« Il est nécessaire de rendre les personnes détenues plus responsables d’elles-mêmes »

Publié le 02/06/2016
Europe
 

Pour la première fois, des Caritas européennes se sont rassemblées début 2016 pour échanger sur leurs actions d’accompagnement des personnes détenues, notamment celles qui leur permettent de jouer leur rôle de citoyen contributif. Le couple franco-allemand est moteur de cette initiative.

 

Entretien avec Cornelius Wichmann de Caritas Allemagne.
Que propose Caritas Allemagne pour accompagner les prisonniers au quotidien ?


Cornelius Wichmann : Nous avons quelques 300 travailleurs sociaux qui sont présents dans 100 maisons d’arrêt du territoire allemand. Ils aident à préparer « l’après » : ils cherchent avec les personnes détenues un appartement, un emploi, et les mettent en contact avec d’autres associations si besoin.

Certains d’entre eux proposent des groupes de réflexion sur des thèmes comme la violence. La visée est thérapeutique : on travaille avec les personnes détenues sur elles-mêmes.

Nous avons également de nombreux bénévoles qui proposent des temps de loisirs comme du sport, des groupes de discussion ou des ateliers créatifs. Ils sont un pont avec le monde extérieur, en particulier pour les personnes détenues qui n’ont plus de contact avec leurs familles.

 

Pourquoi est-il important d’être auprès des prisonniers ?


Les personnes détenues ont besoin de soutien car elles sont en grande souffrance : elles se retrouvent coupées de leur famille et ont l’angoisse de devoir s’expliquer sur leur peine.

On se doit d’être près d’elles pour les aider à garder confiance. On les soutient aussi pour qu’elles utilisent leur temps à préparer leur réinsertion dans la société à la fin de leur peine.

 

Les prisonniers aussi devraient pouvoir décider la manière dont ils veulent vivre leur vie.

Cornelius Wichmann
Que faites-vous pour accompagner les proches des personnes détenues ?


Très souvent, les familles ont un sentiment de honte, elles ont peur que tout le monde apprenne que l’un de leurs proches est en détention. On leur propose des cellules d’écoute pour qu’elles expriment leurs ressentis.

On veille notamment à accompagner les enfants. Des mamans nous confient qu’elles ont peur de leur dire la vérité : si les enfants sont assez grands, on leur conseille de leur dire, tout simplement, pour ne pas qu’ils l’apprennent de la bouche de quelqu’un d’autre.

Pour les personnes qui habitent loin ou qui ont peur de se confier, on leur propose une aide en ligne sur internet. Ce chat est anonyme, et permet aux familles de pouvoir s’exprimer librement.

 

Qu’avez-vous appris de la rencontre entre plusieurs Caritas européennes, organisée au début de l'année ?


Cette rencontre européenne a été initiée par le Secours Catholique-Caritas France. Les Caritas de Lituanie, de Bulgarie et d’Albanie étaient également présentes.

L’idée était d’échanger sur ce qu’on fait dans nos différents pays pour ensuite mieux revendiquer quelque chose ensemble.

Par exemple, nous, Allemands, avons découvert qu’il existe des « Journées nationales prison » en France : le concept nous plaît et nous aimerions l’importer en Allemagne.

Nous avons aussi expliqué notre combat actuel dans notre pays : nous revendiquons le fait que les personnes détenues qui travaillent cotisent pour une retraite qu’elles obtiendraient à leur sortie de prison. Elles devraient avoir ce droit comme chaque salarié allemand !

 

L’objectif est en effet aussi de défendre les droits des prisonniers…


Oui. Il faut dire qu’en prison les droits des personnes détenues sont plus limités qu’ailleurs. Nous pensons qu’ils ont pourtant le droit, comme tout un chacun, de décider eux-mêmes la manière dont ils veulent vivre leur vie.

Personnellement, je pense même nécessaire de rendre les personnes détenues plus responsables d’elles-mêmes : cela leur permettrait de mieux réfléchir aux crimes ou actes qu’elles ont commis.

Notre objectif est donc de répandre cette idée au niveau européen. Et pourquoi pas à l’avenir mettre en place un plaidoyer commun pour obtenir des avancées sur les droits des détenus.

Cécile Leclerc-Laurent
Les barreaux d'une prison donnant sur un espace vert
Plus d'informations
Prisons et personnes détenues
# sur le même thème