Les chrétiens syriens pris entre deux feux

Publié le 21/12/2012
Syrie, Liban
Les chrétiens syriens pris entre deux feux
 

Pendant des années, Ibrahim a conduit ses passagers de la Syrie au Liban. La dernière fois que ce chauffeur de taxi a franchi la frontière, c’était à l’arrière d’une voiture, en tant que réfugié.

C’était il y a plus d’un an. Son véhicule, seule source de revenus de la famille, avait été mitraillé, et leur maison était menacée à chaque instant par les bombardements. Ils habitaient Rableh, un village chrétien près de la frontière syro-libanaise assiégé depuis plusieurs mois par des milices indépendantes de l’Armée syrienne libre (la principale force armée opposée au régime de Bachar el-Assad).

« Peur d’être retrouvés »

En arrivant au Liban, Ibrahim, sa femme Rita et ses trois enfants ont été hébergés chez une cousine à Qaa, une petite ville chrétienne à seulement 15 minutes de Rableh. Comme la majorité des chrétiens qui ont fui la Syrie, ils refusent de s’enregistrer au Haut Commissariat aux Réfugiés de l’ONU, de «  peur d’être retrouvés » disent-ils simplement. La seule aide humanitaire dont ils bénéficient, c’est Caritas qui la leur fournit, seule association auprès de laquelle ils acceptent d’être enregistrés.

Après plusieurs mois au Liban, ils ont enfin trouvé une petite bicoque qu’ils louent pour 150 dollars par mois. L’unique pièce à vivre de la maison fait office de salon la journée et de chambre la nuit pour la famille, à laquelle se sont joints le frère et la mère d’Ibrahim.

Depuis deux semaines, ils ne sont pourtant plus sept à vivre sous le même toit, mais cinq. Rita raconte : ses deux fils de 13 et 15 ans ne pouvaient pas s’inscrire à l’école libanaise sans leurs certificats scolaires syriens, alors ils sont retournés à Rableh pour les récupérer. Depuis, ils sont pris au piège : la ville est encerclée par des groupes armés qui tirent sur ceux qui essaient d’en sortir, dit Rita. L’armée régulière, quant à elle, est stationnée à l’intérieur de Rableh, et les soldats soupçonnent quiconque veut partir d’être du côté des rebelles, explique-t-elle en essuyant ses larmes. Elle ne sait pas quand elle pourra revoir ses fils. Elle n’a pas revu ses parents depuis son arrivée au Liban. « La famille est éparpillée », regrette-t-elle.

« Pas le cœur à fêter Noël »

Salah, lui aussi, est séparé des siens. Sa solitude saute aux yeux, alors qu’il invite à entrer dans la grande pièce grise et froide qui lui sert d’abri. Un lit, une table de chevet bricolée, un petit réfrigérateur et une télé cassée constituent les seuls meubles de ce dépôt désaffecté qu’il loue pour 130 dollars par mois.

Avant de raconter son exil forcé, Salah tient à offrir jus de fruits et barres chocolatées achetés pour l’occasion - ce n’est pas tous les jours qu’il reçoit de la visite. Cet agriculteur de 50 ans, lui aussi originaire de Rableh, a dû fuir la ville voilà un an, faute de pouvoir continuer à travailler dans les champs. Le blocus empoisonne le quotidien des habitants, raconte-t-il : le prix du pain s’est envolé, l’électricité est coupée, sans compter les vols et les kidnappings dont les chrétiens sont victimes.

Salah s’est donc installé avec sa famille à Zahlé, une grande ville libanaise à majorité chrétienne. Mais au bout de quatre mois de privation, sa femme et ses enfants sont retournés en Syrie. Impossible pour Salah de les faire vivre sur place : comme les autres réfugiés installés au Liban, il ne travaille pas autant qu’il le voudrait, seulement quelques jours par mois à récolter des légumes quand le temps le permet. Le peu d’argent qu’il lui reste, il le fait passer à sa famille.« C’est tout ce qui compte », dit-il.

Dans les rues de Zahlé, des dizaines d’arbres enguirlandés s’illuminent le soir venu. Salah, lui, n’a pas le cœur à fêter Noël.

Marina Bellot
crédit : Patrick Delapierre/Secours Catholique
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