La population indonésienne anticipe davantage les catastrophes

Publié le 31/10/2013
Indonésie
La population indonésienne anticipe davantage les catastrophes
 

Avec 165 000 morts et disparus l’Indonésie est le pays qui a payé le plus lourd tribut au raz-de-marée du 26 décembre 2004. Huit ans après, une politique de réduction des risques a-t-elle été mise en place avec l’appui de Caritas Indonésie ?

Dès 2007, Caritas Indonésie, soutenue par le Secours Catholique, a porté un programme national de réduction des risques. À l’échelle locale, un diocèse comme celui de Sibolga, sur l’île de Nias, s’est mis au travail. Dans une région où les inondations et séismes sont très fréquents la population a anticipé : les lieux les plus dangereux ont été identifiés, le problème majeur dans la zone a été cerné, les habitants se sont entraînés à faire face aux catastrophes et les plus faibles dans les villages ont été pris en compte pour que la solidarité fonctionne.

Les communautés villageoises s’organisent beaucoup mieux (en particulier au cours des évacuations) à présent : on les a vues à l’œuvre après des séismes. Sur les hauteurs de Nias, la création de plusieurs cuisines villageoises, lieux de stockage du riz, permet aux sinistrés de manger à l’abri (60 à 200 personnes par cuisine) en cas de catastrophe alors qu’en bas, chez eux, toute cuisine est impossible pendant un mois !

Les autorités de Djakarta manifestent, elles, une vraie volonté dans ce domaine. Elles veulent unifier la politique de prévention de la société civile et de l’État fédéral face aux raz-de-marée, inondations, sécheresses… Ainsi, dans chacune des 34 provinces, un fonctionnaire rattaché au gouverneur est chargé de coordonner les actions de réduction des risques.

Qu’attendez-vous concrètement de votre visite sur l’île de Florès, à l’est de l’Indonésie ?

Dans cette partie la plus pauvre de l’archipel nous aimerions mettre en place un programme de développement agricole en s’appuyant sur des associations locales. Dans cette zone, comme d’ailleurs dans toute l’Indonésie, 30 % des paysans voudraient arrêter leur activité faute de pouvoir nourrir leur famille.

En soutien à ces associations, nous allons pousser plusieurs centaines de professionnels à renoncer au modèle productiviste (emploi de pesticides, d’engrais chimiques, de semences hybrides…) et les encourager à adopter un modèle de développement à la fois respectueux de l’environnement, de leur santé et rentable (ce qu’on appelle l’« agriculture durable »).

Nous aimerions, par exemple, dans un même projet soutenir l’utilisation de semences produites localement, la fabrication par les agriculteurs de leur propre compost et appuyer des actions de plaidoyer pour que le gouverneur de la province fasse la promotion du riz cultivé sur place au lieu d’en acheter en Thaïlande.

Partenaire local du Secours Catholique, l’Organisation non gouvernementale Jesuit Refugee Services (JRS) veut « inspirer des changements politiques et des changements de pratiques pour les victimes de migrations forcées ». Qu’entendent-ils par là ?

Quand l’ONG parle de « migrations forcées », elle fait notamment référence aux déplacements forcés par les militaires des populations Papous. Quand ils reviennent ensuite sur leurs terres ancestrales, dans la province de l’Irianjaya, ils sont considérés par les autorités de Djakarta comme des sous-hommes. Le gouvernement les empêche de se réinstaller chez eux, leur refuse tout accès à l’éducation, la santé… Pour tenter de sortir les Papous de l’oubli, JRS veut engager un plaidoyer international à partir de témoignages recueillis sur place (surtout dans les paroisses catholiques) sur les injustices et discriminations dont ils sont les victimes.

Propos recueillis par Yves Casalis

© Philippe Brault/Secours Catholique
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