Isabelle, un besoin vital de créer du lien

Publié le 02/11/2016
Carbonne
Isabelle, un besoin vital de créer du lien
 

Par delà la précarité financière, l’isolement peut causer des troubles aux conséquences dramatiques pour les familles en difficulté. Isabelle Noblesse a connu cet enfermement. Recréer du lien social a été salvateur pour elle, mais aussi pour son mari et ses enfants.

Un lundi d’octobre à Carbonne, au sud-ouest de Toulouse. Il est 5h30 et Brian, 15 ans, réveille sa mère. Élève au lycée Saint-Exupéry de Blagnac, il part pour une semaine d’internat. Isabelle n’a dormi que deux heures, mais elle aurait regretté que son fils parte sans l’embrasser.

Elle s’est couchée à 3 heures pour préparer le repas qu’elle partagera à midi avec ses nouveaux amis, tous membres d’une équipe locale du Secours Catholique.

Isabelle et Éric Noblesse ont élevé leur cinq enfants dans l’amour et la dignité : quatre filles et un garçon. Depuis qu’ils se sont rencontrés en 1989 à Grande-Sainte (Nord), d’où est originaire Isabelle, le couple n’a cessé d’être confronté à des difficultés financières.

Maçon pour mieux gagner sa vie

Après de petits boulots peu rémunérateurs, Éric s’est fait maçon pour mieux gagner sa vie. Mais au bout de dix ans, des problèmes de santé l’ont obligé à cesser son activité.

Il y a deux ans, à 45 ans, il a passé le bac avec succès, et l’an prochain il préparera un BTS en comptabilité. La famille vit aujourd’hui des allocations familiales et des 600 euros qu’Éric gagne en tant qu’aide-comptable à mi-temps.

La famille est très soudée mais ce bonheur familial aurait pu cesser il y a trois ans. Isabelle, que son rôle de femme au foyer comblait jusque-là, craque subitement.

« Je ne pouvais plus rien faire. Je restais au lit, je ne bougeais plus, je n’ouvrais même plus les volets. » Éric s’inquiète. « Pour la première fois, elle ne répondait plus quand je lui parlais. Il n’y avait plus de communication entre nous. Elle allait très mal. »

Isabelle parle de ce passage à vide sans savoir le nommer : « Les enfants n’avaient pas conscience qu’ils n’arrêtaient pas de me solliciter. » Ou bien : « La mort récente de mon père et de mon beau-frère, dont j’étais proche, m’avait beaucoup affectée. J’étais tellement mal que je voulais quitter la maison, les enfants, mon mari. »

L'eau à la bouche

Cette crise inattendue désarme tout le monde. Un premier secours vient de l’assistante sociale qui avertit l’équipe du Secours Catholique la plus proche, celle de Rieux-Volvestre.

Plusieurs de ses membres rendent visite à Isabelle, la réconfortent, l’écoutent. Ils apprennent qu’elle aime cuisiner et sait préparer des banquets. Elle leur met l’eau à la bouche en énonçant ses spécialités : « Choucroute algérienne (avec viande halal), crêpes à la courgette, cake au saumon, tourte aux lardons, tarte au chocolat… »

« Ils m’ont proposé de m’occuper de l’atelier cuisine, se souvient Isabelle, et ils m’ont bien secouée. Ils disaient : “On t’attend tel jour” ou bien : “Tu sors avec nous.” Je me suis dit que ça n’engageait à rien. Je pouvais arrêter quand je voudrais. Mais je me suis liée avec les membres de l’équipe. »

« Impro-soupe »

À Cazères, Marie-Hélène Baron vient de créer une nouvelle équipe Secours Catholique. Les personnes qui ont besoin d’aide affluent. Les bénévoles pas encore. Alors les bonnes volontés de Rieux et de Carbonne sont mises à contribution et Isabelle fait partie du nombre.

Par deux fois, elle participe à l’« impro-soupe », genre de disco-soupe animé par une formation musicale. L’événement a lieu les jours de marché et attire une centaine de personnes auxquelles on fait connaître les actions de l’association.

« Au début, je me sentais intimidée, dit Isabelle, mais quand Roselyne et Yolande ont intégré l’équipe, je me suis sentie tout à fait à l’aise. » Isabelle dit de ces deux amies retraitées qu’elles sont comme deux mamans.

Veuve depuis bientôt deux ans, Roselyne Eymaron dit : « Moi aussi, j’ai eu besoin du Secours Catholique. Mes difficultés n’étaient pas économiques mais morales. Je suis allée voir l’équipe, je m’y suis sentie bien et je suis devenue bénévole. »

Le Secours Catholique n'a pas été la seule association à porter assistance à la famille Noblesse. Signalons que les Restos du Coeur et l'Epicerie Solidaire Escale Sud Toulousain soutiennent également Isabelle et sa famille.

Envie de plaire

Yolande et Roselyne comptent à leur tour ouvrir un accueil du Secours Catholique à Carbonne où Isabelle trouvera sa place, puisqu’il y sera question de cultiver un jardin partagé, de faire des confitures et d’insuffler une dynamique autour des produits de la terre et des façons de les cuisiner.

Progressivement, Isabelle a retrouvé sa joie de vivre. « Je me remaquille, je remets des bijoux, j’ai à nouveau envie de plaire, de donner une image positive de moi. Cette période noire a aussi été l’occasion de me rapprocher de ma mère. Je me sentais coupable de vivre loin d’elle. Aujourd’hui, je me sens de nouveau bien dans ma peau. »

Jacques Duffaut
Portrait de famille
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