Kurdistan irakien : l’avenir des minorités en question

Publié le 19/05/2015
Irak
Kurdistan irakien : l’avenir des minorités en question
 

De retour du Kurdistan irakien, Charlène de Vargas, chargée de projets Urgences internationales au Secours Catholique-Caritas France, s’interroge, à côté de l’aide humanitaire, sur la question de l’avenir des minorités dans la région.

Quelle est la situation des minorités dans cette région autonome du nord de l’Irak ?

Les centaines de milliers de personnes déplacées (à 70 % des chrétiens et des Yézidis) sont dans une situation tragique, même si elles se sentent à présent en sécurité.

Quel espoir peuvent avoir ces minorités alors qu’elles ne peuvent retourner dans leurs villes ou villages, se sentant trahies par leurs voisins sunnites qui ont laissé l’État islamique perpétrer ses exactions… ?! Cela dit, ces villageois avaient-ils le choix ?

D’un côté, chrétiens et Yézidis sont traumatisés car ils ont été chassés de leurs maisons dans des conditions effroyables ; de l’autre, ils ne pourront rester longtemps au Kurdistan n’ayant pas le droit de travailler et leurs enfants, notamment confrontés à la barrière de la langue, ayant du mal à s’intégrer dans des écoles surchargées.

Où vivent les déplacés ?

Ils vivent, pour 80 % d’entre eux, en particulier dans les zones où je suis allée, autour de Dahuk et Erbil, à la frontière turque… dans des immeubles en construction, des cours qui jouxtent des églises, des salles communales, des garages…

Le plan d’action français dans cette région, récemment soumis à l’ONU, prévoit « un volet humanitaire pour permettre le retour le plus rapidement possible des déplacés et sécuriser leur retour dans des “espaces de vie” à l’abri de la menace de l’État islamique ». L’approuvez-vous ?

Non ! Car il mélange les aspects militaire et humanitaire. Son application remettrait partiellement en cause la neutralité des ONG et réduirait par conséquent notre accès aux populations dans la détresse.

Quel soutien apporte le Secours Catholique aux déplacés du Kurdistan irakien ?

A la demande du Secours Catholique, le Quai d’Orsay et des collectivités locales françaises ont financé un programme d’urgence (370 000 euros) distribué par Caritas Irak sous une forme pécuniaire, alimentaire –riz, lentilles, huile, farine-, de kits d’hygiène –savon, papier toilette…-, matérielle –couvertures, bidons, seaux… Cette aide était parvenue, au 31 décembre 2014, à environ 95 000 personnes (Yézidis et chrétiens).

A côté de l’urgence humanitaire, quelle(s) question(s) faudrait-il traiter rapidement ?

Répétons-le : en Irak, comme en Syrie, c’est l’horreur ! Il faut nous interroger sur notre responsabilité en tant qu’Occidentaux dans des pays où il n’y a plus d’États et où les logiques communautaires dominent. Il faut nous poser des questions sous l’angle : que faire de plus que l’action humanitaire ? Comment répondre au mieux à l’urgence tout en pensant à l’avenir de la région et des habitants ? Les minorités ont-elles un avenir dans la région ?

Une vie désormais paralysée

Au Kurdistan irakien, explique Rachel Felgines, de Caritas Internationalis, « Caritas Irak aide des familles déplacées isolées vivant souvent dans des immeubles en construction. Elle réussit à les soutenir jusqu’à la frontière syrienne, à l’ouest, dans des lieux très éloignés où quasiment aucune agence humanitaire ne se rend… Je suis consciente du risque qu’elles restent bloquées à Erbil, Duhok, ou Zakho, sans retour possible sur leurs terres et sans possibilité de partir ailleurs. Une vie désormais paralysée et sans espoir… »

Yves Casalis
Crédits photos: © Caritas Internationalis
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