Les Caritas européennes mobilisées auprès des migrants

Les Caritas européennes mobilisées auprès des migrants

Publié le 17/06/2016
Europe
 

Réunies du 23 au 26 mai à Lourdes, les Caritas européennes ont échangé sur les réalités de pauvreté auxquelles elles sont confrontées. Entre autres : la réalité des migrations. Aux quatre coins de l’Europe, les Caritas se mobilisent pour les réfugiés.

 

Grèce : « personne ne veut quitter sa maison »

Maria Alverti, directrice de Caritas Hellas (Grèce)

 

Caritas Grèce aide les migrants qui arrivent sur les îles par la mer. Avant l’accord conclu entre l’Union européenne et la Turquie le 18 mars (ndlr : qui convient que les nouveaux migrants irréguliers arrivés en Grèce sont renvoyés vers la Turquie. En contrepartie, pour chaque migrant renvoyé en Turquie, un autre doit être réinstallé dans l’UE dans la limite de 72 000 places), nous avions entre 1000 et 2000 arrivées par jour.

Désormais, nous n’avons plus que 8 arrivées par semaine. Avant, les migrants voulaient traverser la Grèce direction les Balkans, maintenant la frontière est fermée. 55 000 réfugiés sont désormais bloqués en Grèce !

Caritas a mis en place plusieurs hôtels à Athènes et sur l’île de Lesbos pour héberger les migrants. Entre décembre 2015 et avril 2016, nous avons ainsi hébergé 8278 personnes qui ont passé 33 288 nuits !

Nous apportons aussi une aide d’urgence à tous les réfugiés : de la nourriture et des vêtements. Nous nous déplaçons par ailleurs dans les camps pour offrir une aide psychologique et sociale avec des thérapeutes et des interprètes. Enfin, nous organisons des activités notamment pour les enfants. Ils ont besoin de s’occuper. Nous donnons aussi des cours de langue.

 

On aide les migrants pour qu’ils restent dignes.

Maria Alverti, Caritas Grèce

Nous tentons de faire au mieux pour faire face aux flux de réfugiés. Ces gens ont perdu leurs familles sur le chemin vers la Grèce. On essaie de les aider pour qu’ils restent dignes, pour qu’ils restent debout. Personne ne veut quitter sa maison. Si on leur demande, ils auraient préféré rester chez eux. On nous dit d’aider les plus vulnérables mais tous sont vulnérables.

Désormais, nous cherchons des solutions à long terme car les migrants vont probablement rester en Grèce plusieurs mois voire plusieurs années. Nous aimerions leur proposer des appartements pour leur offrir une réponse digne.

 

Actuellement, 55 000 migrants sont en Grèce.
Ils viennent de Syrie, d’Irak et d’Afghanistan.

60% sont des femmes et des enfants.

 

Serbie : « on montre aux Serbes que c'est important d'aider »

Vladislav Varga, directeur de Caritas Serbie

La Serbie est un pays de transit sur la route vers l’Europe. Les migrants traversent la Grèce puis la Macédoine et la Serbie pour aller en Hongrie ou en Croatie.

Caritas Serbie aide ainsi 800 000 personnes par an. Nous distribuons aux réfugiés de la nourriture et des vêtements pour cette partie de la route. Nous leur offrons aussi une aide médicale.

Les migrants ont peu d’argent, ils ont besoin de nous. On montre aux Serbes que c’est important d’aider n’importe quel être humain, peu importe sa culture ou sa religion.

Nous travaillons en coordination avec Caritas Macédoine qui nous précise combien de personnes sont passées par leur pays. Bien sûr, tout cela change depuis l’accord conclu entre l’Union européenne et la Turquie. Il y a moins de migrants.

 

Espagne : « nous favorisons les liens interculturels »

Francisco Aperador Garza, Caritas Espagne

Nous ne différencions pas les migrants des natifs espagnols. Les droits sont les mêmes pour tous !

Tout d’abord, nous aidons les migrants à obtenir les papiers et à se régulariser sur le plan administratif. Ensuite, nous les soutenons pour qu’ils aient accès à leurs droits en ce qui concerne l’emploi, la santé et l’éducation.

Enfin, nous favorisons les liens interculturels entre migrants et Espagnols afin de lutter contre les discriminations et le racisme. Nous organisons des activités pour qu’ils passent de bons moments ensemble !

Les réfugiés viennent du Maroc et d’Algérie, mais aussi d’Amérique Latine (Equateur, Bolivie) et de Roumanie.

 

Les migrants sont particulièrement vulnérables.

Francisco Aperador Garza, Caritas Espagne

L’Espagne fait face à la crise économique et les gens sont de plus en précaires et vulnérables car l’aide sociale publique diminue. Plus de 40% des jeunes sont sans emploi ! Les migrants sont particulièrement frappés par cette précarité car ils n’ont pas de réseau familial. Sans famille et sans emploi, ils se retrouvent à la rue.

 

D’après Amnesty International, près de 750 000 migrants sans papiers vivent en Espagne sans accès suffisant aux soins de santé.

 

Arménie : « Caritas m’a permis de m’intégrer et de comprendre que je n’étais pas seule »

Nairie Loussinian, réfugiée syrienne aidée par Caritas Arménie

J’ai du quitter Alep en juillet 2013 avec mon fils de 13 ans. Comme mon père est d’origine arménienne et que je parle l’arménien, j’ai décidé d’aller en Arménie.

J’ai assez vite trouvé un emploi de professeur d’anglais mais au début j’avais besoin de nourriture alors je me suis tournée vers Caritas. L’association m’a beaucoup aidée sur le plan psychologique.

Caritas m’a permis de m’intégrer et de comprendre que je n’étais pas seule. Je me suis sentie en sécurité ! Mon fils a aussi pu partir en camp avec Caritas et ça lui a fait le plus grand bien.

 

Caritas nous a aidés à avoir une seconde maison.

Nairie Loussinian, réfugiée syrienne

C'est difficile de quitter sa maison et de décider de partir. On a tendance à vouloir comparer son ancienne vie à sa nouvelle. J'ai essayé de ne pas regarder en arrière. Le passé était douloureux à cause de la guerre. Caritas Arménie nous a accueillis !

Même si je connaissais la langue, c'était une nouvelle culture pour moi. La transition n'était pas facile mais je me suis dit que je venais chercher une seconde maison.

 

Allemagne : « L’immigration est positive pour notre société vieillissante »

Moritz Bross, de Caritas Allemagne

L’Allemagne a accueilli plus d’un million de réfugiés en 2015. Ça paraît beaucoup mais ça n’est rien si on compare au nombre d’habitants (80 millions). 1/3 des migrants viennent de Syrie, puis d’Albanie et du Kosovo et enfin de l’Afrique.

Les autorités allemandes sont débordées. L’attente est longue pour les réfugiés avant d’obtenir une autorisation de travail. Ils restent parfois deux à trois ans dans des centres de demandeurs d’asile sans possibilité de gagner de l’argent et de se prendre en charge.

Les migrants ont aussi des difficultés à trouver un emploi et un logement car souvent leurs diplômes ne sont pas reconnus et ils ne connaissent pas la langue.

Caritas aide les réfugiés à surmonter toutes ces difficultés. Nous proposons des cours de langue. Nous aidons les migrants à chercher du travail. On se bat aussi pour réduire l’attente pour les dossiers de régularisation.

À Caritas Allemagne, nous pensons que l’immigration est positive pour notre société vieillissante. Les jeunes migrants peuvent combler ce vide. D’autant plus que la plupart sont des artisans, et l’Allemagne en manque.

 

En 2015, l’Allemagne a accueilli 1,1 million de réfugiés : des Syriens, des Albanais, des Kosovars et des Africains.

 

Luxembourg : « Nous veillons à l’intégration des enfants dans les écoles »

Marie-Josée Jacobs, présidente de Caritas Luxembourg, ex ministre de la famille

Le Luxembourg est multiculturel : 43% des ressortissants sont non Luxembourgeois. Caritas aide à l’intégration. Nous proposons des permanences d’accueil arabophones pour guider les migrants dans notre pays.

Nous offrons aussi des cours de français, d’allemand et de luxembourgeois pour ceux qui ne sont plus en âge d’être scolarisés. Nous veillons par ailleurs à l’intégration des enfants dans les écoles : pour cela, nous proposons une aide aux devoirs à domicile.

Surtout, nous aidons à la recherche d’emploi car nous avons remarqué qu’avec la crise économique, les personnes sans formation ou de plus de 50 ans sont frappées par le chômage. Beaucoup de migrants sont dans ce cas. Ils sont confrontés à la pauvreté car la vie est chère.

Cécile Leclerc-Laurent
Crédits photos: ©Ben White/CAFOD; ©Lefteris Partsalis/Caritas Switzerland
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