Hébergement : le 115 débordé en été aussi

Publié le 09/08/2012
France
 

Une étude de la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (Fnars) constate un nombre identique de demandes d’hébergement adressées au 115 en été comme en hiver. En revanche, seulement une sur trois obtient une réponse positive. Le Secours Catholique dénonce cette situation.

En juillet, sur l’ensemble des demandes d’hébergement faites au 115 (sur un échantillon de 37 départements), 70% n’ont pas donné lieu à un hébergement, contre 50% en moyenne sur les cinq mois d’hiver, selon la Fnars, qui tient un observatoire du 115. « Malgré la volonté de la Ministre en charge du logement d’en finir avec la gestion saisonnière de l’hébergement, l’accueil des sans abri se révèle une nouvelle fois défaillante cet été, plus encore qu’en hiver, dénonce la fédération. Pris entre une demande qui ne cesse de croître et des moyens en baisse – la plupart des places hivernales étant désormais fermées – les travailleurs sociaux du 115 ne répondent positivement qu’une fois sur trois aux demandes d’hébergement. »

Des taux de réponses négatives jamais égalés

Sur certains départements, les demandes sont même plus élevées qu’en hiver en raison de l’afflux de personnes migrantes, de demandes de personnes remise à la rue après des fermetures de places hivernales, ou à cause des migrations dues au travail saisonnier, explique la Fnars. Au delà de critiquer la logique saisonnière du système d’hébergement, l’association s’indigne de «  la fermeture durant l’été de places d’hébergement censément pérennes, parce que le personnel en vacances ne peut être remplacé (faute de crédits) ou par choix des élus locaux lorsque les centres se trouvent dans des stations balnéaires. »

« Cet hiver, la Fnars dressait déjà un tableau alarmiste de la situation, alors que 19 000 places hivernales supplémentaires avaient été ouvertes, rappelle Charlotte Niewiadomski, responsable du département Logement et Hébergement au Secours Catholique. Mécaniquement, avec la fermeture de ces places, plus de personnes se trouvent à la rue l’été et le 115 a plus de difficultés à répondre aux demandes d’hébergement. Mais cette année, c’est la première fois qu’on atteint des taux de réponses négatives aussi hauts. »

De plus en plus de familles à la rue

Parmi les demandeurs, les familles sont les plus nombreuses à solliciter le 115 en juillet, contre les hommes seuls en hiver. Un constat partagé par le Secours Catholique, dont les accueils reçoivent de plus en plus de familles ces dernières années. « Les réponses pour les familles continuent de faire défaut. Les nuitées hôtelières constituent généralement la seule alternative, souvent pour des courtes durées, dans des conditions inadaptées à la vie familiale », constate la Fnars. Le recours aux nuitées hôtelières a été d’ailleurs plus important en juillet (30% des orientations) qu’en hiver (18%). « La baisse drastique des places d’hôtel depuis l’année dernière a conduit de nombreuses familles dans la rue », confirme Charlotte Niewiadomski.

Situations indignes

La délégation du Secours Catholique du Val-de-Marne est témoin de ce phénomène. Dernièrement, une famille composée d’une femme enceinte, de son mari et de leurs deux enfants, a été contrainte de passer plusieurs nuits, qui dans leur voiture, qui en chambre d’hôtel, qui dans un local paroissial et un studio prêtés par la délégation du Secours Catholique.

Il a fallu attirer l’attention des médias pour que le 115 trouve une solution : trois nuits en hôtel. Par la suite, la femme et les enfants ont été hébergés dans un centre mais le mari a été contraint de dormir dans sa voiture, faute d’être accepté dans le centre. À force de volonté, la famille a réussi à obtenir un logement en sous-location, qu’elle a trouvé sans l’aide du 115. « Pour l’instant, j’enchaîne les missions en intérim, jusqu’à ce que le contrat que j’ai signé avec une chaîne de télévision débute en septembre. Dès que j’aurais mes fiches de paie, nous chercherons un logement plus stable », assure-t-il, usé par ce parcours du combattant.

Dans l’Essonne, d’autres situations tout aussi indignes, voire absurdes, sont vécues. Ainsi, une famille de quatre enfants s’est vu proposer par le 115 un hébergement pour le père dans le sud du département et un autre dans le nord pour la mère et les enfants. Le Secours Catholique tente de répondre à ces situations de détresse en finançant des nuitées d’hôtel ou en proposant des locaux temporaires. Mais l’association estime que le gouvernement doit tenir au plus vite ses engagements d’en finir avec la logique saisonnière de l’hébergement.

Sans réponse à une lettre écrite à la Ministre du logement, Cécile Duflot, le Collectif des associations unies, dont le Secours Catholique est membre, ne compte pas en rester là. « Si nous n’obtenons aucune réponse du gouvernement pour casser cette logique hivernale, le Collectif frappera plus fort », annonce Charlotte Niewiadomski.

 

Clémence Richard
©Xavier de Torres/Maxppp
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