La délégation auprès des réfugiés palestiniens syriens

Publié le 11/10/2013
Syrie
 

Après avoir visité des camps d’accueil pour les réfugiés syriens, la délégation française interreligieuse a rencontré des Palestiniens qui habitaient depuis des décennies en Syrie et qui ont du fuir, une fois de plus. Reportage de notre envoyée spéciale.

Jeudi 10 octobre, la délégation a rencontré le patriarche grec-melkite, Grégoire III Laham. Félicitant l’initiative de ces dix représentants d’associations caritatives françaises et de ces deux religieux chrétien et musulman, il a rappelé qu’ensemble, chrétiens et musulmans, il faut « devoir, pouvoir et vouloir » construire le futur.

« Beaucoup de choses sont faites [pour les réfugiés syriens] et cela reste toujours insuffisant », a-t-il déclaré. Rejoignant l’appel de la délégation, il a insisté : « Il ne faut plus chercher à demander aux Syriens de choisir un camp. Il ne faut choisir que la paix, le plus vite possible. »

L’accès à la scolarité

Le groupe s’est ensuite dirigé vers Saida. Dans cette ville côtière, l’Islamic Welfare Association (ISWA), partenaire du Secours islamique Français (SIF), agit concrètement auprès des réfugiés syriens : soutien scolaire, soutien aux veuves, aide à la préparation de l’Aïd, distribution de nourritures, produits hygiéniques, couverture, matelas, aide sociale, médicale...

L’an prochain, un grand projet verra le jour : la réhabilitation d’un bâtiment inachevé afin d’en faire une école pour les enfants syriens, conforme aux programmes scolaires syriens (différents des libanais) et dont les enseignants seront eux aussi des réfugiés syriens.

« Ces enfants seront demain au pouvoir en Syrie et construiront l’avenir, il est impensable qu’ils ne soient pas éduqués », explique la chargée de mission du SIF au Liban. Cette école accueillera, à la rentrée prochaine, 440 élèves, une avancée dans cette région où le nombre d’enfants syriens à scolariser est passé de 1 200 à 4 800 cette année.

À quelques kilomètres de là, a été construit un centre avec une immense cour dans laquelle des enfants s’amusent. Autour, il y a plusieurs équipements : un four à pain, des douches mises à disposition, une cuisine et des habitations. 44 familles vivent ici, et quelques pièces sont réservées aux cas d’urgence. « Nous les gardons pour installer les Syriens qui arrivent de nuit, avant de trouver une solution pour eux le lendemain », explique l’un des salariés de l’association.

Parmi eux, de très nombreux Palestiniens Syriens, dont les grands-parents s’étaient réfugiés en Syrie en 1948, originaires du camp de Yermouk situé dans la banlieue de Damas. Trois matelas, quelques épices, un seau d’eau, une petite valise : c’est tout ce que ce couple, qui vit dans 9 m2, possède. Ils vivent ici avec leur trois enfants âgés de 7 à 13 ans.

« Ils pleurent souvent en nous demandant jusqu’à quand cette situation va durer, raconte la jeune mère. Il est impossible d’imaginer un avenir, nos enfants ne peuvent pas aller à l’école car nous n’avons pas les moyens de payer les transports pour s’y rendre. » Le père, journaliste en Syrie, n’a pas pu trouver de travail au Liban. « Nous voudrions retourner un jour en Syrie mais nous n’avons aucun espoir. Que peut-on espérer ? », dit-il, résigné.

« Je sens mon attachement à la Syrie »

À quelques encablures, dans la vieille ville de Saida, le propriétaire d’un complexe de magasins a mis les étages de son bâtiment gratuitement à disposition de 58 familles, soit 370 personnes. Les conditions y sont précaires et parfois même dangereuses. Six toilettes seulement sont disponibles, les canalisations viennent de casser sous la pression, le toit s’effondre par endroit laissant craindre le pire avec l’arrivée de la pluie...

Myriam, 51 ans, vit dans une petite pièce avec son mari et leurs deux enfants. Impossible de travailler pour le père, c’est donc le fils de 14 ans qui sert dans un restaurant pour rapporter quatre dollars quotidiens à la famille. La petite de neuf ans va à l’école. « Notre quotidien était bon en Syrie et la vie n’était pas chère, désormais il n’y a aucun avenir possible pour mes enfants s’ils doivent travailler au lieu d’aller à l’école », déplore la mère en pleurs. « Je veux bien partir n’importe où sans argent si un avenir est possible pour eux », explique-t-elle après avoir entendu que 17 pays occidentaux étaient prêts à accueillir des réfugiés.

À l’étage du dessus, Ziad, 50 ans, habite dans quelques mètres carrés avec 10 personnes de sa famille. Il déplore une situation insoutenable et ne rêve que d’un retour : « Avant, je rêvais de retourner en Palestine mais avec ce qui se passe, je sens mon attachement à la Syrie et c’est là-bas que je veux vivre à nouveau. » Un rêve largement partagé par les autres réfugiés.

« Un peuple blessé qui accueille d’autres blessés »

De retour à Beyrouth, la délégation a rencontré des représentants de la communauté protestante arménienne. Un pasteur revient d’Alep et décrit un enfer avec le déplacement d’une immense partie de la population, prise dans les affrontements entre l’armée et les rebelles. Leur aide est la même qu’ailleurs : nourriture, assistance médicale, aide scolaire, sociale, accueil dans les familles...

Mais le nombre est difficile à porter et les Libanais peinent à l’assumer : « Nous devons désormais accueillir et aider avec de l’argent que nous n’avons pas. »

Une préoccupation aussi présente dans les paroles du grand moufti de Beyrouth : « Aujourd’hui, c’est un peuple blessé qui accueille d’autres blessés. Cela mérite en effet admiration et encouragement. Les Libanais ont besoin d’aide. »

Charlotte d’Ornellas
Crédits photos: © Charlotte d’Ornellas/Secours Catholique
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