Inondations : les équipes du Secours Catholique à pied d'oeuvre

Publié le 26/11/2015
Cannes
Un assureur visite un logement dévasté par les innondations avec les bénévoles du Secours Catholique
 

Depuis les inondations qui ont surpris plusieurs milliers de foyers dans les Alpes-Maritimes le 3 octobre 2015, les bénévoles du Secours Catholique-Caritas France restent mobilisés. Ils visitent, une à une, les familles désorientées, évaluent avec elles les dégâts et les besoins, et leur apportent un soutien moral.

Briefing matinal à La Bocca, au cœur du bassin cannois gravement touché par les intempéries de l’automne 2015. Une quinzaine de bénévoles du Secours Catholique écoute attentivement Christian Amiet, le référent du secteur : « Maintenant que l’urgence est passée, votre mission est d’aider les personnes sinistrées à redémarrer. »

 

La culture de l'urgence

Un mois après le sinistre, les traces de boue sont encore là. Des voitures éventrées jonchent les ruelles des quartiers les plus touchés. Derrière chaque porte, les équipes du Secours Catholique rencontrent des histoires singulières, parfois vécues dans des contextes difficiles.

Ce matin, Sylvie et Christian se rendent chez Salwa, dans un quartier populaire de La Bocca. Seule, Salwa élève ses trois enfants et prend soin de Vladimir, son voisin de cour nonagénaire. Un peu dépassée, elle désigne aux deux bénévoles son chauffe-eau échoué au milieu du salon. En lui glissant une main rassurante sur l’épaule, Sylvie lui explique qu’ils sont venus lui apporter des bons qui lui permettront de rééquiper son logement en biens de première nécessité. « Vous apportez la chaleur qu’on n’a pas ici », glisse Salwa dans un sourire.

 

Dans un quartier voisin, Hubert et Roberte rencontrent Olivier, un restaurateur qui a tout perdu, lui aussi, mais n’avait pas pensé à contacter l’association. Dans son restaurant, plus rien n’est utilisable. Pas même le piano au fond de la pièce, seul élément rappelant la convivialité du lieu avant le désastre.

« Quand on n’a plus de revenus, on ne peut pas solliciter constamment ses amis… Vos visites permettent de sortir les gens de l’isolement, et moi, ça m’aide à redevenir autonome », confie t-il aux bénévoles du Secours Catholique.

 

L’élan solidaire

Depuis le début de la mise en place du dispositif d'urgence, il y a plus d'un mois, trois postes de coordination sur site ont été installés avec le soutien des paroisses locales. De nombreux volontaires sont venus de toute la France pour renforcer les équipes des Alpes-Maritimes. « La solidarité inter-délégations locales au sein de l'association est primordiale dans ces phases post-urgence », explique Thierry Cuénot, responsable national du département Urgences France au Secours Catholique.

Ils sont actuellement une cinquantaine de bénévoles à faire quotidiennement le tour des familles et personnes sinistrées. À l'image de Roberte, bénévole dans le Gard, ils ont parfois été eux-mêmes sinistrés et « viennent rendre la pareille là où il y en a besoin », tout naturellement. Un soutien moral et, si besoin, une aide matérielle ont déjà été apportés à près de 1000 personnes. « Mais la première aide, c’est de leur demander comment ils vont » souligne Hubert, le doyen des bénévoles, venu des Hautes-Alpes.

 

« Être là quand le souffle retombe »

À quelques kilomètres de là, à Mandelieu-la-Napoule, Audrey accueille Corinne et Bruno. La jeune mère de famille active, relogée provisoirement par la mairie, remet rarement les pieds dans son appartement depuis que l’eau a tout emporté et laissé sur les murs une odeur persistante de moisi.

Corinne et Bruno l'interrogent afin de cerner sa situation familiale, socioprofessionnelle et financière. Ils ouvrent un dossier à son nom et le remplissent consciencieusement. « Ces dossiers sont essentiels pour assurer le suivi des personnes dans la durée ainsi que le passage de relai entre les bénévoles », expliquera Bruno, sur le chemin du retour. « Il sera transmis à la Commission des aides de l'association. C’est elle qui attribue les bons en fonction des besoins constatés. » Les dossiers seront ensuite suivis tout au long de l'année 2016 par la délégation du Secours Catholique des Alpes-Maritimes.

Pour l’heure, un nouveau défi attend les équipes de bénévoles. Un terrain complexe et pour l'instant délaissé des autres associations, le quartier de la République et ses alentours à Cannes.

 

Éclairage : la difficulté de l’intervention dans un cadre urbain

Adélaïde Bertrand, déléguée du Secours Catholique des Alpes-Maritimes.

« Le cadre urbain dans lequel a eu lieu le sinistre touche beaucoup plus de monde (qu'en milieu rural - ndlr). Qui dit urbain, dit concentration de population, et avec ces milliers de personnes touchées, les dégâts matériels sont aussi plus importants. Ainsi, 24 000 voitures sont déjà parties à la fourrière.

C’est aussi plus difficile car le choc psychologique et moral est important, pour l’ensemble de la population, mais aussi au niveau de nos équipes locales. Beaucoup de scènes traumatisantes ont marqué les esprits : la vague qui arrive, l’eau qui monte, les voitures emportées, les proches ou les voisins en situations risquées.

Un mois après le sinistre, nous faisons face à une autre difficulté. Il reste une zone entière dans laquelle aucune association n’est encore allée à la rencontre des personnes : celui de la République, à Cannes. C’est un quartier qui est particulièrement difficile, car il est lui aussi dans un cadre urbain, et est en quelque sorte le revers de la médaille de Cannes. Cela signifie qu’il est aussi habité par des marchands de sommeil, des personnes sans papiers, ou des situations un peu plus compliquées qui n’en facilitent pas l’accès.

Après avoir affiné le quadrillage et l’évaluation du quartier, pour voir les différents types de population et les différents besoins, on prépare maintenant une formation adaptée au contexte local pour les bénévoles qui seront mobilisés. On a recruté des personnes expérimentées dans l’accueil écoute et dans l’accompagnement de personnes en difficulté.

Jusqu’à fin décembre, le dispositif va monter en puissance : on aura au minimum, chaque jour, 10 à 15 binômes de bénévoles dans cette seule zone, donc on aura une réactivité plus importante pour les visites. »

Adèle Martignon
Crédits Photos : ©Yann Castanier - Hanslucas / Secours Catholique-Caritas France
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