Hommes seuls : une précarité silencieuse

Publié le 05/11/2014
France
Hommes seuls : une précarité silencieuse
 

Qu’ils vivent dans la rue ou dans des logements précaires, qu’ils travaillent ou soient au chômage, qu’ils soient âgés ou jeunes, les hommes seuls vivant des situations de précarité rencontrés par le Secours Catholique-Caritas France ont au moins deux choses en commun : ils vivent souvent dans une grande exclusion et sont peu aidés pour sortir de la pauvreté. Comme le montre le rapport statistique 2013 [1].

« On a eu l’occasion de parler de la pauvreté au féminin dans un précédent rapport statistique et de celle qui touche les familles. Mais on parle finalement peu de la pauvreté au masculin, explique Brigitte Alsberge, responsable du département Solidarités familiales. Et en regardant nos statistiques, nous avons mesuré que cette pauvreté était réelle et importante. Certaines pauvretés vécues par des hommes semblent presque oubliées, comme à l’écart du rythme du monde. Nous avons voulu les faire connaître. »

Il existe de nombreuses réalités derrière la formule “hommes seuls vivant des situations de précarité” : personnes à la rue, en prison, migrantes, jeunes, pères seuls… Il ressort pourtant de l’analyse des chiffres du Secours Catholique qu’ils sont confrontés à des difficultés communes.

Vivre à l’écart de la société

Beaucoup d’entre eux vivent ce que l’on appelle la “grande exclusion”. Ressources minimales – voire inexistantes –, difficultés pour accéder à un logement et trouver un travail : « Ces conditions amènent ces hommes à vivre à l’écart de la société et bon nombre d’entre eux ont même abandonné l’idée de l’interpeller », souligne Brigitte Alsberge. En effet, l’aide institutionnelle n’est pas un réflexe : ils sont 26 % à venir au Secours Catholique sans passer par l’intermédiaire de services sociaux, contre seulement 17 % pour l’ensemble des accueillis par l’association.

Ce fort isolement se traduit aussi dans leurs relations aux autres : les ruptures familiales sont fréquentes, elles entraînent une raréfaction des liens sociaux ou elles viennent s’y ajouter. La plupart de ces hommes ont du mal à rester en contact avec leurs enfants et leur famille, soit par manque de lieu adéquat, soit en raison de l’éloignement affectif ou géographique, soit à cause du poids du regard des autres et de leur propre sentiment d’échec.

« Ces préoccupations reviennent fréquemment lors des rencontres avec les équipes de bénévoles qui les accompagnent, explique Brigitte Alsberge. D’ailleurs, ils frappent souvent à nos portes pour parler à quelqu’un. »

De nombreux lieux pour les personnes en errance

Parallèlement, plus d’un homme seul sur dix sollicite un accompagnement pour des démarches administratives. La première d’entre elles concerne la domiciliation, une adresse étant obligatoire pour toute démarche d’insertion, d’accès aux droits et donc de socialisation. Les délégations du Secours Catholique proposent aux personnes à la rue et aux demandeurs d’asile d’être “leur” adresse, tout en leur offrant un accompagnement.

Le Secours Catholique et l’Association des Cités du Secours Catholique ont aussi ouvert de nombreux lieux pour les personnes en errance : hébergements pour plusieurs jours ou mois, accueils de jour, haltes rurales, pauses-café.

Comment gagner assez pour vivre dans de telles conditions ? La proportion des hommes seuls sans ressources est considérable : ils sont 28 % à n’avoir aucun moyen financier contre 16 % des ménages accueillis par l’association. « Quant au niveau de vie moyen, il est égal à 437 euros, soit le montant moyen le plus faible de tous les ménages rencontrés », note Brigitte Alsberge.

12,4 % des hommes seuls sont dans la catégorie “autres sans emploi”, c’est-à-dire en situation d’errance. Ces personnes, souvent sans domicile et très éloignées du travail, n’étaient que 10,6 % en 2010. Pas d’espoir du côté de la formation professionnelle ou des emplois aidés : ils sont très peu à y avoir accès.

Dysfonctionnements

La situation des jeunes apparaît très préoccupante. 16 % des personnes accueillies n’ont aucune ressource, et parmi elles les moins de 25 ans sont nombreux. « Errance, mal-logement, accès problématique à l’emploi, tous ceux qui n’ont pas un entourage amical ou familial en mesure de suppléer aux manques se retrouvent vite dans des situations très fragiles », déplore Brigitte Alsberge.S’il dévoile, chiffres à l’appui, les situations de pauvreté, le Secours Catholique veut aussi rappeler aux pouvoirs publics leur responsabilité.

« Ces pauvretés attirent l’attention sur certains dysfonctionnements, sur les mesures non appliquées, sur l’absence de recours à la loi sur le Droit au logement opposable (Dalo), la gestion saisonnière de l’hébergement et le non-respect du Code du travail en prison, explique Brigitte Alsberge. Mais elles encouragent aussi à promouvoir des actions adaptées pour sortir certains de leurs difficultés, comme la création de structures d’insertion par l’activité économique, la mise en place de contrats aidés, l’accompagnement vers le logement ou le soutien à l’emploi des jeunes. »

Notes:

[1] Le rapport statistique 2013 du Secours Catholique a également pris en compte la précarité énergétique et la situation des personnes âgées.

Sophie Lebrun
Crédits photos : © Gaël Kerbaol / Secours Catholique-Caritas France
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