En Bretagne, l'insertion passe par le jeu

Publié le 05/01/2015
Crozon
En Bretagne, l'insertion passe par le jeu
 

Sur la presqu’île de Crozon, dans le Finistère, le Secours Catholique a mis en place une action originale qui permet de lutter contre l’isolement par le jeu.

Breizh Billard, Passe-boules, Hexastique, Patigo… Ce lundi soir, une quinzaine de jeux aux noms fantaisistes ont investi le village vacances de Camaret-sur-Mer.

Bons joueurs et mauvais perdants de tous âges s’affrontent dans les rires et les cris. « Oh non, j’avais presque gagné ! » trépigne Dominique, la soixantaine, à l’issue d’un match serré contre son mari.

Édith, la bénévole du Secours Catholique à l’origine du projet, lui explique : « Tous les jeux en bois que vous voyez là ont été construits par des personnes isolées de la presqu’île de Crozon. C’est pour la réinsertion sociale. – C’est une bonne idée de revenir aux anciens jeux, pour lutter contre les tablettes, entre autres… », approuve son interlocutrice, une jeune grand-mère.

Rendre la vie plus légère

C’est la générosité d’un habitant de Camaret qui a permis au projet de voir le jour. Sa seule exigence était que son don serve à aider les habitants de la presqu’île. Édith, joueuse passionnée depuis toujours, a alors eu une idée originale : « Dans notre groupe convivial, on jouait beaucoup. Entrer en relation par le jeu est tellement naturel que je me suis dit qu’il fallait monter un projet autour de cela.  »

L’objectif : permettre aux personnes accueillies de sortir de leur isolement, d’abord en les associant à la construction des jeux, puis en leur proposant d’aller les faire vivre lors de divers événements locaux.

C’est un dortoir désaffecté, prêté par un collège de Crozon, qui a fait office d’atelier. Deux demi-journées par semaine, sous le regard de Luc, mari d’Édith et maître d’œuvre de circonstance, se sont succédé des gens au chômage, des jeunes attirés par les métiers de l’ébénisterie, des retraités… Tous ont participé à la construction d’une vingtaine de jeux. Et tous ont, peu à peu, retrouvé le goût de vivre. Comme Jean-Paul, qui vivait alors dans une caravane : «  Il était bricoleur et très content de nous aider. Il a repris confiance en lui… Et puis il a rencontré quelqu’un, avec qui il vit aujourd’hui.  », témoigne Édith.

Après trois ans d’existence, le groupe s’est nettement réduit : «  À Camaret, hors saison, il n’y a ni emplois ni services, explique Édith. On a encouragé tous ceux qu’on a aidés à partir vivre ailleurs. Beaucoup l’ont fait dès qu’ils se sont sentis assez forts.  »

Alors Édith et Luc essaient de passer le flambeau aux autres groupes conviviaux du Finistère. « Cela convient très bien à la philosophie du Secours Catholique : rendre la vie plus légère… et les gens acteurs de leur vie. »

Marina Bellot
Crédits photos : © Patrick Delapierre/Secours Catholique-Caritas France
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