La diversité culturelle au menu

Publié le 21/05/2013
Paris
 

Depuis plusieurs années, le Réseau chrétien-immigrés organise des dîners « Le goût de l’autre », des Français et des personnes étrangères partageant leur culture autour d’un bon repas.

Jeudi 28 mars, 18 h. Marthe s’affaire depuis près de deux heures dans la cuisine de la mairie du 4e arrondissement de Paris. Cette Sri Lankaise de 58 ans habite dans le quartier depuis une dizaine d’années. Après avoir participé une première fois, le mois dernier, au dîner « Le goût de l’autre » en tant que « dîneur », elle a décidé de se lancer un défi, de préparer un plat traditionnel de son pays : un poulet au curry, accompagné de riz aux légumes.

À ses côtés Nathalie, l’organisatrice de ces dîners, prépare entrée et dessert, une vichyssoise et une crème au miel et au citron. Un mélange France-étranger, protocole inébranlable de ces soirées…

« Nous ne sommes pas là pour partir en voyage le temps d’une soirée. Nous sommes à Paris, on accepte le mélange qui existe ici. Le début et la fin du repas sont donc issus de la cuisine française. C’est une sorte d’écrin pour présenter le plat principal, préparé à chaque fois par une personne migrante », explique Nathalie.

En 48 éditions, les convives ont ainsi pu déguster des plats venant de plus de 35 pays ! Depuis la rentrée, la Chine, la Norvège, le Bangladesh ou encore la Catalogne se sont invités à table. Et la formule fonctionne puisque Nathalie doit refuser du monde.

« Je limite à vingt personnes maximum, sinon les gens ne peuvent pas discuter et c’est compliqué à la cuisine. » Elle essaie aussi de respecter la parité : moitié migrants, moitié Français. « À travers le partage d’un même repas, le but est de rencontrer des gens qu’on ne rencontrerait pas dans la vie quotidienne. »

Le Réseau chrétien-immigrés

À l’origine, il y a le Réseau chrétien-immigrés. Créée en 2000, l’association met en place une permanence juridique afin d’aider les étrangers à régulariser leur situation, à renouveler leur carte de séjour. En 2003, des cours d’alphabétisation et de français voient le jour. Ils ont lieu trois fois par semaine dans une salle de la mairie du 4e arrondissement de Paris. En mai dernier, le Réseau chrétien-immigrés a participé au rassemblement « Diaconia 2013, servons la fraternité » à Lourdes aux côtés du Secours Catholique. L’événement a rassemblé 12 000 chrétiens.

« L’idée du repas est venue de Nathalie », explique Eugénie, l’une de ses amies, présente ce soir-là. « Elle donnait des cours de langues. Une amitié est née avec certains des “élèves” et tout naturellement cela se terminait autour d’un repas. Elle s’est dit que ce serait une bonne idée de faire partager cela. »

19 h, les premiers invités arrivent. Ce soir, il y a bien entendu des participants au cours de français. Des habitués comme Guiya, un Chinois. Arrivé en France en 2010, ce chef cuistot a déjà participé une dizaine de fois au dîner « Le goût de l’autre », et par deux fois cuisiné. « C’est vraiment très convivial », déclare-t-il. Un avis partagé par Nassredine. Lui aussi participe aux cours de langues. « Cela permet de rencontrer de nouvelles personnes et de discuter », dit-il dans un français encore un peu hésitant.

Après un verre et quelques amuse-bouche, les convives, qui ont commencé à faire connaissance, sont invités par Nathalie à passer à table. Ainsi Laurence, 51 ans, se retrouve assise aux côtés de José. Pour tous deux c’est une première. Ancienne habitante du quartier, elle a vu une affiche à la bibliothèque. Lui est brésilien. Il a appris l’existence de ce dîner à la permanence juridique. Il doit cuisiner le mois prochain, et il est venu – en quelque sorte – en reconnaissance.

Tandis que le plat principal arrive, les langues se délient. On partage les bons plans du quartier, des conseils de cuisine. Entre une cuisse de poulet et quelques légumes, Nuit, retraitée vietnamienne vivant depuis quarante ans en France, en vient à parler d’horoscope chinois. On plaisante, et on applaudit les cuisiniers d’un soir. Marthe est soulagée, son plat a eu du succès.

Il est bientôt 21 h 30, l’heure de libérer la salle. Tout le monde aide à débarrasser. On quitte la mairie en continuant à discuter un peu dehors. Certains échangent des numéros et se promettent de revenir la prochaine fois.

 

Gautier Demouveaux
© G. Kerbaol/Secours Catholique
Deux mamies sourient bras-dessus bras-dessous
Plus d'informations
Lien social et lutte contre l'isolement
# sur le même thème