Incendie de Calais : « Nous continuerons à être présents auprès des migrants »

Publié le 03/01/2014
Calais
 

L’un des trois préfabriqués qui permettait aux migrants de Calais de se doucher a été incendié dans la nuit du 29 au 30 décembre 2013. Les deux autres ont été endommagés. Vincent de Coninck, délégué du Secours Catholique du Pas-de-Calais, se dit « choqué » par cet acte de vandalisme. S’il assure que le Secours Catholique n’abandonnera pas les migrants à leur sort, il appelle aussi les pouvoirs publics à prendre leurs responsabilités.

C’est au moins la troisième fois que ces douches sont incendiées depuis 2009. Quelle a été votre réaction en apprenant, à nouveau, leur destruction ?

J’ai été choqué. C’est un acte gratuit. Quel intérêt à le faire ? Aucun, alors que pour les migrants c’est l’enfer. Voilà encore une période où ils ne prendront pas de douche. Certains vivent dans des conditions tellement précaires qu’ils ont la gale. Prendre une douche, c’est une question de santé mais c’est aussi une question de dignité. Certains migrants préfèrent sauter un repas pour pouvoir se doucher.

Le sous-préfet de Calais Alain Gérard a fait part de son intention de remettre rapidement en service les deux locaux endommagés. Il souhaite aussi remplacer le "modulaire" détruit par les flammes. Estimez-vous ces mesures suffisantes ?

L’intention des autorités est de tout réparer. On verra où cela en est la semaine prochaine. Ces sanitaires appartiennent à la communauté de communes et sont gérés par le Secours Catholique. Mais le Secours Catholique ne devrait pas être obligé de prendre en charge l’accès à l’hygiène. Ce n’est pas dans nos missions.

De nombreuses villes mettent des bains-douches municipaux à la disposition des habitants. Pas Calais. On nie le droit des migrants à avoir un minimum de confort. Il n’y a ni WC, ni eau potable publique pour eux. Les autorités espèrent qu’en leur rendant la vie intenable, il y en aura moins. Or, ce n’est pas le cas.

Combien de migrants utilisent ces locaux ?

Environ 50 à 80 migrants viennent s’y doucher chaque jour depuis leur inauguration, en 2009 à Noël. Certains viennent à pied. Pour les autres, on a mis en place des navettes avec nos camionnettes. Nous les amenons aux sanitaires par groupe de sept ou huit personnes. En général, ces migrants passent leur journée à marcher parce que les points de service du Secours Catholique sont éclatés un peu partout dans la ville. Les douches se trouvent elles-mêmes à la périphérie de Calais, près du terrain réservé aux Roms.

Quelles actions sont menées par le Secours Catholique à Calais ?

S’agissant de l’urgence humanitaire, le Secours est donc présent via l’installation de douches. Il gère également un vestiaire qui reçoit 200 à 300 personnes. On leur distribue des objets qui leur permettent de survivre, comme des couvertures. On reçoit également les migrants les plus vulnérables dans un lieu d’accueil ouvert toute la journée.

Nous accompagnons 200 demandeurs d’asile dans leurs démarches chaque année et nous assurons une distribution de repas et d’eau potable une heure tous les soirs. Le Secours Catholique, parce que c’est sa mission, continuera à être présent auprès des personnes marginalisées. Mais, à terme, il est important que ces douches soient prises en charge par les autorités.

Pierre Wolf-Mandroux
@ Elodie Perriot/Secours Catholique
Deux femmes discutent
Plus d'informations
Migrants
# sur le même thème