Jo Spiegel : « Pas de démocratie sans engagement »

Publié le 20/02/2014
 

Ancien sportif de haut niveau, 63 ans, marié, père de deux enfants, réélu au premier tour à la mairie de Kingersheim depuis 1989, Jo Spiegel a fait de sa ville un laboratoire de démocratie participative où chaque habitant est invité à s’exprimer.

 

Dans un livre [1] dont vous êtes co-auteur, vous fustigez le cumul et la reconduction des mandats. Or vous vous représentez à la mairie de Kingersheim pour la cinquième fois. Pourquoi ?

Je suis effectivement en contradiction sur ce point, mais je l’assume jusqu’à ce que la loi l’interdise. Les gens passionnés comme moi ont du mal à arrêter. Je veux faire fructifier la question démocratique à l’échelle locale ; nous n’en sommes qu’au début du début. Le bulletin de vote est un progrès, mais il faut davantage de démocratie dans l’intervalle des élections.

Comment vous y prenez-vous ?

La démocratie, c’est l’affaire de tous, à tout moment et partout. Sur chaque sujet, il faut chercher à mieux informer, mieux débattre, mieux s’engager. L’engagement est absolument fondamental dans la perspective de l’humanisation de notre société et de sa transformation.

Le Pacte civique auquel notre commune a adhéré implique qu’il n’y a pas de transformation durable sans l’engagement à la fois des politiques, des organisations, mais aussi des habitants de tout milieu social.

Comment arrivez-vous à faire s’engager les habitants ?

Si on veut que les gens s’intéressent, il faut les informer et les sensibiliser. C’est l’acte premier. L’acte deux de la démarche, c’est le débat. Nous avons un lieu pour cela : la Maison de la citoyenneté. Les gens y sont invités à débattre. Le sujet du débat doit toujours être précis. Là, chacun donne son avis, chacun est consulté.

Le troisième acte est la participation des habitants. Après le débat, on crée un conseil participatif avec ceux qui ont quelque chose à dire, et qui souvent s’affrontent car ils ne sont pas du même avis. Chaque projet municipal d’importance accueille un collège d’habitants volontaires, parfois tirés au sort, un collège d’élus et leurs collaborateurs, un collège des associations et un collège des experts (qui varie en fonction des sujets).

Sur les projets les plus gros, je fais appel à un assistant maître d’ouvrage – un métier inventé pour cela – qui a deux compétences : celle de veiller au développement durable de l’action, et celle de faire émerger la parole publique, d’accompagner la réflexion. C’est ce que j’appelle les ingénieurs du débat public, essentiels à une réelle participation. L’un des enjeux de la démocratie apaisée est le respect d’une éthique de la discussion, c’est être capable de mettre sur la table tout ce sur quoi on n’est pas d’accord. C’est la culture du compromis. Et cela marche bien.

Cela marche depuis longtemps ?

C’est venu progressivement. Nous sommes au point sur les conseils participatifs depuis trois ou quatre ans. La démocratie, ce n’est pas l’addition d’envies, ce n’est pas renforcer les individualismes, mais bien construire en commun. C’est ce que j’appelle la démocratie édifiante. L’élu doit accompagner la transformation du “moi je” en “nous”. La démocratie est inclusive.

Ceux qui ne participent pas n’ont donc pas à se plaindre ?

C’est clair. Personne n’ignore ici que le maire associe tous les habitants à tous les projets. Au fond, la démocratie du bulletin de vote est une démocratie passive. Moi, je souhaite solliciter le meilleur de nous-mêmes. C’est une démocratie exigeante qui s’adresse à l’intelligence et au cœur. Ce qui diffère du populisme.

Notes:

[1] À lire : Faire (re)naître la démocratie. Vers un nouvel engagement citoyen, avec la participation de Jo Spiegel. Manifeste pour la refondation démocratique. Éd. Chroniques sociales. Courriel : secrétariat chroniquesociales.com

Jacques Duffaut
Crédits photos: © DR
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