Hébergement : la cité Notre-Dame, soixante ans après

Publié le 30/01/2014
Paris
 

La cité Notre-Dame, créée il y a soixante ans, a été l’une des premières cités du Secours Catholique, qui en compte 18 aujourd’hui réunies au sein de l’Association des cités du Secours Catholique. Si son fonctionnement a évolué, sa mission d’insertion, elle, n’a pas changé.

1er février 1954 : l’Abbé Pierre lance son appel sur Radio-Luxembourg en faveur des sans-abri. Au même moment, le Secours Catholique s’apprête à inaugurer sa première cité, alors simplement faite de tentes, au sud de Paris ; sans s’être concerté avec l’Abbé Pierre, le Secours Catholique est arrivé au même constat que lui : beaucoup de travailleurs vivent à la rue alors que sévit un froid terrible.

Quelques mois plus tard est inaugurée, rue de la Comète à Paris, la cité Notre-Dame, construite en pierre.

Après la guerre, le travail était abondant et les logements inexistants. Soixante ans après, les deux se font rares, mais la mission de Notre-Dame n’a pas changé : héberger, hiver comme été, des personnes qui ont la volonté de s’en sortir.

La cité héberge 140 personnes

Dès ses premières années, la cité a possédé un équipement très moderne : des friteuses, des distributeurs de café à chaque étage...


La Comete, histoire d’une première cité par citesdusecourscatholique

La cité n’est, bien entendu, plus tout à fait la même aujourd’hui. Devenue Centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS), elle a entrepris de grands travaux en 2007. Les dortoirs de deux à six lits ont laissé place à des chambres pour deux ou trois personnes. En tout, la cité héberge 140 personnes.

Le restaurant du quatrième étage, qui offrait une vue panoramique sur la tour Eiffel, a été déménagé au rez-de-chaussée. À la place, 16 studios réservés à des couples ont été installés, une petite révolution dans la cité qui n’avait jusque-là reçu que des hommes seuls isolés.

Les résidents bénéficient d’un suivi personnalisé. Des travailleurs sociaux les aident dans leurs démarches administratives et, en contrepartie, évaluent leurs efforts.

Hommes divorcés, travailleurs précaires, primo-arrivants...

Les profils sont variés : du divorcé qui a laissé son appartement à sa femme et ses enfants mais ne peut pas se loger, au travailleur qui dort l’été dans sa voiture mais ne peut plus le faire durant l’hiver. Certains n’ont pas de diplôme, l’un d’eux possède un master en ethnologie. Des résidents ont déjà trouvé un emploi, comme Christophe, agent RATP, qui n’a pas encore les moyens de se loger : « Je prie tous les jours pour avoir un logement. »

En attendant, il partage une chambre avec un réfugié mongol. « Il m’a pris en affection. C’est dur, pour lui, d’être seul. » Mgr Rodhain avait souhaité que la cité accueille, dès ses débuts, des primo-arrivants. Elle en reçoit toujours. Ils représentent un quart des résidents.

Khaled, résident de 53 ans, nous fait la visite. Il est responsable du conseil de la vie sociale, organe chargé d’encourager la vie collective : cours de peinture, de cuisine… Depuis l’arrivée des télévisions dans les chambres, les espaces collectifs – bibliothèque, baby-foot – sont délaissés. Aux étages, Khaled souligne l’importance des “tisanières”, des espaces de socialisation où les résidents peuvent manger, discuter, prendre un thé.

« C’est un palier vers quelque chose de sain »

La vie en collectivité ne va pas sans quelques inconvénients. Un résident regrette de ne pouvoir faire sécher son linge sur le radiateur de sa chambre, situé dans l’espace de son “co-résident”. Mais c’est un faible prix à payer. « C’est seulement si on y pense trop qu’on le vit mal », estime Khaled. On lui demande si son emménagement a été une bouffée d’air frais. Il s’arrête et, ému, bute sur les mots : « C’est plus que cela. C’est un palier. Un palier vers quelque chose de sain. »

Mamadou, lui, est un réfugié politique guinéen de 31 ans. Il a reçu une formation de boulanger, un métier qu’il adore. Il peine pourtant à trouver autre chose que des contrats précaires. Il y a beaucoup de travail en banlieue mais il n’a aucun moyen de s’y rendre la nuit, à l’heure où le boulanger allume ses fourneaux. Il garde le moral, ce qui n’est pas toujours facile. D’autant plus qu’il a laissé sa femme et ses enfants à Dakar. « Je suis optimiste. Je sais que tout problème a une solution. » En attendant, il s’implique. « Lorsqu’il y a une dispute, j’interviens toujours. Je suis un peu connu pour ça, maintenant », observe-t-il en souriant.Le séjour est prévu pour durer six mois, avec un renouvellement au cas par cas. « Les personnes restent en moyenne deux ans et demi », précise Régis Jonnette, actuel responsable de l’hébergement. Parmi ceux qui sont partis, beaucoup reviennent discrètement pour saluer l’équipe. Et la remercier.


POUR ALLER PLUS LOIN :
- le site de l’Association des cités du Secours Catholique qui gère aujourd’hui toutes les cités.


Début février, il y a soixante ans, l’abbé Pierre lançait son “appel”

 

 

 

 

 

Pierre Wolf-Mandroux et Sophie Lebrun
@ Xavier Schwebel/Secours Catholique
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