Justice pénale : limiter l’incarcération pour réduire la récidive

Publié le 26/02/2013
France
 

Le 20 février, le jury de la Conférence de consensus sur la lutte contre la récidive, qui avait auditionné le Secours Catholique, a rendu ses conclusions au gouvernement. Comme le souhaitait le Secours Catholique, il préconise la mise en place de moyens alternatifs à la prison.

Depuis septembre, les experts, issus du monde judiciaire, carcéral et associatif dont le Secours Catholique planchaient sur cette question complexe : comment lutter contre la récidive. Le 20 février dernier, ils ont remis leur rapport au Premier ministre Jean-Marc Ayrault, concluant par une remise en cause de l’efficacité de la prison.

Malgré l’arsenal juridique et le grand nombre de mesures répressives mis en place depuis 2005, la récidive n’a cessé d’augmenter ces dernières années selon ce rapport. En 2010, 6% des personnes condamnées pour crime étaient en “récidive légale”, contre 3,6% en 2006, alors que le taux de délits en récidive a lui augmenté de près de 2% en 4 ans.

L’échec du tout carcéral

Ces statistiques mettent en lumière l’échec de la politique carcérale française. « La mission de la prison telle qu’elle est vécue au jour le jour par les professionnels est de maintenir les gens (…) présents et vivants, empêcher les risque d’évasion et empêcher les atteintes à soi même. Et le reste, vient quand on peut le faire... » constate Jean-Marie Delarue. Et le Contrôleur général des lieux de privation de liberté, auditionné lors de la conférence, d’ajouter : « la prison ne remplit pas assez les tâches qui la responsabilisent sur la sortie des personnes incarcérées... », à savoir viser en priorité la réinsertion de ces personnes.

Il faut donc, selon le rapport, une réforme en profondeur du système judiciaire, afin de favoriser la réintégration des délinquants : fin du “tout sécuritaire”, limitation de l’incarcération, abandon des peines-plancher et des peines de sûreté... Des conclusions qui s’inscrivent dans le bilan fait par l’équipe du Secours Catholique, consulté pendant les six mois de travaux de la Conférence. Jean Caël, responsable du département Prison-Justice du Secours Catholique, a en effet témoigné avec une personne volontaire au sein de l’association, une personne récidiviste récemment sortie de prison et un bénévole qui accompagne cette dernière. Pour eux, « ce bilan remet en cause l’efficacité de la peine de prison et du “tout carcéral” en termes de prévention de la récidive, et donc de réinsertion des détenus, de protection de la société et des victimes ».

La prison, une réponse parmi d’autres

L’enfermement ne doit devenir qu’une solution parmi d’autres. Certaines infractions devraient, selon le jury, être dépénalisées, afin de désengorger les tribunaux. Le recours aux amendes pour certains délits – comme les infractions de la route – doit être privilégié, tout comme celui des bracelets électroniques.

Le jury préconise également la création d’une nouvelle peine, la peine de probation. Cette dernière devra être perçue comme une vraie sanction, avec des éléments de contrainte et de contrôle. Elle permettra, selon le Secours Catholique, « une plus grande individualisation des peines, des modes de réparations, et un suivi plus adapté et plus satisfaisant qu’un enfermement systématique ».

Quand l’enfermement s’avère nécessaire, le gouvernement est appelé à « construire un temps d’incarcération utile ». Le jury souhaite que la libération conditionnelle soit appliquée à tous les détenus. « Cette mesure est reconnue par les experts comme permettant de réduire les effets néfastes d’une “sortie sèche” sans suivi ni contrôle », elle doit devenir le mode normal de libération des détenus pour assurer leur réinsertion.

Le retour de l’humain au cœur du système judiciaire

L’idée centrale du rapport : replacer l’être humain au centre du processus judiciaire. Pour que la réinsertion des détenus soit une réalité, il faut garantir l’accès de ces personnes aux dispositifs de droit commun, avant leur sortie de prison. Les détenus doivent être accompagnés dans leurs démarches d’ouverture de droits sociaux (RSA, CMU), leur accès à l’emploi et au logement… C’est actuellement une partie essentielle du travail des équipes du Secours Catholique, dans chaque délégation, qui interviennent auprès des prisonniers. Conseils, soutien matériel et maintien des liens familiaux, les bénévoles s’impliquent aussi beaucoup auprès des sortants de prison les plus isolés et démunis.

 

Gautier Demouveaux
© Thierry Creux/PhotoPqr/Ouest France
Les barreaux d'une prison donnant sur un espace vert
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