Marie et Noura, intercultur(elles)

Publié le 14/08/2015
Vannes
Marie et Noura se sont rencontrées lors d'un Voyage de l'espérance organisé par le Secours Catholique de Vannes.
 

Mi-avril, 280 Morbihannais quittaient Vannes en direction des Pyrénées, dans le cadre d’un Voyage de l’espérance co-organisé à Lourdes par le Secours Catholique. Parmi les participants, Marie et Noura. Histoire d’une rencontre « aux sommets ».

Marie, la catholique et Noura, la musulmane. « Nous sommes des stars », plaisantent les deux mères de famille vannetaises. Fin avril, leur amitié a fait l’objet de quelques lignes dans l’édition locale du Télégramme. Le quotidien breton revenait sur le Voyage de l’espérance qui s’était déroulé deux semaines plus tôt à Lourdes, à l’initiative de la délégation morbihannaise du Secours Catholique.

« Avant ce voyage, nous ne nous connaissions pas », racontent les deux femmes. Ce n’est pas tout à fait exact. « Moi, je te voyais souvent à l’arrêt de bus, rectifie Noura. D’ailleurs, quand nous nous sommes retrouvées au Secours Catholique, c’est la première chose que je t’ai dite. » Elle poursuit : « Toi, tu ne faisais même pas attention, tu ne me voyais pas. »

Marie tente de se défendre : « Quand tu cours pour aller travailler, as-tu vraiment besoin de dévisager les gens ? » Noura n’en démord pas : « Eh bien oui, tu regardes quand même la tête des personnes qui sont autour de toi. »

Ce duel à fleurets mouchetés se conclut par un grand éclat de rire. « C’est ce que j’aime bien avec Marie, tu peux plaisanter, elle comprend et entre dans le jeu alors que d’autres se vexeraient », confiera Noura un peu plus tard.

Un bol d’air

Ce goût partagé pour l’humour a largement contribué à briser la glace entre les deux « inconnues ». « Les enfants aussi », précisent-elles. Marie se souvient de la petite voix de Yacine, le fils aîné de Noura, âgé de 10 ans, lui demandant lors d’une réunion de préparation du voyage : « Tu as des enfants, toi ? » « Il était le seul enfant présent à la réunion, il avait peur d’être aussi le seul à Lourdes », dit en riant Noura.

Marie a cinq enfants, et tous seront du voyage. Voilà Yacine rassuré. Tout au long du séjour, les deux fratries formeront comme une petite famille. « Les enfants s’entendaient bien, nous étions tout le temps ensemble. » Ces quelques jours ont été, pour Marie et Noura, un vrai bol d’air dans un quotidien qu’elles avouent « difficile ». Marie ne veut pas dramatiser : «  Depuis que mes enfants sont là, tout se passe bien. Ils vont à l’école et ont de bons résultats, c’est l’essentiel. » Le plus dur est derrière elle, estime-t-elle.

« Le plus dur », ce sont les événements qui l’ont poussée à fuir la République démocratique du Congo (RDC) en 2010, menacée pour des raisons politiques. Dans son article, Le Télégramme évoque la guerre et sa maison perdue. Pudique, elle ne souhaite pas en dire plus. Pas envie de ressasser ces souvenirs : « J’ai assez pleuré comme ça. »

« Le plus dur », ce sont aussi les tribulations d’une jeune femme déracinée débarquant en France après avoir quitté précipitamment son pays. « Le plus dur », ce sont enfin les deux années de tracasseries administratives lorsque, reconnue réfugiée, elle a entrepris en 2012 de faire venir ses enfants. « Ils sont finalement arrivés le 26 juin 2014. » Tout est rentré dans l’ordre, Marie se dit désormais apaisée. « Ce voyage à Lourdes, c’était pour remercier, explique cette catholique pratiquante. C’était aussi, pour les enfants et moi, l’occasion d’une seconde naissance. »

La simplicité et l’ouverture d’esprit

Noura, elle, a vu dans l’expédition pyrénéenne l’occasion de voyager : « Je n’avais pas quitté Vannes depuis quatre ans. » C’était aussi l’opportunité de rencontrer de nouvelles personnes. « C’est important pour moi, qui n’ai pas de famille ici », précise cette Vannetaise d’adoption, originaire de Tunisie. À ceux qui expriment leur surprise de voir une musulmane pratiquante se rendre à Lourdes avec des catholiques, elle répond : « La religion n’a jamais été un critère pour choisir mes amis. »

Durant ces quelques jours, elle a apprécié « la simplicité et l’ouverture d’esprit. Personne ne m’a demandé ma religion, ma nationalité ou mon pays d’origine ». Cela change, dit-elle, de l’atmosphère habituelle, parfois pesante. « Surtout depuis les attentats du 7 janvier. » Ce jour-là, elle dit s’être faite toute petite. « Même si je ne porte pas le foulard, je sentais à la boulangerie et à l’arrêt de bus que certains étaient prêts à me sauter dessus. » Noura assure être « rentrée de Lourdes plus légère ».

« Ce n’est pas qu’on évite le sujet »

Depuis, pour les deux amies, le quotidien a repris son cours, « avec son lot de soucis ». Seules pour élever leurs enfants, sans permis de conduire, toutes deux ont du mal à trouver un emploi stable. « Mais on garde le sourire. » Elles se voient toutes les semaines. « Quand j’ai envie de sortir, raconte Noura, j’appelle Marie et on se retrouve tous sur le port. On papote pendant que les enfants jouent. On rigole, on parle de tout et de rien. » De religion ? « Non, jamais. » Puis, pensive : « Ce n’est pas qu’on évite le sujet, c’est juste qu’on n’y pense pas. »

Benjamin Sèze
Crédits photos : © Alain Keler - MYOP / Secours Catholique
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