Les pères, oubliés de la monoparentalité

Publié le 05/11/2014
France
 

Le rapport statistique du Secours Catholique-Caritas France révèle que 3 % des personnes reçues en 2013 dans ses accueils sont des pères monoparentaux en quête d’écoute et de soutien.

Dans notre société où la monoparentalité est en constante augmentation, un père élevant seul ses enfants fait figure d’exception. Or au Secours Catholique, en 2013, un chef de famille monoparentale sur dix est un homme. Quelquefois veufs, le plus souvent divorcés, ces pères isolés échappent aux principales statistiques mais non aux difficultés.

Souvent adressés au Secours Catholique par les services sociaux, ces pères sont généralement quadragénaires. Ils ont entre un et deux enfants (1,69 enfant en moyenne contre 2,16 pour l’ensemble des accueillis). La moitié d’entre eux sont chômeurs, le plus souvent indemnisés, et 29 % d’entre eux ont un travail dont le revenu ne suffit pas à faire vivre leur foyer. Ils sont donc souvent endettés (68 % font face à des impayés et 12 % ont déposé un dossier de surendettement).

Idées reçues

Parmi ces pères rencontrés, 80 % sont français et 20 % sont des étrangers en situation régulière résidant en France depuis au moins cinq ans. Enfin, 82,5 % des pères monoparentaux habitent un logement stable.

Ce qui distingue ces pères des couples avec enfants, c’est l’accès aux prestations sociales. « La grande difficulté de Christophe était de percevoir les allocations familiales », relate Jean-Yves Lamoureux. Animateur à la délégation de Rennes, ce dernier a longtemps accompagné Christophe, sa femme et leurs huit enfants. Il était présent lorsque le couple s’est séparé et a décidé d’élever chacun quatre enfants. Il était encore là quand Christophe a eu besoin d’un soutien matériel et moral, notamment pour réussir à prouver qu’il avait la charge de ses enfants.

« Il y a des idées reçues, comme celle qu’il revient à la mère de toucher les allocations. Dans notre cas, il était évident que Christophe avait besoin de cet argent. » L’étude menée par le Secours Catholique constate que « les pères seuls sont peu enclins à aller vers les services sociaux et vivent des situations d’isolement plus grandes que les mères seules ».

Écoute

Face aux situations de pauvreté, les hommes semblent plus fragiles que les femmes. Et selon une opinion communément répandue, un homme doit s’en sortir seul, être “fort”, demander de l’aide est une “faiblesse”.

Aussi, pour franchir le seuil d’un accueil du Secours Catholique, les pères monoparentaux doivent surmonter des réticences. Pourtant, c’est bien de l’écoute que viennent chercher 62 % d’entre eux dans les accueils (contre 57 % pour les autres personnes accueillies). « Les pères sont des puits de tendresse avec un gros couvercle dessus, explique Jean-Yves Lamoureux. Ils vivent souvent une grande souffrance dont ils ne parlent pas. »

Parmi les actions du Secours Catholique les plus à même de bénéficier à ces pères seuls, Jean-Yves Lamoureux préconise les vacances collectives. Ces plages de détente et de repos en groupe, offrent aux parents isolés le recul nécessaire pour prendre aussi soin d’eux.

Jacques Duffaut
Crédits photos : ©Frédéric Cirou/AltoPress/Maxppp
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