« La volonté politique compte énormément pour la réconciliation »

Publié le 02/06/2014
Rwanda
« La volonté politique compte énormément pour la réconciliation »
 

L’idée de justice a un rôle central dans la réconciliation nationale. Justice internationale, commissions Vérité et réconciliation... Le processus varie d’un pays à l’autre, d’une société à une autre. Marc Laroche, directeur de l’Action internationale au Secours Catholique, revient notamment sur les expériences rwandaise et sud-africaine.

Quelques années après le génocide, le Rwanda a mis en place le système des Gacaca, pierre angulaire du processus de réconciliation. En quoi consistait-il ?

Le processus des juridictions Gacaca a été mis en place avec un double objectif : punir et réconcilier. Des hommes du peuple, réputés intègres, ont été choisis puis formés pour juger les responsables. 93 % d’entre eux étaient des paysans.

Il faut savoir qu’après le génocide, le système judiciaire se trouvait dans un état de délabrement total. Je me suis rendu à Kigali en octobre 1994 : les commissariats, les tribunaux… tout était ravagé. Quand des dizaines de milliers de personnes doivent être jugées et que le système judiciaire est totalement en ruine, que fait-on ?

Les Gacaca ont permis de connaître une partie de la vérité sur le génocide, la vérité locale tout du moins. C’est fondamental pour que les victimes puissent faire leur deuil. De fait, le processus a parfois rapproché les bourreaux et les familles des victimes : il y a eu sinon des réconciliations, du moins des formes de pardon. C’était absolument nécessaire : il ne faut pas oublier que toutes ces personnes vivent sur les mêmes collines, en voisins.

Cela étant, le processus a ses limites : les personnes jugées n’avaient pas d’avocats, la défense n’avait donc pas accès aux dossiers, cela a également autorisé parfois des règlements de compte… Ce n’est certes pas une justice satisfaisante en termes de droits de la défense, mais que faire d’autre ?

Le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) a été mis en place en 1994 par le Conseil de sécurité de l’ONU. La justice internationale peut-elle aider à la réconciliation d’un peuple ?

Les responsables qui ont été jugés par le TPIR sont des planificateurs et organisateurs du génocide. Si l’on peut se réconcilier avec son voisin, en faire autant avec ceux qui ont planifié le génocide est une autre affaire… Le TPIR n’a donc pas vraiment participé directement au processus de réconciliation, mais il a permis aux victimes venues témoigner de commencer leur deuil.

Au-delà des tribunaux spéciaux, la justice internationale est nécessaire mais l’implication des États est insatisfaisante aujourd’hui. Les États-Unis et la Russie ont signé le “statut de Rome” créant la Cour pénale internationale mais ne l’ont pas ratifié, la Chine et l’Inde, quant à elles, ne l’ont ni signé, ni ratifié. Tant que les poids lourds ne seront pas impliqués, le système présentera de réelles limites.

En Afrique du Sud, la mise en place d’une commission “Vérité et réconciliation” après l’apartheid a fortement contribué à l’apaisement. Est-ce un modèle reproductible ?

En Afrique du Sud, même si certains dirigeants du régime d’apartheid n’ont pas voulu reconnaître leur responsabilité, le processus a été fondamental et a globalement très bien fonctionné. Il y a eu des essais de réplique dans d’autres pays, mais ils ont généralement été des échecs.

La particularité de l’Afrique du Sud, c’est l’engagement dans le processus de réconciliation de dirigeants exceptionnels : Nelson Mandela et Desmond Tutu, l’archevêque anglican qui présidait la commission. Ce n’est pas la seule condition de réussite, mais une volonté politique déterminée et sincère compte énormément.

Marina Bellot
Crédits photos : © Elodie Perriot/Secours Catholique-Caritas France
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