà en « mauvais ou très mauvais état ». Malgré les promesses du gouvernement, qui avait fait de la remise en état des routes une priorité, les infrastructures demeurent parmi les pires au monde, freinant considérablement les efforts de reconstruction.

 

Initiatives locales

Dans la plaine des Palmes, à l’ouest du pays, quelques ONG soutenues par le Secours Catholique assurent seules les services publics. « On remplace l’État », affirme sans ambages le docteur Jean Arioste Sylvain, qui travaille depuis quatre ans avec Concert-Action.

Cette association locale a ouvert un dispensaire de santé dans une zone où le seul hôpital public se situe à Petit-Goâve, bien trop loin pour la plupart des habitants. Au dispensaire des Palmes, qui accueille une cinquantaine de patients par jour, ils sont nombreux à avoir marché trois ou quatre heures pour venir se faire soigner, comme Sanite, cette femme enceinte qui a quitté son domicile à l’aube pour une consultation de routine.

L’objectif est de faire rester les gens ici et de les faire vivre

Philippe Petit, responsable du projet.

À quelques dizaines de kilomètres de là, dans une zone durement touchée par le séisme, la fondation Rustic Superior forme des professionnels du bâtiment au moyen de chantiers-écoles. L’objectif : construire des logements adaptés aux normes parasismiques et anticycloniques, mais aussi donner des perspectives d’avenir à des jeunes qui en manquent cruellement. Ces ouvriers sont non seulement formés, mais aussi rémunérés – ce qui n’est pas courant en Haïti.

Un peu plus à l’est, dans la zone de Lamontagne, l’association Planète Urgence reconstruit, grâce au financement du Secours Catholique, une centaine de maisons détruites par le séisme. Au-delà du volet logement, l’association travaille avec un collectif de paysans pour répondre aux besoins de la population dans les domaines de l’agriculture et de l’éducation. Distribution d’outils et de semences, soutien à l’agroforesterie familiale, appui à la réouverture d’écoles… « L’objectif est de faire rester les gens ici et de les faire vivre » explique Philippe Petit, responsable du projet.

 

République d’ONG

Malgré ces initiatives porteuses d’espoir, nombre d’Haïtiens continuent de quitter leur région pour rejoindre Port-au-Prince, pensant y trouver de meilleures conditions de vie. La capitale, conçue pour accueillir 300 000 habitants, en compte aujourd’hui près de… 3 millions.

Certes, les tas de gravats qui encombraient les rues depuis le séisme ont diminué, et des grues ont même fait leur apparition ici et là. Mais des dizaines de milliers de gens continuent à vivre dans de gigantesques bidonvilles, régulièrement transformés en pataugeoires boueuses, comme lors du passage de Sandy en octobre dernier. Sous des tentes ouvertes à tous les vents s’entassent parfois jusqu’à huit ou neuf personnes. Les habitants manquent de tout : eau potable, électricité, médicaments, produits de première nécessité. Une situation que l’absence de perspectives rend d’autant plus difficile à supporter.

Car malgré le bourdonnement incessant de la capitale, l’économie est au point mort.

Plus des deux tiers des Haïtiens ne trouvent pas d’emploi. Sur le marché du travail, les ONG sont les derniers organismes à recruter. Avec un effet pervers majeur : le personnel qualifié, notamment dans le secteur de la santé, déserte les structures publiques, qui viennent à manquer cruellement d’effectifs. « Tant que le pays reste une république d’ONG, il ne peut pas avoir de projet propre, viable, durable », résume Mgr Dumas.

L’analyse est partagée par le Secours Catholique, dont le souci permanent est d’associer les Haïtiens aux actions menées dans leur pays. Un pays qui ne pourra se relever tant que ses dirigeants persisteront à ne pas assumer leurs responsabilités.

 

Marina Bellot
© Elodie Perriot / Secours Catholique
Caritas Jerusalem en soutien à Gaza
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