Inondations : auprès des personnes sinistrées

Publié le 15/12/2014
Aveyron
Inondations : auprès des personnes sinistrées
 

Cet automne, le littoral méditerranéen a subi des inondations à répétition. Sur le terrain, les équipes de l’Urgence du Secours Catholique – Caritas France étaient omniprésentes.

« La Sorgues était déjà haute quand je suis entré au presbytère, vers 18h, 18h30. » Bernard Gayraud désigne du doigt un bâtiment de l’autre côté de cette rivière habituellement docile qui traverse Saint-Affrique, dans l’Aveyron. « Je n’aurais jamais imaginé qu’une heure plus tard, elle emporterait les parapets en pierre et les garde-fous du pont. »

La Sorgues s’est soulevée de près de 7 mètres, un niveau historique, noyant caves et garages et défonçant le premier niveau des maisons. Responsable de l’équipe locale du Secours Catholique, Bernard Gayraud attendait ce jour-là l’arrivée d’une vingtaine de bénévoles venus de Montauban, d’Albi et de Toulouse pour rendre visite aux personnes sinistrées.

Depuis le mois de septembre, des épisodes diluviens se succèdent, inondant le Var, le Gard, l’Hérault, l’Aude et les Pyrénées-Orientales. Thierry Cuénot, responsable du Département des urgences France au Secours Catholique, enchaîne les conférences téléphoniques. Depuis Paris en ce début décembre, il écoute le rapport que les délégués territoriaux lui font au bout du fil. Progressivement, il mesure les moyens d’intervention.

À ses côtés, Marie-Carmen Carles, directrice du Développement des ressources, assure les délégués de son soutien . « Il ne sera pas nécessaire, dit-elle, de faire appel à la générosité publique. Nous débloquons immédiatement 45.000 euros pour parer au plus pressé. » Frédéric Félicien, responsable du département Jeunes, annonce aux délégués l’arrivée prochaine de jeunes volontaires civiques sur les lieux des sinistres.

Narbonne, vendredi 5 décembre. Dans les locaux de la délégation (antenne locale du Secours Catholique), Thierry Cuenot prend place à la table de réunion où l’attendent Jean Meunier, le délégué, les animateurs territoriaux, ainsi que Philippe Biron, membre de l’équipe nationale des Urgences. Autour d’un café, Jean Meunier évoque les échanges avec les autorités publiques locales ainsi que la convention qui lie la préfecture et le Secours Catholique en cas de sinistre : « De nombreux progrès ont été fait dans l’anticipation et la communication. ».

 

Une stratégie efficace

La délégation d’Aude-Roussillon est divisée en cinq territoires. Sur chaque territoire, un animateur y fait vivre la solidarité grâce aux bénévoles qui le quadrillent. Le maillage est fin et le risque de passer à côté de quelqu’un en détresse est faible. Les trois animatrices et les deux animateurs dressent tour à tour un état des lieux de leur zone. Au mur, une carte facilite les explications. « Tous les territoires n’ont pas été touché de la même manière. Le Narbonnais, dit Jean-Michel en pointant celui qu’il anime au sud de Narbonne, a subi les plus lourds dégâts. Notamment dans les habitats les plus précaires. »

Cathy, animatrice de la partie “Roussillon nord” a repéré quelques familles, notamment des agriculteurs mis en difficulté par les intempéries. «  Un agriculteur a perdu 3500 poulets. Nous allons voir comment l’aider, ajoute-t-elle en précisant que le ratissage de la zone en quête de personnes touchées « a permis de repérer les zones sensibles pour les autres années. » Marie-Noëlle, animatrice du “Roussillon sud” raconte qu’à Argelès-sur-Mer les nouveaux élus ne savaient pas ce qu’est une cellule de crise ou une cellule de coordination. Elle dit son plaisir d’avoir fait œuvre de pédagogie en le leur expliquant.

L’état des lieux terminé, vient le moment de planifier les interventions. « Dès le lendemain des inondations, annonce Jean Meunier, 29 personnes se sont présentées spontanément pour nous aider ». Philippe Biron attire l’attention sur les “autos du cœur“ données pour remplacer les véhicules que les sinistrés ont perdus : « parmi celles qui sont arrivées ce matin à Montpellier, dit-il, il y en a trois de disponibles. » Les moyens matériels et humains répertoriés, c’est sur le terrain que se déploie la stratégie d’entraide.

 

Le déploiement

À Sigean, la Berre est montée de 8 mètres, inondant la partie basse du camping Le Pavillon. Ce camping est une vaste copropriété où vivent une grande partie des 280 propriétaires de mobil homes et de maisons en bois. Marie-Jeanne Gaud, responsable de l’équipe de Sigean, accompagnée de Lucette Dessertenne, bénévole à Narbonne, arpente le camping qui, hier encore était interdit d’accès.

Évacués quelques heures avant la crue, les personnes et les véhicules ont été épargnés. Ce n’est pas le cas des maisons. Les occupants découvrent les ravages de l’eau, extirpent de la boue les objets qu’ils se résignent à jeter. Le binôme de bénévoles s’approche des habitants, s’enquiert des dégâts matériels et moraux. Petit à petit, les langues se délient, racontent les heures d’angoisse, la douleur de perdre des écrits, des photos, des meubles chers.

Pascal Krobb avait commencé à construire sa maison en 2006. Artisan polyvalent, il avait pu s’acheter ce petit bout de terrain pour abriter sa femme et ses cinq enfants, et mener ici une vie de bonheur et de simplicité. Déjà, en 2009, un vent soufflant à 200 km/h avait emporté le toit. Il l’avait reconstruit. Mais «  aujourd’hui, dit-il, j’abandonne le camping. J’en ai ras le bol. Je vais louer une maison dans le centre ville de Sigean. »

Bravant l’interdiction de rester dans le camping, Pascal a passé la nuit de la crue et les jours suivants dans sa maison pour éviter d’être cambriolé. Ainsi « j’ai vu l’eau monter, monter, jusqu’à 1,5 m à l’extérieur et de 20 cm dans la maison. Suffisamment pour ronger le sol en bois, ruiner les meubles, les matelas et les tissus. »

 

Au-delà de l’aide

Comme des dizaines de bénévoles agissant en binôme, Marie-Jeanne et Lucette écoutent, discutent, réconfortent et invitent les personnes rencontrées à remplir un dossier d’aide. Ce dossier sera rapidement instruit par une Commission d’attribution des aides. Mais au-delà de l’aide matérielle, les bénévoles recueillent et emportent avec eux des remerciements tels que « vous êtes les premiers à nous rendre visite » ou « merci d’être là, nous nous sentons moins seuls. »

 

 
Jacques Duffaut
Crédits photos: ©Xavier Schwebel/Secours Catholique
Caritas Jerusalem en soutien à Gaza
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