Intégration des Roms : « Le droit commun suffit ! »

Publié le 25/10/2013
France
 

Alors que le collectif Romeurope, qui rassemble de nombreuses associations dont le Secours Catholique, tient ses rencontres nationales ce week-end, Laurent El Gozhi, son porte-parole, milite pour que les Roms soient traités comme des citoyens à part entière et que le droit commun soit appliqué à leur situation.

L’heure est à la crispation autour des populations roms. Le ministre de l’Intérieur lui-même s’est montré récemment particulièrement virulent, en affirmant que les Roms n’étaient pas intégrables. Que répondez-vous à cela ?

Les propos du ministre de l’Intérieur sont inacceptables, profondément anti-républicains, dans la mesure où ils insinuent qu’une population, en raison de ses origines, pour ne pas dire de ses gênes, serait capable de ci ou de ça. En France, il n’y a pas de minorités ethniques, il n’y a que des citoyens. Il ne peut donc pas y avoir une catégorie de population par nature intégrable ou inintégrable.

Le danger majeur est que cela banalise, auprès de la population, d’autres propos résolument racistes et légitime toutes les positions les plus insupportables. Il y a encore quelques jours a circulé un tract du Front national, insupportable de fausseté, de mensonges, y compris dans les chiffres, et qui catégorise des personnes sous une étiquette extrêmement péjorative et discriminatoire. Il n’y a aucune indulgence à avoir et le combat pour l’égalité de tous ne doit pas cesser.

Quelle pourrait être une réelle politique d’intégration des Roms aujourd’hui ?

Je n’ai pas l’illusion de penser qu’une circulaire [1] puisse régler tous les problèmes. Néanmoins, si tous les acteurs publics (ministères, préfectures, collectivités locales etc.) travaillaient ensemble pour appliquer au mieux cette circulaire, on aurait une politique d’intégration par le droit commun comme elle s’est faite pour l’ensemble des populations migrantes en France depuis des dizaines d’années.

Aucune mesure particulière n’est adaptée à une population au motif qu’elle aurait des caractéristiques telles ou telles. Les Roms, citoyens européens, doivent avoir accès au marché du travail. Les mesures transitoires qui les en empêchent actuellement vont être levées : il va falloir que l’ensemble des acteurs travaillent là aussi ensemble pour voir dans quelles conditions ils vont pouvoir accéder à un emploi.

Certes le taux de chômage est élevé aujourd’hui mais il y a aussi un certain nombre d’emplois difficiles qui ne trouvent pas preneurs. C’est à partir de cela que se décline l’insertion, ainsi que par l’accès à l’école, au logement, bref à partir du droit commun.

L’urgence, d’ici là, est d’assurer un hébergement digne à ces personnes, c’est-à-dire autre chose que des bidonvilles pourris qui vont devenir innommables cet hiver. C’est possible : il y a des casernes vides, des bâtiments vides… Il faut que chacun soit conscient que ce sont les politiques conduites par les gouvernements successifs qui obligent les Roms à vivre dans des conditions d’extrême précarité et les contraignent éventuellement à recourir à la mendicité voire à la délinquance. D’où l’importance du travail des associations, qui les accompagnent et font valoir leurs droits.

Certains pays européens ont-ils réussi à intégrer les Roms en appliquant simplement le droit commun ?

L’Espagne, avant d’être dans la situation catastrophique où les banques l’ont mise, avait permis aux migrants de Roumanie et de Bulgarie d’accéder à un travail salarié de droit commun. 53% d’entre eux avaient un emploi. La crise a ensuite poussé certains d’entre eux à venir en France.

La solution n’est-elle pas européenne ? Pourrait-on imaginer par exemple un commissaire en charge de l’intégration des Roms ?

2005-2015 est la décennie européenne pour l’intégration des Roms, et pourtant leur situation s’est détériorée... La stratégie européenne est clairement un échec. Est-ce à l’Union européenne de piloter cela ? Peut-être, mais la question est surtout quelles sanctions effectives et efficaces peut prendre l’Union européenne vis-à-vis de pays qui n’assurent pas l’égale citoyenneté de tous leurs ressortissants.

Notes:

[1] La circulaire du 26 août 2012 « relative à l’anticipation et à l’accompagnement des opérations d’évacuation des campements illicites » prévoit un diagnostic social lancé par le préfet avant toute évacuation d’un bidonville. Elle devait améliorer la situation des Roms.

Marina Bellot
© Christophe Hargoues/Secours Catholique
Homme levant les bras
Plus d'informations
Droits humains
# sur le même thème