Le Burundi en état d’urgence

Publié le 25/04/2016
Burundi
des habitants fuient les violences à l'aide de vélos
 

En avril 2015, Pierre Nkurunziza, le chef de l’État burundais, a décidé de briguer un troisième mandat, en violation de la Constitution. Depuis sa réélection, le 21 juillet, le Burundi est en état d’urgence : des centaines de morts, 1,8 million d’enfants de moins de cinq ans malnutris, 242 000 réfugiés, 25 000 déplacés internes. Le réseau Caritas et le Secours Catholique sont mobilisés dans le pays, ainsi qu'au Rwanda où beaucoup de Burundais menacés trouvent refuge.  

Début 2016, « Maggy »*, une Burundaise membre de la commission catholique Justice et Paix, confiait son inquiétude à Messages, le mensuel du Secours Catholique-Caritas France : « Des compatriotes sont arrêtés un peu partout, des opposants torturés dans les cellules des services de renseignement, cinq fosses communes ont été découvertes. »

Elle craignait une guerre civile et redoutait un génocide car, disait-elle, la « répression des autorités cible de plus en plus systématiquement les Tutsis » (le pays compte 15 % de Tutsis et 85 % de Hutus).

« Tous dans la peur »

Trois mois plus tard, la situation a empiré, affirme la Caritas nationale. « À 18h, les magasins ferment, les rues se vident et chacun rentre chez soi. Les gens se cachent, raconte Joan, qui habite un quartier sensible de la capitale Bujumbura. Nous vivons dans la peur, car nous avons vu des personnes se faire tuer. »

Clara, une étudiante de 26 ans, vivait avec ses deux plus jeunes sœurs sous la houlette de Marcus, leur frère aîné. Ce dernier, journaliste indépendant, est mort dans les geôles de Pierre Nkurunziza après avoir été arrêté de façon arbitraire. Blessé lors de son arrestation, il a été emporté par la gangrène. Les trois jeunes femmes se sont brutalement retrouvées seules. 

« Nous n’avions ni maison ni argent. Nous vivions avec la peur au ventre. Certains jours, nous réussissions à avoir quelque chose à manger, mais d’autres jours, nous n’avions rien. Nos voisins nous ont aidées quand ils le pouvaient. » On leur conseille de prendre contact avec Caritas, ce qu'elles font. « Ils nous ont aidées à louer un appartement et nous ont donné à manger. »

 

Pour moi la pauvreté est pire que la peur.

Jean

Paul, lui, est veuf et père de quatre enfants. Son aîné, Derrick, était membre de l’opposition et travaillait avec des jeunes. « Lorsque les protestations ont commencé, la police a d'abord ciblé les jeunes hommes. Derrick a alors fui le Burundi en juin 2015 pour se réfugier au Kenya. »

Diplômé de l’université, c'est lui qui faisait vivre la famille. « Maintenant, nous ne faisons qu’un repas par jour, raconte Paul. Sans l’appui de Caritas Bujumbura, qui nous donne du riz, des fèves et de l’huile, nous serions obligés de mendier. Pour moi, la pauvreté est pire que la peur ! »

« Voués au chômage, enrôlés par les rebelles »

Dans le pays, l’économie est en miettes. «Les gens mendient à Bujumbura, les patrons licencient et les entreprises sont abandonnées, explique le secrétaire général de Caritas Burundi, l’abbé Jean Bosco Nintunze. L’éducation publique génère des jeunes voués au chômage, enrôlés dans des groupes rebelles en pleine expansion. Le système de santé, en faillite, doit faire face à une recrudescence des maladies comme le paludisme, le choléra, ou la diarrhée. Quant à l’agriculture, elle n’arrive plus à nourrir les 9,6 millions de Burundais

 

L’aide permet de survivre mais j’aimerais avant tout que la paix revienne pour rentrer chez nous

Réfugié octogénaire du camp de Mahama (Rwanda)

Le Burundi voit une partie croissante de sa population s'exiler dans les pays frontaliers. Le HCR (Haut Commissariat aux réfugiés) dénombrait au mois de juillet 2015 pas moins de 180 000 réfugiés burundais répartis dans des camps en Tanzanie, République démocratique du Congo, Ouganda et Rwanda.

Au Rwanda, le Secours Catholique soutient la Caritas locale mobilisée auprès de 30 000 Burundais. Parmi eux un nombre important d’enfants en bas âge, de femmes enceintes et de personnes âgées. La Caritas leur fournit des produits d’hygiène et alimentaires de première nécessité.

« L’aide nous permet de survivre,  témoigne un octogénaire réfugié au Camp de Mahama. Mais j’aimerais avant tout que la paix revienne, pour qu’on puisse enfin rentrer chez nous. »

* les prénoms ont été changés.

Yves Casalis (d'après Caritas Internationalis)
Crédit photo : © Adriel Pfister / MAXPPP
Caritas Jerusalem en soutien à Gaza
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