La santé en plusieurs langues

Publié le 27/04/2016
Essonne
La santé en plusieurs langues
 

À la Cité Bethléem de Souzy-la-Briche (91), les familles sont accompagnées pour les questions de santé. Un sujet délicat, surtout quand il faut composer avec les différences culturelles.

Bernadette Cousseau parle avec un léger accent. Un accent indéfinissable que l’on pourrait penser belge si Bernadette n’était vendéenne. « C’est le mien propre », s’amuse-t-elle, avant de dévoiler : « J’ai passé vingt-deux ans au Pakistan. Et l’ourdou est une langue gutturale. »

Depuis mai 2013, cette sexagénaire au contact facile a posé ses valises dans le sud de l'Essonne. À Souzy-la-Briche, plus exactement. Elle y est infirmière à la Cité Bethléem, un centre d'hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) géré par l'Association des cités du Secours Catholique.

Une trentaine de familles y vivent, pour la plupart des mères célibataires avec leurs enfants. Elles viennent du Sri Lanka, du Nigeria, de Côte d’Ivoire, du Congo, d’Angola, du Togo, de Guinée, d’Haïti, de Mauritanie, d’Algérie, de Roumanie, du Cameroun, de Turquie et du Mali.

Grossesse, premiers secours, équilibre alimentaire...

Bernadette ne prodigue pas de soins, mais assure le suivi médical. « Je peux détecter des symptômes et orienter vers un médecin généraliste ou un spécialiste. Je vérifie si les vaccins sont à jour et suis parfois les traitements. Il m’arrive aussi d’accompagner des familles à l’hôpital ou chez le médecin pour faciliter le dialogue et éviter les incompréhensions, énumère-t-elle. Je donne également des petits conseils, mais le plus gros de la sensibilisation et de la prévention se fait lors de temps spécifiques. »

Un jour et demi par mois, les parents peuvent suivre un atelier “Santé”, principalement orienté vers les enfants. Différents thèmes y sont abordés, comme la grossesse, les premiers secours, l’utilisation des médicaments, l’équilibre alimentaire, le sommeil, l’hygiène – notamment le brossage des dents –, l’habillement selon la saison...

« Un accompagnement nécessaire », selon Pascale Jammot, correspondante du pôle santé à la Cité Bethléem, « car ces familles se retrouvent dans un environnement nouveau qui rompt avec leurs habitudes. » Bernadette évoque certaines mamans qui vivaient en communauté et se retrouvent brusquement seules. « Elles n’ont pas les réflexes. »

Réussir à se rejoindre

C’est le cas d’Élizabeth, Nigériane de 35 ans installée ici depuis l’été. « Mes deux filles, que j’ai eues au pays, c’est ma mère et ma sœur qui les ont élevées. Aujourd’hui, c’est la première fois que j’éduque un enfant. » La jeune femme dit avoir appris beaucoup de choses dans le cadre de l’atelier, notamment au fil des discussions avec les autres mamans. « Pour les brûlures, par exemple, je ne savais pas qu’il fallait passer sous l’eau froide. Au Nigeria, on badigeonne d’œuf. »

L’exemple peut paraître anodin... à tort. « Les différences socioculturelles sont une composante de tous les jours, observe Bernadette. Ne serait-ce que dans la manière de moucher un enfant. Et il faut faire en sorte que, malgré toutes ces différences, on arrive à se rejoindre. » Pascale confirme d’un hochement de tête et ajoute : « Même lorsqu’on ne comprend pas, on part du principe qu’il y a une logique, et qu'en échangeant on peut y accéder. »

Travailler l’image de soi

Ne pas imposer mais éveiller, sensibiliser, essayer d’expliquer et laisser aux personnes le temps de se l’approprier. C’est grâce à cette écoute et à ce respect que se tisse un lien de confiance avec les familles, base indispensable pour pouvoir travailler avec elles sur des sujets aussi sensibles que la maternité, l’hygiène, l’alimentation, les soins. « Toute la crédibilité de ce qu’on va leur dire va être conditionnée par la confiance qu’on a établie, constate Pascale. Surtout lorsqu’il s’agit des enfants. »

L’étape ultime consiste à amener les mamans à s’occuper d’elles-mêmes. « La santé de leurs enfants est prioritaire, et elles ont tendance à ne pas penser à elles », regrette Bernadette. Joan, Nigériane elle aussi, dit en souriant : « Bernadette a dû un peu insister pour me voir. » Sa préoccupation première était d’apprendre le français et de travailler.

Face à des mères stressées et épuisées, Bernadette fait souvent appel à Arlette qui anime l’atelier “Estime de soi”. L'idée : « D’abord travailler sur l’image de soi. Et à partir de là, redonner envie à ces femmes d'écouter à nouveau leur corps et d’en prendre soin. »

Benjamin Sèze
Crédits photos : ©Xavier Schwebel / Secours Catholique
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