« La charité n’est pas réservée à quelques-uns »

Publié le 22/02/2013
 

Le président du Conseil national pour la solidarité, Mgr Bernard Housset, évêque de La Rochelle et Saintes, rappelle l’historique et les enjeux de la démarche “Diaconia-Servons la fraternité”.

Le fait que les chrétiens se soucient du service et de la fraternité est loin d’être “révolutionnaire”. Pourquoi cette initiative aujourd’hui ?

Depuis les origines de l’Église, les membres des communautés chrétiennes s’intéressent aux plus faibles et aux plus exclus avec la conviction que l’accueil de ces situations fait partie intégrante de la foi. Au cours des premiers siècles, leurs actions envers les esclaves, les pauvres, les malades avaient un très fort retentissement.

Mais dès les débuts également, nous voyons qu’il existe des obstacles à la réalisation de cet idéal. Je pense au texte des Actes des apôtres évoquant le mensonge d’Ananie et de sa femme à propos du prix de vente de leur terrain. À chaque époque, il a fallu retrouver l’appel du Christ : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »

Au XIIe siècle, les franciscains “convertissent” l’Église et le pape à “dame Pauvreté”. Le XIXe siècle témoigne d’une floraison de congrégations pour l’accueil des malades et le développement de l’instruction des garçons puis des filles.

L’après-guerre voit la création du Secours Catholique, puis de Caritas Internationalis, ainsi que du Comité catholique contre la faim et pour le développement, aujourd’hui CCFD-Terre solidaire, pour développer une démarche de solidarité internationale avec les pays du Sud et de l’Est. La charité a ainsi été prise en charge par des organismes spécialisés, mais elle n’est pas réservée à quelques-uns.

À la suite de leurs travaux sur les nouvelles pauvretés en 2009, les évêques de France ont trouvé normal d’amplifier leur démarche. Dans le prolongement d’Ecclésia 2007 qui avait rappelé que tous les baptisés ont en charge l’annonce de la foi – et pas uniquement les catéchistes –, nous proposons la même démarche pour le service du frère. Et nous ne partons pas de zéro !

Pourquoi avoir choisi le mot Diaconia ?

Si le terme est tombé en désuétude, il faut savoir qu’il est utilisé 101 fois dans le Nouveau Testament. Pour l’anecdote, l’empereur romain Julien l’Apostat (361-363) avait créé des diaconies païennes pour lutter contre l’Église catholique. Benoît XVI a remis en valeur cette relation à la manière du Christ envers les autres, et spécialement les plus fragiles, dans son encyclique Dieu est Amour. Il a rappelé que la Diaconie est constitutive de la mission de l’Église.

Vous attendiez-vous à autant d’écho ?

Nous sommes heureusement surpris de l’impact dans la plupart des diocèses et des mouvements et services, chacun à son rythme, bien sûr. L’intérêt manifesté révèle vraiment une attente. Les acteurs de la solidarité notamment ont le désir d’enraciner leurs pratiques dans la charité du Christ, car il ne s’agit pas de philanthropie mais bien de foi.

Quel est l’enjeu en termes d’image pour l’Église ?

Montrer qu’elle ne s’occupe pas simplement de son fonctionnement, de prière, de sacrements, mais qu’elle participe à l’humanisation de notre monde. Des gens ayant le sens de la dignité humaine peuvent enrichir le débat social. Ce n’est pas en contradiction avec la laïcité de notre République et c’est d’autant plus important dans une société qui a tendance à “marchandiser” les relations. Rappelons-nous qu’un milliard de personnes vivent avec moins de 1 euro par jour.

Il est normal que l’Église, même si elle bouscule des préjugés et des habitudes, pousse à réduire les écarts de richesse. Je suis revenu d’une mission humanitaire au Soudan avec le Secours Catholique et le CCFD-Terre solidaire, avec la conviction renforcée que l’Église peut donner le meilleur d’elle-même à ce partage.

Quel rôle spécifique pour le Secours Catholique ?

Sa vitalité apporte beaucoup à Diaconia, et Diaconia va permettre de rendre justice à son travail considérable accompli en profondeur depuis des années. Nous bénéficions notamment des apports spirituels et théologiques des colloques de la Fondation Jean-Rodhain. À l’avenir, sans doute le Secours Catholique devra-t-il collaborer encore davantage avec l’ensemble de la communauté catholique.

Chantal Joly
Crédits photos : © Service de la communication La Rochelle et Nantes
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